Congo-Kinshasa: Le bilan systémique de Joseph Kabila et la structuration du programme commun FCC-CACH

opinion

La RDC est dans l'expectative de la publication du Gouvernement Ilunkamba et, concomitamment, la conception du programme commun FCC-CACH. La structuration de l'armature programmatique et de la substance de ce principal instrument managérial de l'Etat sera inéluctablement fonction d'une analyse cartésienne de «l'état de l'Etat».

Cela implique forcement une évaluation gouvernologique cartésienne de ce qui a été accompli par le régime de J.Kabila de 2001 à 2018. Cette exploration préalable permettra de composer la thèse du programme sur base d'une analyse contextuelle en SWOT, afin d'articuler l'énoncé de la vision formelle véridique du nouveau régime. Cette vision servira de soubassement à la formulation des objectifs stratégiques et à la conception des actions efficientes du gouvernement. Donc la qualité de l'appréciation du bilan du régime de J.Kabila aura une incidence inéluctable sur l'armature et la substance du programme commun FCC-CACH.

Dans cette optique, il m'a semblé indispensable de proposer une lecture évolutive et systémique, au-delà du négationnisme politicien et des supputations populistes, sur la problématique du « Bilan de Joseph Kabila après 18 ans de pouvoir». Cette démarche élucide le bilan positif du régime de J.Kabila en cernant symétriquement les accomplissements et les déficits. La causalité et la contextualité de ces déficits sont aussi cernées. La conclusion propose, au regard du bilan positif au plan systémique, la capitalisation des acquis de 2001 à 2018, dans la conception d'un programme symbiotique. Celui-ci doit être ambitieux, mais réaliste, pour impulser l'accélération de l'émergence de la RDC.

L'EVALUATION BILANTAIRE DU REGIME J.KABILA : UNE APPROCHE EVOLUTIVE ET SYSTEMIQUE

Dans mon ouvrage intitulé «Le Leader Politique et la Gestion Politique du Programme de Gouvernement » (USALGA, 2017), le concept de bilan dans l'appréciation d'un régime est exploré dans le prisme de l'évaluation sommative de l'exécution d'un programme de gouvernement. Mais, l'utilisation du concept de bilan dans l'évaluation d'un régime mérite d'être contextualisée et clarifiée au regard des réalités du champ politique.

Il est absolument important de préciser que le bilan n'est qu'un captage (une photographie) quantitatif de la situation comptable d'une organisation. Essentiellement, le bilan fournit une idée sur les richesses nouvelles créées par une organisation à un moment précis. Tout analyste ou auditeur financier professionnel sait qu'il faut recourir à une exploration bilantaire évolutive de l'ouverture à la clôture de la période sous examen. Mais au-delà du bilan, il est indispensable d'explorer en profondeur le système structurel et fonctionnel (d'exploitation) de l'organisation, pour avoir une idée plus véridique de sa productivité, voire de sa rentabilité. L'appréciation de la performance organisationnelle et surtout de la compétence des managers, ne s'élucide pas seulement par une évaluation bilantaire figée, sans une mise en perspective de ce qui a été réalisé au plan organisationnel dans la durée, au regard des défis contextuels. Certains exploits managériaux transcendent un captage quantitatif statique du bilan. Sous cette lumière, les observations suivantes s'imposent quantà l'appréciation bilantaire du régime de J. Kabila de 2001 à 2018.

Primo, il convient de commencer avec l'aspect systémique. Les intellectuels nihilistes et les politiciens populistes scandent « le bilan négatif de Kabila» de 2001 à 2018, en se focalisant exclusivement sur les déficits. Ils ne s'expriment souvent pas sur les systèmes et structures mis en place par ledit régime, lesquels systèmes et structures étaient quasiment inexistants à la prise en charge de la gestion de l'organisation RDC par le manager J. Kabila, en 2001 (Mzee L. Kabila n'a pas eu le temps de reconstruire l'Etat). Les nihilistes ne se prononcent pas sur les accomplissements systémiques politique, constitutionnel, institutionnel, électoral, économique, car nier leur reconstruction sous J. Kabila serait une assertion absolument fallacieuse. Secundo, les nihilistes ne se focalisent que sur les déficiences ou le passif du bilan du régime J. Kabila. Ils ne reconnaissent généralement jamais un seul iota d'accomplissement ou d'actif en termes des richesses nouvelles produites au bénéfice de la République, même aux échelles modestes.

