Burkina Faso: Mot de fin du général Bassolé - L'accusé convoqué à la barre

Dans le cadre du procès du putsch manqué, les avocats du général Djibril Bassolé ont conclu leurs plaidoiries le lundi 19 août 2019. Ils ont tout fait pour convaincre les juges de ne pas suivre les réquisitions du parquet militaire qui a demandé que le général soit condamné à la perpétuité.

A l'issue de l'exercice des plaidoiries, les avocats ont voulu lire le mot de fin préparé par leur client qui, parce que malade, n'assiste plus à l'audience.

Mais le président a refusé cela et a demandé à ce que le général Bassolé se présente le mardi 20 août 2019 à la barre pour son dernier mot dans ce procès.

En cette deuxième journée de plaidoiries des avocats du général Bassolé, la salle des banquets a renoué avec l'affluence du public, de nombreuses rangées étant bondées.

Cette affluence a changé la configuration de la salle, certes, mais elle n'a pas entamé la conviction des avocats de l'ex-ministre des Affaires étrangères de Blaise Compaoré : leur client ne devrait rien à voir dans ce procès du putsch manqué, lui qui risque la prison à vie si l'on s'en tient aux réquisitions du parquet militaire.

Le premier à tenir le crachoir est Me Dieudonné Bonkoungou. Il a consacré la suite de sa plaidoirie (débutée le 16 août) aux supposées conversations téléphoniques entre le général et l'ex-président de l'Assemblée nationale ivoirienne Guillaume Soro, des éléments qui ne peuvent pas, selon lui, constituer des preuves matérielles quant à l'implication de son client dans le putsch.

Me Bonkoungou a d'abord parlé de doute sur l'authenticité des éléments sonores présentés par l'accusation comme des pièces à conviction.

Il a de ce fait opposé le rapport d'expertise de l'expert français Norbert Pheulpin à celui de l'Allemand Hermann Künzel, le premier commis par le juge d'instruction, l'autre par les avocats : « L'expert Künzel, tout comme le Français Pheulpin, a reconnu que les éléments sonores soumis à l'expertise n'émanent pas d'une interception téléphonique classique ».

L'avocat a précisé qu'en fait, « ces éléments audios ont été pris sur le net, truqués et manipulés pour charger le général », s'est indigné Me Boukoungou.

« C'est plutôt enlever les autorités de la Transition qui était la sûreté de l'Etat »

Ainsi, la transition était tout trouvée pour évoquer l'infraction de trahison, l'un des griefs reprochés au général Bassolé, qui est tout autant que les autres non constitué aux yeux de la défense.

Car pour Me Bonkoungou, l'élément matériel de la trahison ne peut que reposer sur les écoutes téléphoniques. Or, celles-ci, dit-il, ne sont ni établies ni démontrées.

« C'est honteux de déclarer que le général Bassolé a appelé Guillaume Soro pour demander de l'assistance en vue de consolider le putsch.

En matière de trahison, il n'y a infraction que lorsqu'il y a la volonté d'engager de manière délibérée un autre Etat ou une puissance extérieure à agir contre son pays. Guillaume Soro n'est ni un Etat ni une puissance étrangère », a résumé l'homme de droit.

« A la limite, on peut dire que le général a appelé Soro comme puissance étrangère pour l'aider à conquérir le pouvoir. Et si tel est le cas, en quoi cela est une trahison ou un attentat contre la sûreté de l'Etat, sachant qu'il ne s'agit pas d'une action contre son pays ?», a argué l'homme en noire.

Pointant au passage un doigt accusateur sur le régime de la Transition, qu'il qualifie d' « usurpateur », Me Bonkoungou estime que « c'est plutôt faire partir les autorités d'alors qui était la sûreté de l'Etat ».

La plaidoirie de Me Bonkoungou bouclée, la parole a été donnée à Me Mireille Barry. D'emblée, elle a signifié que son développement consisterait à démontrer que ce dossier du putsch est d'un caractère purement politique, et que son client n'est qu'une victime.

