Soudan: Terrain balisé pour une transition sans obstales

C'est une ambiance de fête, non sans un brin de tristesse, qui a entouré ce 17 août la grandiose cérémonie de signature de l'accord global fixant les modalités de la transition et le partage du pouvoir entre civils et militaires au Soudan.

Ambiance de fête, car c'est avec des cris de joie que la plupart des Soudanais ont accueilli la signature de cet accord, mais brin de tristesse parce que le souvenir des 250 victimes des 08 mois de manifestations de rue était dans tous les discours qui ont ponctué cette cérémonie.

N'empêche, le Friendship Hallen de Khartoum, qui a abrité la cérémonie, aura si rarement mérité son nom : Hall de l'amitié.

En effet, les protagonistes de la crise soudanaise auraient voulu marquer les esprits par le choix d'un lieu symbolique pour sceller leur accord qu'ils n'auraient pas choisi autre lieu que ce palace à l'appellation si évocatrice.

Va donc pour le symbole en attendant que l'attelage civilo-militaire né de cet accord tienne la route de la transition vers un nouveau Soudan, démocratique et prospère !

En tout cas, c'est devant Dieu et les hommes, dont des chefs d'Etat et de gouvernement de la région, que le général Mohamed Hamdan Daglo, dit Hameti, n°2 du Conseil militaire, et Ahmed al-Rabie, représentant de l'Alliance pour la liberté et le changement, fer de lance de l'insurrection populaire, ont paraphé l'accord, véritable feuille de route d'une transition de 39 mois vers des élections générales en 2022.

Pour l'essentiel, ce modus operandi de la Transition confie les rênes du pouvoir à un Conseil de souveraineté composé de 11 membres, 6 civils et 5 militaires, chargés de fixer les grandes orientations de l'Etat à un organe exécutif, un gouvernement de 20 ministres dont 2 militaires, à la Défense et à l'Intérieur, sous l'encadrement législatif d'un Parlement de 300 représentants du peuple dont la majorité viendrait des formations politiques, des mouvements associatifs et autres regroupements qui ont soutenu l'insurrection populaire.

L'armature institutionnelle de la Transition soudanaise est donc bien définie dans cet accord. Il ne reste plus qu'à l'habiller en mettant les hommes qu'il faut à la place qu'il faut pour que la machine de la dévolution du pouvoir à un gouvernement entièrement civil à l'issue des élections générales de 2022 se mette en marche.

Cela commence par la dissolution du Conseil militaire de Transition et la nomination d'un premier ministre dès ce 20 août.

L'heureux pressenti à ce poste est l'économiste Abdallah Hamdok, un ancien fonctionnaire international à la Commission économique pour l'Afrique à l'ONU.

Réputé pour sa connaissance des problèmes économiques africains et son indépendance d'esprit, Abdallah Hamdok aura la lourde responsabilité de transformer l'essai de cet accord entre les insurgés soudanais et la junte, dont les dirigeants sont des rescapés du pouvoir d'Oumar el-Béchir, en une victoire de la démocratie sur le pouvoir kaki.

Pour réussir, il lui faudra du doigté, le soutien de toutes les parties prenantes à cet accord et aussi de la Communauté internationale, à commencer par le voisin éthiopien et l'Union africaine, les parrains des difficiles négociations de sortie de crise.En effet, une chose est de signer un accord, une autre de la mettre en application.

Malheureusement, l'Afrique regorge d'accords de sortie de crise difficilement négociés et bruyamment signés devant la presse, mais restés lettres mortes quant à leur mise en œuvre.

On s'interroge alors sur les chances de cet attelage civilo-militaire de surmonter les obstacles qui ne manqueront pas sur la route de la restauration de la démocratie au Soudan.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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