Soudan: Omar El Bechir devant la justice pour corruption - Un procès en trompe l'œil !

Destitué par l'armée le 11 avril dernier et assigné à résidence, l'ex-président soudanais, Omar el-Béchir, était, hier 19 août 2019, devant le juge. Il est poursuivi pour « possession de devises étrangères », « corruption » et « trafic d'influence ».

En effet, l'équivalent de 113 millions de dollars en devises étrangères et livres soudanaises, ont été retrouvés dans l'une des résidences de l'ex-maître de Khartoum. Hasard de calendrier ou coïncidence expresse ?

C'est la question que plus d'un se pose quand on sait que l'ouverture du procès de l'ex-dictateur soudanais a eu lieu le jour où a été dévoilée la liste des membres du Conseil souverain chargé de piloter la transition pendant trois ans et trois mois.

Pour l'essentiel, on retient que cet exécutif chargé de conduire la transition soudanaise, est composé de cinq militaires et six civils dont une femme.

C'est donc ce Conseil souverain qui devra, en principe, valider, aujourd'hui même, la nomination de l'ancien haut fonctionnaire de l'ONU, Abdalla Hamdok, comme Premier ministre qui aura la lourde tâche de redresser l'économie soudanaise fort éprouvée par des mois de contestations sur fond de répression.

C'est dire donc que pendant que les militaires et les insurgés se félicitaient d'être parvenus à un accord historique, Omar el-Béchir, lui, était au début de ses ennuis judiciaires. Toute chose qui paraissait pour le moins impensable, il y a quelques mois.

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il s'agit là d'une triste fin pour celui-là qui, il y a peu seulement, faisait la pluie et le beau temps, quand il ne s'arrogeait pas le droit de vie et de mort sur ses compatriotes.

En témoigne le massacre du Darfour au cours duquel ont péri des centaines de Soudanais et pour lequel la Cour pénale internationale (CPI) avait émis un mandat d'arrêt contre l'ex-dictateur.

La junte militaire soudanaise sait là où elle met les godasses

« Le moment est venu pour le peuple soudanais de choisir le droit au détriment de l'impunité et de veiller à ce que les suspects de la CPI dans le dossier du Darfour, soient finalement jugés », avait déclaré la procureure Fatou Bensouda, plaidant ainsi pour un transfèrement de Omar el-Béchir à La Haye.

Mais le Conseil militaire de la transition lui a toujours opposé une fin de non-recevoir, estimant que la Justice soudanaise est compétente pour organiser le procès du président déchu.

Mais en fait, on le ne sait que trop bien. Accepter de transférer Béchir à La Haye pour qu'il y soit jugé pour crimes contre l'humanité, serait une manière pour les militaires de se tirer une balle dans le pied d'autant que ce sont eux-mêmes qui étaient les exécutants.

Sans doute qu'en « cabri mort », Béchir pourrait faire des révélations fracassantes devant la Justice internationale.

Et ce n'est pas tout. Juger Béchir pour crimes contre l'humanité au Soudan ou à La Haye, reviendrait à faire aussi la lumière sur les 250 manifestants tués au cours de ces quatre derniers mois.

En tout cas, la junte militaire soudanaise sait là où elle met les godasses si fait qu'elle préfère faire dans le populisme en organisant un procès en trompe l'œil de Omar el-Béchir ; histoire de contenter la rue.

Somme toute, le procès de l'ex-dictateur pour corruption est loin d'être une priorité pour les Soudanais qui ne demandent qu'à manger à leur faim.

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