Maroc: Un lobby connu manœuvre sans relâche pour qu'aucun texte régissant l'Ordre national des pharmaciens ne voie le jour

Les précisions du président du CNOP valent assurément le détour

Hamza Guedira : Certes, je ne suis pas pour le report des élections, mais je pense qu'il faut bien donner au gouvernement le temps de promulguer la loi régissant l'Ordre des pharmaciens.

Faut-il s'attendre à une nouvelle crise entre le ministère de la Santé et les pharmaciens à propos des élections du Conseil de l'Ordre de ces derniers et du projet de loi régissant cette instance ordinale ? En réponse à cette question que nous avons posée dans notre édition du 15 août courant, Dr Hamza Guedira, président du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens (CNOP), répond négativement. Selon lui, il y eu de la désinformation à ce propos.

Concernant le projet de loi régissant l'Ordre des pharmaciens qui permettra de consacrer le principe de la régionalisation et de restructurer les conseils des pharmaciens d'officines à travers la création d'Ordres régionaux en phase avec le processus de régionalisation avancée, le président du CNOP nous a affirmé qu'il n'y a pas de texte de loi accessible et que seule une note de présentation circule. « Même moi en tant que président du Conseil, je n'ai pas eu accès à ce texte. Mieux, je me suis adressé officiellement au ministère de la Santé pour avoir une copie mais en vain et je défie quiconque qui prétend en avoir une».

Dans ce sens, il nous a rappelé que la révision du Dahir de 1976 a été l'un des objectif de l'actuelle équipe dirigeante du Conseil qui a plaidé en faveur d'une régionalisation élargie avec des compétences étendues pour pouvoir encadrer les pharmaciens dans la proximité totale. « Il ne faut pas oublier que le texte existant aujourd'hui remonte à 1976 date à laquelle le nombre de pharmaciens s'élevait à moins de 600 personnes. Aujourd'hui, le pays en compte entre 12.000 et 13.000. Et c'est pourquoi, j'ai pris l'initiative, au début de mon mandat, de contacter le Secrétariat général du gouvernement et le ministère de tutelle et je leur ai proposé la création d'une commission tripartite pour réfléchir sur un nouveau projet de loi sur le Conseil en travaillant sur des exemples internationaux comme ceux de la France, du Québec, de la Belgique, de la Suisse et de certains corps de métier nationaux mais pour des raisons inconnues les travaux de cette commission ont été gelés », nous a-t-il expliqué. Et de poursuivre : « Pourtant, nous avons maintenu la pression et nous avons relancé des rappels au niveau du SGG et du département de la Santé. Il a fallu attendre l'arrivée d'Anass Doukkali au ministère de la Santé pour que celui-ci prenne l'initiative en 2018 de créer une commission présidée par le vice- doyen de la Faculté de médecine et de pharmacie qui avait fait son travail en un temps record en proposant sa vision des choses. Par la suite, le ministère nous a envoyé une mouture à laquelle nous avons porté quelques amendements et recommandations en tant que conseils généraux spécialisés. Ces remarques ont été transférées par la suite au SGG et ce dernier a rédigé un projet de loi dont on n'a pas encore vu l'ombre ».

S'agissant de la vision du CNOP concernant ce projet de loi, Dr Hamza Guedira nous a indiqué que les pharmaciens sont pour la création d'un Conseil régional dans chacune des douze régions que compte le Royaume avec un transfert total des pouvoirs du centre vers les régions.

Le CNOP plaide également pour que la formation continue soit obligatoire et exige de la transparence dans la gestion du Conseil et des mesures disciplinaires détaillées. « La note de cadrage mentionne qu'il y aura une élection directe du président du Conseil par la base. Mais cette question fait encore objet de discussions », nous a-t-il déclaré avant d'ajouter : « Au sein de notre profession, il y a un lobby qui manœuvre pour qu'aucun texte de loi ne voie le jour et cherche à maintenir en l'état la situation absurde dans laquelle nous vivons aujourd'hui ».

Concernant les élections, le président du CNOP nous a indiqué qu'il n'est pas pour le report des élections et que sa position consiste à accorder un peu de temps au gouvernement pour qu'il puisse promulguer ledit projet de loi mais à condition que ce temps d'attente ne dépasse pas les trois mois. « Il y a aujourd'hui un engagement de la part du gouvernement et nous devons saisir cette occasion mais à condition que ledit projet de loi réponde au moins à 80% de nos attentes. Si les élections doivent être retardées, ce n'est pas grave mais pas pour des mois et des mois», nous a-t-il précisé. Et de conclure : « Ma crainte aujourd'hui est de faire les élections avec les deux conseils (Nord et Sud) et de voir l'arrivée d'un nouvelle équipe dirigeante qui ne s'attachera pas à la régionalisation et que le projet de loi régissant l'Ordre des pharmaciens soit renvoyé aux calendes grecques. En fait, notre profession est traversée par des enjeux financiers énormes et cela crée des pressions et des situations trop floues et surtout trop douteuses. Tout analyste de la situation doit donc prendre compte de ces éléments ».

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: Libération

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.