Maroc: Said Salhi - Les acquis du mouvement sont irréversibles

Les acquis de six mois de contestation sont "irréversibles", estime Said Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH) et figure du "Hirak", le mouvement inédit déclenché le 22 février par le refus d'un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika. "La rentrée s'annonce chaude", juge en outre M. Salhi, alors que la mobilisation n'a pas faibli durant l'été.

Q: Comment expliquer le "réveil" le 22 février du peuple algérien, longtemps décrit comme résigné?

R: "Le peuple algérien ne s'est jamais résigné. Mais le peuple algérien a (...) vécu une guerre civile de 10 ans (de 1992 à 2002, NDLR) et (...) une expérience traumatique depuis l'indépendance, (...) une confrontation sanguinaire avec le pouvoir, le +système+".

"C'est ce qui a fait que le peuple algérien était toujours prudent. La force de ce "Hirak" ("mouvement"), c'est cette expression pacifique: parce que nous ne voulons pas vivre justement ces expériences traumatiques du passé".

"Le 5e mandat (brigué par le président Abdelaziz Bouteflika) a été la goutte de trop. Cette résurrection du peuple algérien nous a surpris nous-mêmes, les acteurs de la société civile (...). On avait peur que cela dérape et s'exprime dans la violence".

"Heureusement, le peuple et les jeunes surtout ont compris que la seule voie (...) est la voie pacifique (...) Aujourd'hui, le pouvoir n'a aucune raison de recourir à la répression".

"Ce qui a été obtenu pendant ces six mois, c'est d'abord cette détermination de tout un peuple (...). Le deuxième point, c'est cette union nationale, aujourd'hui cimentée et renforcée malgré toutes les tentatives de division et d'atomisation qui (...) pendant des années ont fait la force du +système+".

"Le peuple algérien a réussi à démettre le pouvoir de Bouteflika ou ce qu'on appelle chez nous +la monarchie de Bouteflika+. (...) Aujourd'hui, on a en prison deux ex-Premiers ministres, des ministres, des généraux".

"Le peuple algérien a repris confiance en lui. Cet espoir qui a émergé est né de cette mobilisation. Aujourd'hui, on croit en nous, on croit en notre pays, on croit en notre avenir".

Comment voyez-vous la suite?

"La rentrée s'annonce chaude. Il va y avoir encore de la détermination. Il va y avoir encore plus de mobilisation. La balle est toujours dans le camp du système".

Les marches du vendredi, c'est déjà grandiose bien sûr, mais il y a d'autres moyens (...). Les syndicats ont déjà brandi la menace de recourir à des grèves, mais moi je dis que, même s'il y a grève, elles ne doivent pas mettre la pression sur le peuple (...). Nous sommes conscients que c'est un combat qui s'inscrit dans la durée. Il faut être patient et moi je reste très optimiste."

Un retour en arrière est-il possible?

"Non. C'est irréversible (...), le peuple algérien ne peut plus revenir en arrière (...), le peuple veut saisir cette chance et c'est une chance historique (...). C'est pour cela qu'aujourd'hui nous voulons mettre tout notre poids pour arracher cette transition".

"L'issue de la crise est claire (...). Il n'y a pas d'autre solution que d'aller vers un autre système (...). Nous voulons aller vers une solution négociée (...) Nous ne voulons pas le chaos, l'effondrement de l'Etat. Nous voulons une transition. Nous voulons une rupture avec l'ancien système".

"Nous voulons un dialogue sérieux. Nous voulons un dialogue sincère. Nous voulons un dialogue ouvert. Aujourd'hui, il ne s'agit pas de dialogue mais d'un monologue. Aujourd'hui, le pouvoir, le système dialogue avec lui-même".

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