Pour l'avocate, la déclaration préliminaire à la barre de l'ex-président Jean-Baptiste Ouédraogo en est l'illustration : « Le président JBO a montré ici comment les choses fonctionnaient sous la Transition. Certains avaient des ambitions politiques, les uns orchestraient des coups contre les autres, et les complots, il y en avait à profusion... »

Après quatre ans d'instruction et 18 mois de procès, Me Barry est convaincue que le nom de son client n'est cité dans ce dossier que du fait de ses ambitions politiques. Elle en veut pour preuve le fait que le nom du général n'apparaît dans le dossier qu'à partir du 26 septembre 2015.

Et de rappeler que c'est à cette date qu'est apparu sur les réseaux sociaux le communiqué du procureur général annonçant le gel des avoirs de personnes physiques et de partis politiques, au motif d'avoir soutenu l'action des putschistes.

Et au nombre de ces personnes et partis visés figurent le général Djibril Bassolé et la Nouvelle alliance du Faso (NAFA), nom de son parti.

Pour Me Barry, il y a derrière la décision du gel financier des mains de politiciens. L'avocate a par ailleurs fait remarquer que suite au communiqué du procureur, une note du gouvernement a identifié le général Bassolé comme un soutien du présumé cerveau du putsch (le général Gilbert Diendéré) et s'en est suivie l'arrestation de l'ancien patron de la diplomatie burkinabè.

Une autre preuve de ce que l'avocat considère comme une manipulation politique du dossier serait qu'aux premiers moments de la procédure, deux des juges d'instruction (ceux des cabinets 4 & 5) ont été relevés de leurs fonctions « simplement parce qu'ils envisageaient l'audition de certains chefs militaires ».

Et pas seulement, « le commissaire du gouvernement Norbert Koudougou a été lui aussi relevé de ses fonctions et son remplaçant a dû, sans doute, recevoir l'instruction de prononcer les réquisitions pour l'abandon du mandat d'arrêt contre Guillaume Soro.

Viendra ? ne viendra pas ?

Abordant elle aussi la question des écoutes téléphoniques, Me Mireille Barry a rappelé la datation des éléments pour démontrer que les éléments audio ne peuvent constituer des preuves matérielles d'un quelconque soutien au putsch : « La mission héliportée qui a permis le convoi d'argent et de matériel de maintien de l'ordre a été exécutée le 19 septembre 2019. Pourtant, la conversation avec l'ex-président de l'Assemblée ivoirienne intervient le 27 septembre, deux jours avant l'arrestation de l'accusé ».

Embouchant la trompette de son confrère Me Bonkoungou, Me Mireille Barry a estimé que les éléments audio reposent sur du faux et ont aussi servi à de la « manipulation politique » : « Ceux dont les noms sont cités et qui étaient les forts du moment ont été épargnés.

Pourquoi on ne parle pas de la conversation que le général a eue avec l'ambassadeur français au moment des faits ?

On la trouvait aussi sur les réseaux sociaux à un moment ! Il vous manque beaucoup de personnes dans le box des accusés, monsieur le président.» Et pour l'avocate, même si les écoutes téléphoniques s'avéraient, il n'y aurait pas d'éléments constitutifs d'infraction.

A la fin de leurs plaidoiries, les avocats de Bassolé ont souhaité lire à l'intention du tribunal le mot de fin de leur client qui ne suit plus les audiences depuis maintenant plusieurs mois pour des raisons de santé.

Mais la requête n'a pas rencontré l'assentiment du président Seydou Ouédraogo, celui-ci ayant souhaité que l'accusé se présente à l'audience de ce mardi matin 20 août 2019 pour livrer lui-même son mot de la fin.

Ainsi, Bassolé est convoqué à la barre ce matin. L'audience reprend à 9 heures dans la salle des banquets de Ouaga 2000.

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