Or, il est aberrant d'évaluer un bilan en regardant seulement le passif, sans examiner l'actif. L'analyse nihiliste est donc tronquée. Elle ne peut pas révéler une quelconque évaluation bilantaire véridique. D'autres nihilistes plus radicaux affirment carrément que J. Kabila a détruit la RDC. C'est aussi une affirmation populiste et politicienne illogique. La vérité empirique, qui n'échappe pas à toute intellectualité en rectitude, est qu'après la déviation tectonique de l'entreprise de la construction postcoloniale de la RDC par le totalitarisme de Mobutu (une déviation de la RDC de la piste menant vers sa destinée de puissance), c'est le régime de J. Kabila qui a remis ce pays sur les rails de sa régénérescence. Ce régime a réalisé la plus stable et la plus longue opérationnalité politique pluraliste démocratique avec un élan économique productif. C'est ce que les historiens, politologues et économistes cartésiens écriront et pas les supputations nihilistes politiciennes.

Tertio, les nihilistesprésentent une appréciation inexacte (intégralement spécieuse) parce qu'ils sont incapables de dire à l'opinion quel était le bilan d'ouverture de la RDC en 2001. Un bilan positif ou négatif à la fin d'une période évaluée n'a de sens que si on l'examine en rapprochement avec les bilans antérieurs et surtout à la lumière du bilan de l'organisation quand le manager sortant avait accédé à sa gestion. Or, Mzee L.Kabila n'ayant pas eu le temps de reconstruire la RDC, J.Kabila a repris la gestion de l'Etat en 2001 dans l'état des ruines (voire mon ouvrage Des Ruines du Zaïre vers le Congo Emergent, CRIDD 2018). Il n'y avait ni structure organisationnelle démocratique de l'Etat, ni constitution, ni système économique productive effective, ni société cohésive. La RDC était un Etat en dislocation («dislocated state », pour reprendre la conceptualisation du Prof. Robert Rotberg d'Harvard). On se rend donc compte que ceux qui scandent le bilan négatif de J. Kabila sont en réalité des intellectuels ou des politiciens dénués des compétences analytiques professionnelles en la matière ou alors des technocrates «politiciens néophytes» aux esprits altérés par une intellectualité instrumentalisée à des fins politiciennes.

LA PROUESSE RECONSTRUCTIVE ET L'ALTERNANCE HISTORIQUE VONT AUDELA D'UN BILAN POSITIF

Même si l'analogie bilantaire est pertinente dans l'appréciation de la performance d'un régime dans sa gestion de l'Etat, en gouvernologie (leadership-Management d'Etat) l'évaluation transcende le caractère essentiellement statique, quantitatif et surtout non-systémique du bilan. Sous cette lumière, il est donc véridique d'affirmer que le régime de J. Kabila a un bilan non seulement positif, mais surtout présente des prouesses historiques allant bien au-delà d'un confinement bilantaire. La véracité de cette affirmation est capable au regard des observations suivantes :

Primo, au point de vue de la productivité générale de l'organisation RDC : à l'année N1 (2001) cette organisation avait une production des richesses générales (PIB) évaluées à $4 milliards à la prise des fonctions par le manager J. Kabila. A l'année de clôture N18 (2018), l'organisation RDC présente une productivité générale évaluée à $42 milliards. Secundo, concernant l'output de son principal produit d'exploitation qui est le cuivre, à l'année N1 il était estimé à 45.000 tonnes alors qu'à la clôture N18 cet indicateur se chiffre à 1,2 millions de tonnes. Tertio, et plus significatif pour toute organisation au plan comptable et financier, le budget annuel de cette organisation était de $300 millions à la prise des fonctions par le manager J. Kabila à l'année N.1.

