Sénégal: Débat sur la grâce présidentielle - L'avenir politique de Khalifa Sall s'assombrit

Le refus des partisans de l'ancien maire de la ville de Dakar d'introduire officiellement une demande de grâce présidentielle qui aurait été déjà signé par le président de la République risque de compromettre les chances de celui-ci de se présenter à de futures élections.

En jouant aux «durs», Khalifa Sall et ses camarades, qui ont quasiment perdu toutes les épreuves de force contre le régime en place, réduisent leur chance d'obtenir un jour l'amnistie. Ce qui pourrait en être autrement, si toutefois, il commençait à s'investir personnellement dès à présent, hors de la prison, pour les législatives prochaines, même s'il n'est pas éligible.

Le chef de l'Etat, Macky Sall aurait déjà signé la décision d'accorder la grâce présidentielle à l'ancien maire de la ville de Dakar, Khalifa Sall condamné à une peine de 5 ans de prison ferme, 5 millions de FCFA d'amende pour escroquerie sur deniers publics et de 1,830 milliard de FCFA de dommages et intérêts, à payer collectivement avec deux de ses coaccusés. Seulement, ladite décision, assujettie à une demande officielle de grâce de la part de Khalifa Sall et ses avocats a été écartée par les conseils du détenu, qui refusent de solliciter une quelconque grâce présidentielle. Les juristes et autres observateurs peuvent toutefois épiloguer sur l'obligation ou pas pour un détenu de demander officiellement une grâce avant de l'obtenir. Mais, la grande question réside sur les chances pour Khalifa Sall de pouvoir concourir à de futures échéances électorales.

En refusant de solliciter la grâce du chef de l'Etat, Macky Sall, sous prétexte qu'en le faisant, ce serait comme si leur mentor reconnait les faits qui lui sont reprochés, Khalifa Sall et ses camarades semblent jouer aux durs. Le hic dans cette démarche de bras de fer contre les tenants du pouvoir, toutes les épreuves de force qu'ils ont engagé jusqu'ici contre le régime en place se sont soldées par des échecs. De son interpellation à sa condamnation définitive, en passant par la levée de son immunité parlementaire et sa révocation à la tête de la mairie de la ville de Dakar, les «Khalifistes» ont perdu presque toutes les batails.

Les menaces de trouble à l'ordre public n'y feront rien. Maintenant qu'il a été condamné définitivement, même s'il purgeait intégralement sa peine sans une quelconque grâce présidentielle, à savoir jusqu'en mars 2022, il restera toujours frappé par l'article L.156 relative à l'inéligibilité des individus condamnés, «lorsque leur condamnation empêche d'une manière définitive leur inscription sur une liste électorale».

Pour prétendre participer à l'élection législative de juillet 2022, il lui faudra une amnistie par l'Assemblée nationale. Seulement, c'est cette même assemblée qui lui avait retiré son immunité, bien qu'il n'ait pas été entendu par la commission installée par étudier son cas. Ce qui voudrait dire que ses chances de se faire amnistier par cette XIIIème législature restent minimes. Il peut toutefois espérer l'obtenir avec la XIVème législature prochaine.

Certes, avant les législatives prochaines, il aura fini de purger sa peine, à savoir en mars 2022. Mais, il reste évident qu'il ne pourra pas s'impliquer personnellement sur l'ensemble du processus électoral en restant en détention. Une sortie de prison par grâce présidentielle, dès à présent, lui aurait permis de mener à bien une stratégie politique en direction des législatives, même s'il ne peut figurer sur les listes. Un fort investissement politique de Khalifa Sall sur le terrain durant 2 années, avec des tournées nationales de massification de son mouvement politique "Taxawu Senegaal" et un rassemblement autour de sa personne des frustrés au Parti socialiste (Ps), sans oublier la poursuite de son compagnonnage avec la même coalition de 2017 qui lui avait donné son mandat de député bien qu'étant à Rebeuss, pourraient augmenter les chances de celle-ci d'obtenir assez de sièges pour former un groupe parlementaire. Encore que son allié, Idrissa Seck patron du parti Rewmi avait fini deuxième à la présidentielle de 2019.

De son côté, le leader de Pastef/ Les patriotes, Ousmane Sonko qui a repris du poil de la bête entre l'élection législative de 2017 et la présidentielle dernière, peut bien, à la tête d'une opposition qui se veut de plus en plus «radicale», avoir son groupe parlementaire. Cela, d'autant plus qu'il y a de fortes chances que la coalition présidentielle Benno Bokk Yakaar (Bby) connaisse plusieurs listes parallèles à son sein, du fait que le président Macky Sall termine son mandat en 2024 (?) pour ne plus se représenter.

Donc, il risque d'avoir moins d'emprise sur certains militants de Bby qui voudraient aussi saisir leurs chances de devenir des élus, avant la fin de son mandat. Ce qui disperserait leurs forces au profit de l'opposition regroupée en quelques blocs seulement. Avec deux groupes parlementaires de l'opposition dans la XIVème législature, Khalifa Sall pourrait bien avoir la chance de bénéficier d'une amnistie pour se présenter à la présidentielle de 2024.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: Sud Quotidien

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.