Soudan: Omar el-Béchir devant la justice de son pays

Le procès du président soudanais déchu s'est ouvert ce lundi à Khartoum. Omar el-Béchir est notamment accusé d'avoir reçu des dizaines de millions de dollars de l'Arabie saoudite.

L'ancien président soudanais est arrivé ce lundi 19 août au tribunal de Khartoum sous escorte militaire.

Au cours de cette première audience, un des enquêteurs a soutenu que d'importantes sommes d'argent ont été retrouvées dans la résidence d'Omar el-Béchir lors de son arrestation mi-avril à Khartoum.

L'ancien président aurait par ailleurs reçu 90 millions de dollars en espèce de l'Arabie saoudite. L'accusé, qui est resté impassible tout au long des trois heures d'audience, a reconnu avoir reçu cette somme du prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane.

"L'accusé nous a dit (...) qu'une somme de 25 millions de dollars lui avait été envoyée par le prince Mohammed ben Salmane hors budget de l'Etat", a déclaré l'enquêteur. Il a également indiqué qu'Omar el-Béchir avait reconnu avoir reçu deux paiements de 35 et de 30 millions de dollars du roi Abdallah d'Arabie saoudite, décédé en 2015.

À en croire cet enquêteur, Omar el-Béchir a reconnu qu'il décidait de l'utilisation de ces sommes, qu'elles avaient effectivement été dépensées, mais qu'il ne se rappelait pas précisément comment et ne disposait d'aucun document.

Le chef du Conseil militaire de transition, le général Abdel Fattah al-Burhane, avait indiqué récemment que l'équivalent de plus de 113 millions de dollars avaient été saisis en liquide dans la résidence de l'ex-président à Khartoum.

Procès historique

En attendant la reprise de ce procès qualifié d'historique, la majorité des Soudanais qui ont précipité la chute d'Omar el-Béchir, le 11 avril dernier se sont réjouis, à l'image de Demba Seydi, coordonnateur régional de l'ONG Publiez ce que vous payez :

"Tous les autres présidents devraient comprendre qu'ils ne sont pas exemptés de poursuites, surtout sur des questions de corruption. Parce que ça au moins, c'est une grande première pour nous. Que cela aboutisse ou pas, je crois que c'est une bonne alerte pour l'ensemble des détenteurs des décisions publiques et des biens publics."

Goût d'inachevé

Le procès en cours ne concerne pas les accusations de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et de génocide au Darfour que la Cour pénale internationale (CPI) a retenu contre l'ancien président.

Depuis 2009, la CPI a émis plusieurs mandats d'arrêts internationaux contre d'Omar el-Béchir pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide pendant la guerre qui a secoué à partir de 2003 la province du Darfour située à l'ouest du pays.

Selon l"ONU, ce conflit a causé la mort de plus de 300.000 personnes et le déplacement de 2,5 millions. Des centaines de milliers de personnes vivent toujours dans la pauvreté.

Avertissement

La semaine dernière, Amnesty International a averti que le procès en cours pour corruption ne devait pas occulter les accusations qui pèsent sur l'ancien président.

Pourtant, en mai, le procureur général avait déclaré qu'Omar el-Béchir avait été inculpé pour des meurtres commis lors des manifestations qui ont conduit à sa chute.

Amnesty a demandé aux nouvelles institutions de transition de ratifier le Statut de Rome, l'acte fondateur de la CPI afin de faciliter le transfèrement de l'ancien homme fort du Soudan qui a dirigé son pays d'une main de fer de 1989 à avril 2019.

Conséquence sans doute du début de ce procès, la formation du nouveau Conseil souverain devant mener la transition au Soudan vers un pouvoir civil a été reportée à demain par les dirigeants militaires. La composition de ce Conseil souverain devait initialement être annoncée dimanche, comme prévu par l'accord de transition signé samedi par le Conseil militaire et la contestation civile.

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