Ile Maurice: Commerce - Quand la consommation pour relancer la croissance fait débat

La dernière édition de l'indicateur du climat des affaires est catégorique. Elle part du postulat que la hausse de la demande pour des produits de consommation, telle qu'elle est ressentie par les opérateurs économiques, aura été le facteur clé pour doper la croissance économique du pays ces dernières années. Du coup, les dépenses liées à la consommation sont appelées à augmenter de 3,3 % en 2019, un taux identique à celui de 2018.

«La hausse dans la demande domestique a été un facteur clé de la croissance économique. Toutefois, il est bon d'insister que le pourcentage d'opérateurs pointant vers cette hausse a diminué sur fond d'un ralentissement de la demande globale en raison notamment des tensions internationales suivant la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine et son impact sur la croissance économique mondiale», soutient à l'express Azeem Salemohamed, économiste à la Mauritius Chamber of Commerce & Industry (MCCI) et auteur de cette enquête trimestrielle sur l'indice du climat des affaires.

Le recours à la consommation comme un vecteur de croissance est d'ailleurs privilégié par le gouvernement qui s'est investi ces dernières années à rehausser le pouvoir d'achat en prenant certaines mesures économiques. Elles vont de l'introduction du salaire minimum à Rs 8 500 à l'avènement de l'impôt négatif, en passant par l'augmentation de la pension de vieillesse qui est passée de Rs 3 623 en 2014 à Rs 6 210 cette année et à Rs 6 710 en janvier prochain. Sans compter l'allègement fiscal aux contribuables de la classe moyenne et la décision d'appliquer les recommandations salariales du Pay Research Bureau pour les fonctionnaires, notamment le déboursement d'un «increment» de Rs 1 000 en janvier 2020 au lieu de janvier 2021.

Résultat des courses : les salariés ont aujourd'hui des moyens financiers pour dépenser. D'ailleurs, les récentes statistiques confirment que les dépenses liées à la consommation des ménages ont crû depuis 2016 et représentent aujourd'hui Rs 382 milliards (75 %) sur un PIB estimé à Rs 507 milliards en 2019.

«Notre PIB est tiré à 75 % par la consommation. Ce qui n'est pas sain économiquement car une crise réduisant le pouvoir d'achat des consommateurs pourrait le fragiliser. Il faut viser un PIB à base élargie, dopé par les exportations, les investissements et la consommation. Ce qui n'est malheureusement pas le cas», explique Rajeev Hasnah, économiste et haut cadre du groupe Harel Mallac. D'ajouter que cette situation résulte d'un modèle économique qui a fait son temps et qu'il faut réinventer pour aider le pays à passer à un autre palier de son développement. Ce nouveau modèle, dit-il, doit traduire la vision économique partagée entre tous les partenaires de développement du pays, y compris le privé. Car au cas contraire, le pays sera condamné à subir les effets d'une croissance molle.

Déficit commercial

Certes, la politique monétaire exerçant des pressions sur le taux directeur n'arrange pas les choses. La récente décision du Monetary Policy Committee (MPC) de baisser le taux repo à 3,35 % contre 3,50 % vient réduire davantage tout intérêt d'épargner et encourage les Mauriciens à dépenser. «Aujourd'hui, les taux d'intérêt pratiqués par les banques et autres institutions financières, moins de 2 % sur le compte d'épargne, sont loin d'attirer les épargnants ; ces derniers seront plus tentés par la consommation», explique l'économiste Azad Jeetun.

Bien entendu, toute hausse des dépenses de consommation influe positivement sur la croissance. Une posture prônée par la MCCI qui privilégie la consommation pour doper la croissance. Toutefois, cette politique est comme une arme à double tranchant. Car elle peut parallèlement creuser le déficit du compte courant vu que 75 % des produits consommés localement sont importés.

Selon les recherches de la MCCI sur la modélisation économétrique, une hausse d'un point de pourcentage de la consommation augmenterait le taux de croissance économique de 0,56 point de pourcentage. On note que depuis 2009, il existe une vive décélération du taux de croissance de la consommation, le taux passant d'environ 6 % en moyenne sur la période avant la crise (2008) à 2,6 % en moyenne sur la période récente et post crise. «S'il y a un aspect fondamental qui influence le niveau de la consommation globale, c'est l'élément psychologique», avançait une récente étude la MCCI, précisant que selon des études, en période de crise les consommateurs, animés par un sentiment de crainte, limitent leur consommation en adoptant une posture prudente.

Par ailleurs, le dernier exercice budgétaire de l'Alliance gouvernementale va plus loin avec une palette de mesures pour encourager le développement d'une «Silver Economy», soit l'économie des seniors. Selon la projection de l'Economic Development Board (EDB), ce nouveau pilier espère recueillir Rs 84 milliards dans le circuit économique du pays sur la base de la présence de 70 000 retraités étrangers d'ici dix ans, et ce en s'appuyant sur des activités gravitant autour de ce nouveau créneau, dont des soins médicaux, la restauration pour des personnes fortunées.

Une démarche qui peut potentiellement attirer des milliards de roupies sous forme de consommation tout en influant positivement sur la croissance. Comme quoi relancer la croissance à travers la consommation reste l'option favorite du gouvernement.

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