Cameroun: Condamnation à vie de leaders séparatistes - Un verdict qui risque de jeter de l'huile sur le feu

La prison à perpétuité ! C'est la peine dont ont écopé le leader séparatiste anglophone et ses neuf co-accusés pour « terrorisme et sécession ». Ainsi en a décidé le tribunal militaire de Yaoundé, au bout de près de six mois d'audiences sur fond de passes d'arme entre les avocats de la défense et de la partie civile.

S'il est vrai que Julius Ayuk Tabe qui s'était proclamé président de l'Ambazonie et ses comparses, ont été à l'origine d'une violente crise sociopolitique qui, selon Human Rights Watch, a fait plus de 3 000 morts et 530 000 déplacés, il faut cependant reconnaître que la Justice militaire camerounaise a eu la main lourde en les condamnant à la réclusion criminelle à vie.

Car, plutôt que de contribuer à apaiser la situation, ce verdict peut braquer davantage les séparatistes dont on sait que la capacité de nuisance reste encore très redoutable.

A moins que ce ne soit une stratégie pour les autorités camerounaises qui, maniant la carotte et le bâton, se disent dans le même temps prêtes à dialoguer avec les séparatistes anglophones. Ce n'est pas impossible.

Car, on se rappelle que le Premier ministre camerounais, Joseph Dion Nguté, en déplacement dans le Nord-Ouest anglophone, se disait porteur « d'un message de réconciliation » selon lequel le président Paul Biya se disait disposé à prendre langue avec les séparatistes afin de trouver une solution au conflit armé qui sévit depuis près de trois ans dans cette partie du pays. Mais, avait-il prévenu, les seuls points non négociables sont l'intégrité et l'indivisibilité du territoire camerounais.

Le président Biya gagnerait à prendre des mesures d'apaisement

En tout cas, cette offre de dialogue avait été favorablement accueillie à Bamenda, la capitale de l'Ambazonie, tant elle laissait entrevoir une volonté manifeste des autorités camerounaises de prendre en compte les préoccupations des ressortissants du Nord-Ouest anglophone dont les revendications, au départ, étaient purement d'ordre social. Hélas !

La crise sociale s'est muée en conflit armé dès lors que Yaoundé, au départ peu ouvert au dialogue, avait sorti l'artillerie lourde, compliquant davantage la situation.

Alors, faut-il craindre un nouvel embrasement avec ce verdict que vient de prononcer le tribunal militaire à l'encontre des leaders séparatistes ? On attend de voir ! Toujours est-il que les séparatistes ne resteront pas les bras croisés ; eux qui, faut-il le rappeler, ont donné déjà du fil à retordre à l'armée camerounaise.

C'est dire si le président Biya gagnerait à prendre des mesures d'apaisement et de séduction des populations anglophones plutôt que de bander les muscles d'autant que le processus de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) qu'il avait lancé en fin novembre 2018, n'a produit aucun effet sur le terrain.

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