Congo-Kinshasa: Eliezer Ntambwe - "Les 23 membres que le CACH envoie au gouvernement ne doivent pas être complaisants, ils vont au front"

"Si nous sommes allés en politique, ce n'est pas parce que nous envions les Députés, non. C'est parce que nous avons voulu avoir une qualité officielle d'être le représentant du peuple et de plaider sa cause auprès des autorités compétentes".

Eliezer Ntambwe est plus déterminé que jamais à défendre les intérêts du peuple congolais au cours de la présente législature. Député national élu de la circonscription de Lukunga, il revient d'un séjour au pays de l'Uncle SAM, et présage l'avenir du pays comme un jeu d'échec farci de pièges qu'il faudra, à tout prix, surmonter. Du difficile mariage de la coalition CACH-FCC aux innombrables défis qui attendent le chef de l'Etat et le prochain gouvernement, l'ancienne figure phare de la presse congolaise s'est exprimée dans votre journal.

Pour ce qui est du gouvernement de la République dont le Premier ministre a promis d'apporter à Félix Tshisekedi la dernière mouture dans les heures qui suivent, Eliezer Ntambwe pense que la gestion va poser un peu problème "parce que là nous sommes en face d'un élu, le chef de l'Etat qui a un programme qu'il a présenté lors de la campagne électorale auprès du peuple et un non-élu choisi sur base des calculs politiques" Auront-ils la même vision ? s'interroge-t-il.

Et, pour lui, il n'y a qu'une solution : "Il faut envoyer des gens chevronnés qui savent que nous allons au front. L'avantage que la Constitution donne est que le PM ne peut pas prendre seul une décision sans passer par le conseil des ministres. Il faut qu'il y ait donc parmi les ministres, des personnes capables de convaincre, d'avoir les arguments. Et pas ceux qui ont l'injure facile étant hommes d'Etat". D'où, propose-t-il au chef de l'Etat de choisir les combattants mais qui ont leurs têtes, capables de réfléchir et de contourner les pièges des autres et qui incarnent réellement la volonté du peuple.

Il relève, cependant, les 23 postes attribués au CACH dont quelques leaders de l'UDPS se contentent. "C'est une aberration ", s'exclame-t-il. "C'est une mauvaise lecture. Ils ont été seulement troublés par les juristes envoyés par le FCC". Pour lui, il n'y a pas photo entre les personnes envoyées par Kabila et celles envoyées par le CACH lors des négociations sur la formation du gouvernement.

A la guerre comme à la guerre

Face à cela, il insiste sur le fait que "les 23 membres que le CACH doit envoyer au gouvernement ne doivent pas être complaisants, ils vont au front". Déjà, selon la Constitution, à part les décisions que le chef de l'Etat peut prendre par rapport à son cabinet, le reste des décisions doivent être prises en concertation avec le Premier ministre.

Maintenant, déclare l'élu de Lukunga, "vous êtes en face d'un Premier ministre qui vient du camp que vous avez renversé, du camp d'un animal blessé, et des gens qui veulent revenir à tout prix au pouvoir... vont-ils vous faciliter ou vous bloquer ? "

Ces propos du Député national s'accordent parfaitement au sabotage du Ministre du Portefeuille, membre du camp Kabila, qui a bloqué l'entrée en vigueur des ordonnances du chef de l'Etat depuis plusieurs mois déjà. Mais, également, le débat qui a éclaté au niveau de l'AN concernant les décisions prises par le Président de la République, sous l'œil timide de Jeanine Mabunda et certains députés assis sur une longue expérience politique. "Ils l'ont fait à dessein pour saboter le chef de l'Etat", lance Eliezer Ntambwe. Cependant, "maintenant que le Président doit définir, en collaboration avec le Premier ministre, la politique de la Nation et que ce dernier doit mettre en application, quelle est la politique qui va être définie ? De celui qui n'a aucun devoir de redevabilité ou de celui qui a promis et qui continue de promettre ? ", soutient-il, allusion faite au Premier ministre et au chef de l'Etat.

Faux débat

Face aux critiques qui ont inondé la toile sur le dépôt des listes de ministrables auprès de Félix Tshisekedi et son prédécesseur, Eliezer Ntambwe n'y voit aucun problème exactement comme lorsque l'ancien Premier ministre Muzito consultait Gizenga. "La constitution ne dit pas que l'ancien chef de l'Etat doit cesser avec la politique comme ceux qui aiment tromper la population veulent faire passer ça dans la tête des gens", a-t-il avancé. Selon lui, Joseph Kabila peut donc faire la politique toute sa vie, "sauf qu'il ne peut plus redevenir chef de l'Etat".

Néanmoins, il reste conscient du fait que "la difficulté qu'on aura en face est la promesse d'un élu qui a des promesses et un engagement avec le peuple et un non-élu qui n'a des promesses et des engagements qu'avec ceux qui l'ont choisi sur base des calculs politiques".

Animal blessé

S'il faille faire quelques observations importantes par rapport à la situation politique en RDC, il y a lieu de citer la première alternance démocratique au sommet de l'Etat, c'est clair. Ntambwe Mposhi pense que cette alternance a des faiblesses notamment, le fait que l'ancien régime ne veut pas accepter sa défaite. "Ils veulent se comporter comme s'ils avaient encore le bâton de commandement. Et c'est comme cela qu'ils amènent parfois des pensées sophistes dans la mesure où ils veulent faire croire à l'opinion que ce sont eux qui ont encore le pouvoir, et celui qui est là n'est qu'une étiquette. Ce qui est faux".

Et en voulant s'accrocher, ils en abusent, affirme-t-il. Et les blocages observés aujourd'hui dans le pays sont dus à ce qu'il qualifie de mauvaise foi du régime précédent. "Celui qui est là essaie de mieux faire mais il est submergé par les caciques du FCC... ces gens-là envahissent presque toutes les institutions, ils sont partout".

Toutefois, il garde confiance en l'esprit diplomatique de Félix Tshisekedi qui, selon lui, ne résout pas les problèmes par la force.

Ballon d'essai

Eliezer Ntambwe est également revenu sur les récentes vraies fausses nominations des bourgmestres dans la ville-province de Kinshasa par Gentiny Ngobila. "Je pense qu'il y a eu des pressions politiques. Et ce qui s'est passé s'appelle Ballon d'essai. Cela ne s'est pas passé qu'à Kinshasa. Dans la province de Lomami également des bourgmestres ont été nommés mais sur base de quel droit ? ", a-t-il avancé. "Nous allons de tâtonnement en tâtonnements. Le chef de l'Etat doit s'entourer des bons collaborateurs pour qu'il ne souffre pas de la maladie de Joseph Kabila".

Ce dernier, avance-t-il, se plaignait de n'avoir pas eu 15 bons collaborateurs. "On a beaucoup critiqué Kabila, si on ne fait pas mieux, la population sera très rigoureuse vis-à-vis de nous".

Actuellement, le Député national Eliezer Ntambwe dit se concentrer sur des projets de lois qu'il va bientôt déposer au Bureau. Mais également une motion par rapport à ce qu'il a constaté dans l'opinion. "Je vais également rester en contact très permanent avec ma base comme je l'ai toujours été quand j'étais dans la presse".

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