Burkina Faso: Me Dieudonné Bonkoungou - « Sous la Transition, il n'y avait pas d'Etat mais une coalition de personnes qui se jouaient du peuple »

Trois chefs d'accusation pèsent sur le général Djibril Bassolet, toujours absent du box des accusés pour des raisons de santé : complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat, meurtres, coups et blessures volontaires et trahison. Le parquet militaire, on se rappelle, avait requis la peine perpétuelle contre le premier général de gendarmerie de notre pays.

Mais ses avocats clament son innocence, accusant le ministère public de s'être contenté d'affirmations sans preuves.

Le 16 août 2019, Me Dieudonné Bonkoungou, dans sa plaidoirie, a souligné que le nom de Bassolé est cité dans le dossier parce qu'il avait l'intention de se présenter à l'élection présidentielle de 2015.

Me Dieudonné Bonkoungou, lors de sa plaidoirie, ne nie pas qu'il soit survenu un fait dans l'après-midi du 16 septembre 2015.

« Je ne décline pas les faits. Mais jusqu'à ce jour nous ne savons pas ce qui s'est exactement passé », a-t-il expliqué, invitant le tribunal à tenir compte de cette omerta lors de la délibération.

A l'image des autres avocats de la défense, il a abordé « l'origine politique » du coup d'Etat. D'abord, il montre du doigt la loi Chérif (du nom du président du CNT d'alors) qui empêchait une partie de la classe politique de prendre part à l'élection présidentielle au motif qu'elle a soutenu la modification de l'article 37.

L'homme de droit pense que le Burkina Faso, qui a appliqué cette « loi scélérate » pourtant dénoncée par la Cour de justice de la CEDEAO, a créé des mécontents.

L'avocat déplore qu'en dépit de la décision sous-régionale contraire à celle de la Transition, le candidat de la Nouvelle alliance du Faso (NAFA) qu'était Djibril Bassolé ait été exclu de la course à Kosyam : « Ce procès est judiciaire, mais aussi politique.

Nous le savons. Le tort de Bassolé a été son intention de se présenter à l'élection présidentielle. S'il n'avait pas cette ambition, il n'aurait pas tous ces problèmes. Il fallait l'écarter par tous les moyens. »

Pour l'avocat, l'acharnement des autorités d'alors sur le premier général de gendarmerie de notre pays s'est poursuivi avec la révocation de sa disponibilité.

« En plus de la loi électorale, il lui a été servi la révocation de sa disponibilité avec pour effet le 1er novembre 2015 (Ndlr : le premier tour de l'élection présidentielle s'est tenu le 29 novembre). Il y avait une lecture adaptée de la loi », a relevé l'avocat, dénonçant dans la foulée les difficultés d'accès aux soins par son client.

Le chemin de croix de Bassolé, selon les termes de son conseil, s'est poursuivi avec les événements du 16 septembre 2015.

L'avocat fait observer au tribunal militaire que du premier jour des faits jusqu'au 25 septembre 2015, personne n'entendait parler de son client et, mieux, il n'y avait absolument rien contre l'ancien ministre des Affaires étrangères de Blaise Compaoré.

La défense estime alors qu'on ne peut pas poursuivre son client pour les faits de meurtres, coups et blessures volontaires, actes qui auraient été commis bien avant cette période. « C'est une absurdité », a-t-il lâché.

« Le parquet militaire vous demande de faire un travail de charlatan »

L'homme de droit a dénoncé au passage le fait qu'il n'y a pas eu des « expertises adéquates » pour relier chaque victime à un auteur. « Il n'y a pas eu de constat d'usage. La chaîne judiciaire n'a pas fait son travail.

La gendarmerie, la police, etc., n'ont fait que relater ce que les victimes ont raconté. Le parquet n'a pas demandé au juge d'instruction d'élucider les circonstances dans lesquelles les personnes sont décédées, les circonstances des blessures. Il est resté inactif.

Faute d'avoir fait son travail, faute d'avoir demandé au juge d'instruction de faire son travail, il invoque l'article 67 du code pénal ancien pour charger des accusés », s'est offusqué l'avocat.

