Ile Maurice: Polémique - Politiciens et bater bis ?

Est-ce parce que certains se soucient de leur avenir incertain ? Ou sont-ils près de leurs sous ? Toujours est-il que certains de nos politiciens font plus attention à leurs économies qu'à celle du pays. Ils sont certes loin d'être dans le besoin, mais la culture «poona», du «bat bis», est bien ancrée chez eux, et ce n'est pas Etienne Sinatambou qui dira le contraire. Plus d'un an après avoir dîné à l'hôtel Maritim, le ministre de la Sécurité sociale n'avait toujours pas réglé sa facture qui portait la mention «free of charge.» Mais il n'est pas seul dans ce combat qui consiste à mettre des sous de côté...

Manger pour vivre

Ce n'est pas la première fois que les politiciens font parler d'eux lorsqu'il s'agit de nourriture. Juillet 2016. Le contrat de la chef Jacqueline Dalais avec l'Assemblée nationale arrive à terme. Un appel d'offres est lancé et c'est le groupe Beachcomber qui est sélectionné pour le catering au Parlement. Mais la grossièreté de langage de certains élus n'est pas proportionnelle à la finesse de leur palais et très vite, ils commencent à se plaindre de la nourriture. Une pétition est même signée pour que la chef Dalais revienne aux fourneaux, ce sera le cas quelques mois après.

À chaque fois qu'ils siègent, c'est donc Rs 400 000 qui sont déduites des poches des contribuables pour que nos élus et les employés de l'Assemblée puissent se sustenter correctement. Mais attention, il ne faut pas croire qu'ils sont tout à fait radins car chaque élu contribue généreusement Rs 300 par mois pour ses consommations. Espérons qu'ils ont droit à leurs cinq fruits et légumes.

Voyages voyages

Certains de nos illustres parlementaires sont par ailleurs bien conscients du fait qu'il ne faut pas vivre pour manger. De ce fait, les freebies ne se limitent pas à lakwizinn. Puisque moralité pa ranpli vant, il y a également les voyages. De décembre 2015 à juillet 2018, les élus ont touché la bagatelle de Rs 27 millions en termes de per diem (NdlR, du latin qui signifie 'par jour', est une indemnité perçue par 'l'expatrié' pour lui permettre de vivre dans un pays étranger au sien), pour des missions aussi diverses que variées à l'étranger.

Cerise sur le gâteau : il n'y a pas qu'eux. Harvesh Seegoolam, le Chief Executive Officer de la Financial Services Commission, a effectué 15 voyages entre juillet 2017 et décembre 2018 et a empoché Rs 2,7 millions en allocations de voyage. Alléchant non ?

Malheureusement, tous ne sont pas logés à la même enseigne. Sanjeev Teeluckdharry, alors Deputy Speaker, avait écrit à Maya Hanoomanjee pour se plaindre de ses maigres per diem. C'était «avec beaucoup de regrets» qu'il avait fait savoir à la présidente de l'Assemblée nationale qu'il avait touché la modique somme de Rs 69 000 pour une mission de six jours au Nigéria. De plus, ce n'était pas un one-off car en 2015, il n'avait eu que 900 dollars (environ Rs 33 000) pour une mission en Ouganda et pire, pour une autre mission aux Comores, il n'avait eu que la bagatelle de 518 dollars (environ Rs 20 000). Puis, de toute façon, quelle idée d'envoyer le no 2 de l'Assemblée - jadis - dans des pays «pauvres et dangereux»...

Les per diem ont toujours été un grand sujet de préoccupation chez les élus. Il y a quelques décennies, les allocations étaient réservées uniquement à ceux qui voyageaient, qui étaient en «mission». Puis, un haut fonctionnaire a trouvé injuste que son épouse, qui l'accompagnait souvent, ne touche rien en termes «d'indemnisation» pour les désagréments causés par les longs voyages. Donc, il a milité pour que les «dames de compagnie» touchent aussi leur dû. Depuis, les «ladies in waiting» ont droit aux per diem. D'ailleurs, la soeur de Navin Ramgoolam avait touché des per diem lorsqu'elle accompagnait sa belle-soeur. Idem pour l'épouse de Rama Sithanen, qui avait accompagné son mari en Chine.

Un esprit sain dans un corps sain

Pour servir le pays, les politiciens doivent bien entendu avoir une santé en fer. Pour cela, il y a les cliniques privées. Les séjours, que ce soit dans les hôtels ou les cliniques donc, ils les préfèrent gratuits, of course. Ainsi, la facture d'un montant de Rs 396 176 avait été written off pour Showkutally Soodhun, à Apollo Bramwell, en 2014. L'affaire avait éclaté en 2016 et l'ancien ministre a porté plainte, menacé, retiré ses plaintes mais n'a jamais dit s'il a payé. Ou pas. Le côté positif de cet épisode est qu'il a servi à rafraîchir la mémoire de Maya Hanoomanjee. Peu après l'affaire de la facture de Showkutally Soodhun, Madame la Speaker s'est souvenue qu'elle avait une ardoise de Rs 49 000 datant de 2014 à la même clinique et s'est empressée d'honorer ses dettes.

Sinon, pour que votre repas dominical - qu'il soit frugal ou pas - passe mieux, rappelons qu'un député touche environ Rs 145 000, un ministre Rs 350 000 et le Premier ministre Rs 556 000.

Bon appétit.

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