Le comité de gestion piloté par J. Kabila a réussi à propulser le budget de cette organisation avec des recettes réelles atteignant les $6 milliards en N12-N14 et $4 milliards à la clôture à l'année N18. Quarto, sur le plan de la trésorerie, alors que l'encaisse en devises à la Banque Centrale était quasi-inexistante à l'ouverture N1, à la clôture N18 cet indicateur poste plus de $1,2 milliards. En même temps, la dette colossale héritée à l'ouverture et qui s'élevait à $14 milliards a été réduite à moins de 10% du PIB, sur base des reformes rigoureuses de gestion imposées par le FMI. Ces quelques paramètres fondamentaux de gestion de toute organisation indiquent bel et bien en termes de quantification que le bilan de clôture du comité de gestion de J. Kabila est positif. Il n'y a que la myopie politicienne qui peut obstruer cette appréciation quantitative fondamentale de toute gestion organisationnelle. Cette quantification ne signifie pas que les accomplissements sont intégralement impeccables. Il y a des déficits épinglés au point 3.

Au plan des accomplissements qualitatif-systémiques fondamentaux, les réalisations vont loin au-delà d'un réductionnisme bilantaire. Le manager J. Kabila a trouvé l'organisation RDC dans un chaos d'échelle presqu'apocalyptique. Aucun intellectuel Congolais digne de ce nom et ayant un bagage épistémique profond sur ce pays, ne peut nier cette réalité. Le pays était ruiné par les effets cumulés de 32 ans de totalitarisme et de la seule «Guerre Mondiale Africaine».

La restauration de l'unité et de la paix, la reconstruction de l'Etat qui n'existait plus, la dotation du pays d'une constitution, des lois et des institutions, la mise en place du système électoral, l'implémentation des mécanismes de gouvernance budgétaire et financier, la relance d'une économie jadis effondrée, le rétablissement de la stabilité macro-économique (dans le seul pays Africain qui avait atteint une rarissime croissance négative de - 13,5 % en 1993 et une inflation de plus de 2.000 %), et surtout la réorientation de toute la société vers un horizon de l'émergence, sont des accomplissements indéniables. Ils ne peuvent pas être logiquement, et en rectitude intellectuelle, passés au compte pertes et profits (dans le tableau de formation du résultat) pour affirmer que le bilan est négatif. Par ailleurs, la réalisation d'une démocratisation régénérative, dans des conditions hypercomplexes, ayant débouché sur une alternance célébrée au pays et appréciée dans le monde, est d'une portée spirituelle, sociétale et historique transcendant une évaluation bilantaire.

LES DEFICIENCES MAJEURES DU REGIME DE J.KABILA : UNE PERSPECTIVE CAUSALE CONTEXTUALISEE

Les accomplissements épinglés ci-haut sont loin de constituer une réalisation d'une perfection totale. Le régime de J. Kabila présente des déficiences majeures indéniables. Il s'agit notamment du manque d'ambition pour une reconstruction plus fulgurante avec des projets d'une amplitude de transformation proportionnelle à la taille et la magnitude des défis de la RDC. C'est pourquoi le régime Tshisekedi doit absolument présenter des projets propulseurs de grande envergure dans le programme du Gouvernement Ilunkamba.

Ainsi, malgré sa recomposition indéniable par le régime J.Kabila, l'Etat congolais est encore fragile, comme le note le Professeur René Lemarchand. Cette déficience se cerne principalement par l'absence de l'autorité de l'Etat sur certaines portions du territoire, la faible fonction extractive par laquelle l'Etat mobilise des recettes en deçà de son potentiel, et aussi la modeste fonction constructive en infrastructures - en large partie prises en charge par l'Union Européenne, la BAD, les Chinois. Une autre déficience majeure est le confinement de l'économie au niveau extractif avec une agriculture essentiellement artisanale. Pourtant en 18 ans on aurait bien pu impulser la révolution industrielle diversifiant l'économie avec plus d'impact sur l'amélioration des conditions de vie des citoyens. Et plus crucial, la déficience de la dénormativisation des congolais est dramatique. On y note la corruption généralisée même dans les églises, l'impunité avec une justice rentière. C'est une charge au passif du régime J.Kabila. Cependant, il serait fallacieux et intellectuellement immoral d'imputer la causalité première de ces déficiences à J.Kabila. Celui-ci a repris la gestion de la RDC en y trouvant toutes ces pathologies en foisonnement (un passif hérité dans sa large portion de «l'Etat pagaille» de Mobutu (pour reprendre l'expression du Professeur Crawford Young).