Un peu plus loin, il poursuit : « Monsieur le président, le parquet militaire vous demande de faire un travail de charlatan. Il ne vous donne aucun élément de preuve de ce que Bassolé a fait, et vous demande de le condamner tout de même. Ce n'est pas possible ! »

Avant le 26 septembre, a dit Me Bonkoungou, le nom de Bassolet n'était pas mêlé au dossier du putsch. C'est le 26 septembre, a-t-il poursuivi, que le procureur général de la Cour d'appel de Ouagadougou a porté à la connaissance de l'opinion le gel des avoirs de certaines personnes dont ceux du champion de la NAFA.

Lorsque les avocats de Bassolet ont aussitôt cherché à connaître le dossier, a dit l'homme de droit, ils se sont rendu compte qu'il n'y avait aucune ordonnance du gel des avoirs. « Il n'y avait que des réquisitions », a-t-il soutenu, se demandant alors pourquoi tant de précipitations.

Me Bonkoungou trouve incongru que son client soit poursuivi pour complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat alors que les autorités de la Transition ont été remises sur scelle le 23 septembre, soit des jours avant que le nom de Bassolet soit cité dans le dossier (26 septembre).

Le 28 septembre 2018, les autorités de la Transition faisaient savoir que le Pays des hommes intègres serait attaqué par des forces extérieures, des groupes terroristes notamment. « Dans la même soirée, le domicile de Bassolet a été cerné.

Ce n'est que par personne interposée qu'il a apporté son démenti », a dénoncé l'avocat. Le 29 septembre, l'accusé est arrêté.

Pour Me Bonkoungou, s'il est vrai que des individus devaient attaquer notre pays, le régime de la Transition, qui prétendait en avoir l'information, aurait dû mener des enquêtes pour avoir des éléments matériels.

Ce « travail n'étant pas fait » et qu'on accuse son client, il pense que « nous sommes dans une procédure constituée de faux contre Bassolet ».

« Il y a la volonté de faire payer à un homme ce qu'il n'a pas fait »

Il est convaincu que, dans le dossier, il n'y a aucun élément matériel contre Djibril Bassolé. « On nous parle de 1 million remis au journaliste Adama Ouédraogo, dit Damiss, et des 5 millions qu'il a remis au fils de Gilbert Diendéré.

Monsieur le président, il a été démontré devant vous ici que ces sommes d'argent n'ont aucun lien avec les évènements du 16 septembre », a souligné l'avocat, attirant l'attention du tribunal sur le fait qu'en écartant ces deux éléments, les deux autres brandis par le parquet ne sont pas prouvés.

Il parle de la « supposée » conversation entre le général Bassolet et Guillaume Soro et de celle qu'aurait eue son client avec le commandant Damiba.

« Quand Damiba est passé à la barre en qualité de témoin, il a remis les conversations en cause », a relevé la défense, soulignant qu'à part Yacouba Isaac Zida, aucun membre du gouvernement de la Transition n'a dit que les écoutes étaient authentiques.

Me Bonkoungou, indexant leurs origines inconnues et remettant en cause leur légalité, a demandé au tribunal de les écarter du dossier. « On n'a pas été capable de nous dire exactement comment elles ont été obtenues.

Le Chef d'état-major de la gendarmerie nationale (Ndlr : Tuandaba Coulibaly) a confirmé à la barre que ni lui ni les OPJ ne savent comment les écoutes ont été réalisées.

Ces éléments doivent simplement et purement être écartés du dossier », a estimé l'avocat, signifiant au tribunal qu'on ne peut pas parler de loyauté de procédure quand le parquet militaire cache des informations sur une pièce de la procédure.

« On ne peut pas appliquer la loi par des manières qui violent cette même loi », a-t-il déclaré. En plus, il relève qu'en matière pénale, il ne suffit pas d'affirmer, il faut démontrer. Ce que, selon lui, le ministère public a été incapable de faire.

L'avocat de Bassolé est revenu sur le grief de complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat. Il pense qu'à l'époque des faits, il n'y avait pas d'Etat, mais, dit-il, une coalition de personnes qui se jouaient du peuple.

Pour Me Dieudonné Bonkoungou, ce « régime illégal » qui a fauté doit avoir le dos large pour assumer ses responsabilités. Au lieu de cela, « il y a la volonté de faire payer à un homme ce qu'il n'a pas fait ».

L'audience du procès du putsch manqué se poursuit le lundi 19 août 2019 toujours avec les plaidoiries des avocats du général Bassolé.

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