Congo-Kinshasa: Gouvernement - Retour à l'expéditeur de la 1ère mouture

La nomination du gouvernement est partie pour durer. Le dernier entretien entre le chef de l'État, Félix Tshisekedi, et le Premier ministre, Sylvestre Ilunga Ilunkamba, n'a pas fait évoluer les choses dans le bon sens. La liste présentée par le Premier ministre n'a pas obtenue le quitus du chef de l'État. C'est le retour à l'expéditeur. Tout doit être refait, suivant les nouvelles directives du président de la République.

Le Potentiel

Le président Félix Tshisekedi a retourné la première mouture gouvernementale du Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba, selon plusieurs sources. C'est au cours d'une audience à lui accordée, conformément à son propre calendrier, que le Premier ministre a reçu ces observations du chef de l'État. Les mêmes sources renseignent que le chef de l'État s'est fixé des préalables incontournables auxquels il tient absolument pour le premier gouvernement de son quinquennat.

D'abord, la parité homme-femme que les chefs des plateformes politiques n'ont pas respectée. Ils ont aligné plus d'hommes que des femmes, se dit-on à la présidence de la République. Ce qui a le plus révulsé le chef de l'État est la forte représentation des « routiers » de la politique ; des figures qui ont toujours été alignées dans les différents gouvernements qui se sont succédé durant ces dix dernières années. Ce qui, de l'avis du chef de l'État, donne l'impression d'une continuité et que l'alternance n'avait jamais été réalisée en RDC.

Il en est de même dans l'affectation par l'expertise. Selon des témoignages recueillis dans le cercle fermé de la présidence de la République, Félix Tshisekedi estime que les chefs des partis ou regroupements politiques n'ont pas pris en compte la spécificité des ministères leur accordés. Même sans faire la preuve de l'expertise voulue dans le domaine, ils ont aligné des noms qui n'ont pas de rapport avec les diplômes présentés par les personnes proposées. Le président et son Premier ministre ont estimé qu'il faut revoir toutes ces observations en vue de garantir la paix au sein de la coalition, dans la mesure où, notent-ils, certains chefs de partis ont élaboré ces listes dans l'opacité la plus totale.

Retour à la case départ

On est donc parti pour de nouvelles négociations en vue de la formation du gouvernement Ilunga Ilunkamba. Une aubaine pour Bruno Tshibala, le Premier ministre sortant, qui voit son bail encore prolongé à la Primature. C'est de bonne guerre !

Sans doute, le chef de l'État a eu vent de vives tensions qui couvent de part et d'autre, aussi bien au FCC qu'au CACH, la coalition qui l'a porté au pouvoir. Déjà, au FCC, la répartition des postes ministériels entre sociétaires de la famille politique de Joseph Kabila a soulevé un tollé général. Au Palu, par exemple, des alliés sont montés au créneau pour dénoncer l'arbitraire dans le choix des délégués du regroupement dans le gouvernement.

La mise à l'écart de l'AFDC-A de Modeste Bahati a, d'une certaine manière aussi, alertée le chef de l'État.

Le CACH n'a pas non plus été épargné. À l'Udps, le parti de Félix Tshisekedi, des dissensions sont bien visibles. Tout comme les alliés du CACH qui revendiquent à leur tour une part dans le « gâteau » gouvernemental.

Pour toutes ces raisons, le chef de l'État n'a pas voulu coopter la liste gouvernementale dans l'état où elle lui a été soumise par le Premier ministre. Tout est à refaire. Par conséquent, la nomination du gouvernement est renvoyée sine die.

Voir Tshisekedi puis Kabila : la logique constitutionnelle

Dans un autre registre, Sylvestre Ilunga Ilunkamba essuie des critiques virulentes pour avoir déclaré qu'il se rendra auprès du président Tshisekedi et l'ex-président Joseph Kabila avec la liste harmonisée du gouvernement, avant la nomination par ordonnance présidentielle. Il s'agit de la logique constitutionnelle dans le cadre d'un régime semi-présidentiel, mais aussi semi-parlementaire.

Des analystes pensent qu'il est constitutionnellement correct que le chef du gouvernement discute, à l'ultime étape de finalisation, avec le chef de la coalition parlementaire majoritaire qu'est Joseph Kabila. On pense, par ailleurs, que les discussions avec l'autorité morale du FCC sont censées permettre de créer ce climat apaisé au sein du gouvernement, tout en promouvant la transparence.

Vu sous cet angle, dans le cadre de la formation du gouvernement, discuter aussi bien avec le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, qu'avec l'ex-président Joseph Kabila Kabange - autorités morales de deux plateformes en coalition gouvernementale - n'est ni un péché, ni une faute grave pour le Premier ministre.

Le Premier ministre Ilunga Ilunkamba a deux types de rapports pour faire fonctionner l'exécutif dont il aura la gestion. D'un côté, il y a le volet institutionnel avec Félix Tshisekedi, en sa qualité de chef de l'État et, de l'autre, le volet politique avec Joseph Kabila, autorité morale du FCC. Le prof Ilunga Ilunkamba est issu du FCC qui revendique à ce jour près de 330 députés nationaux. N'est-ce pas Kabila qui l'a proposé à la nomination de Tshisekedi?

Chaque fois qu'il y aura des décisions politiques importantes à prendre, le Premier ministre aura des comptes à rendre au Parlement, dominé par le FCC, et donc par son autorité morale Joseph Kabila. Mais, dans ses rapports d'État, il a pour unique et exclusif chef, le président Félix Tshisekedi. C'est avec lui qu'il discutera de la conduite des affaires de l'État, à commencer par l'élaboration de la politique gouvernementale et sa conduite. Dans ses rapports politiques, il est lié à Joseph Kabila, chef de la majorité parlementaire. Le consulter et discuter avec lui rythmeront, quoi qu'on en dise, le travail au quotidien, du Premier ministre.

Quoi qu'il en soit, pour l'instant, le Premier ministre doit encore prendre son mal en patience. De profondes retouches seront nécessaires pour obtenir du chef de l'État la nomination par ordonnance présidentielle de son gouvernement.

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