Par ailleurs, la reconstruction politique très complexe impliquant la gestion des politiciens anciens rebelles, les guerres résiduelles, la réalisation de la démocratie avec des élections hyper-couteuses, ont été des contraintes indéniables. Tout cela a dans une large mesure empêché une reconstruction plus robuste et un management draconien de la société. La compétence et la moralité étiolées de certains gouvernants du régime, ainsi que leur faculté imaginaire sclérosée, ont aussi été des facteurs plombant tout progrès plus éclatant. Mais on doit surtout noter que pendant que même les pays modestes réalisaient des avancées socioéconomiques dans les années 1980-1990-2000, c'est durant cette période que le Zaïre de Mobutu s'effondrait en une véritable déliquescence systémique. Donc, le régime de J.Kabila a essentiellement travaillé pour combler un trou tectonique laissé par Mobutu afin de remettre le pays à niveau, pendant que les autres grandes nations africaines étaient à la phase de la construction des niveaux supérieurs de leurs édifices étatiques. Entre temps, l'implosion démographique, malgré la guerre, avait amené le Congo de moins de $40 millions à plus de 80 millions d'habitants.

CONCLUSION

VERS UN PROGRAMME SYMBIOTIQUE CAPITALISANT LES AVANCEES SYSTEMIQUES DE 2001-2018 POUR L'ACCELERATION DE L'EMERGENCE

Cette exploration bilantaire réconceptualisé dans une approche évolutive et organisationnelle a démontré que le régime de J.Kabila poste un bilan systémique positif. Les déficiences sont indéniables, mais explicables. En ultime instance on peut relever qu'affirmer que le régime J.Kabila n'a rien réalisé serait un diagnostic intégralement irrationnel et erroné. Il peut en découler une vision-regard altérée de la RDC, et partant, une vision-ambition en distorsion. Cela induira une thèse programmatique tronquée orientant une vision, des objectifs stratégiques, ainsi que des solutions et actions aussi tronqués dans le programme de gouvernement de la première équipe exécutive du nouveau régime. Il est absolument indispensable d'éviter l'irrationalité d'une analyse contextuelle politicienne et populiste. Cet effort d'élévation cognitive et idéologique en leadership d'Etat, permettra de prendre en compte le cadre logique stratégique national (voire le PNSD), continental (vision Africa 2063) et international. Une telle élévation analytique permettra de calibrer et de formater la substance programmatique en capitalisant les accomplissements du régime passé, tout cernant rationnellement la causalité-contextualité des déficits.

Sous cette lumière, il est rationnel d'envisager le programme du gouvernement de la coalition FCC-CACH comme un programme symbiotique : un instrument découlant de l'intelligence synergique des élites aux esprits épurés des allégeances primaires et des pulsions égotistes. Des élites politiques surtout focalisées sur les projets concrets communs de développement. Ce programme doit absolument être conçu comme un instrument de gestion de la République. Les principales forces et élites de cette coalition partageant l'idéologie centre-gauche social-démocrate, assortie de nationalisme-souverainisme, peuvent se mettre d'accord sur une vision ambitieuse de la «Propulsion de la RDC vers l'Emergence ».

Les fondamentaux systémiques ayant été réalisés par le régime de J.Kabila, il serait irrationnel d'aborder la conception du programme de gouvernement dans une approche nihiliste, avec une thèse d'analyse contextuelle catastrophiste. Cet esprit nihiliste imposera une irrationnelle et dangereuse tabula rasa avec une propension régressive de la réinvention de la roue. Les actions et projets structurant en cours et les nouveaux projets structurant dans tous les domaines, méritent d'être inscrits dans le programme et matérialisés. Le premier gouvernement de l'ère F.Tshisekedi doit nécessairement proposer aux Congolais un programme basé sur des projets «game changers» de grande envergure. La mission de ce gouvernement est fondamentalement économique et sociale. La RDC doit rattraper un énorme retard en matière de développement. Il a donc besoin d'un programme de gouvernement accélérateur de la croissance économique diversifiée et inclusive pour la production des richesses nouvelles à utiliser pour améliorer les conditions sociales des citoyens.

Hubert Kabasu Babu,

Ecrivain et Libre penseur

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