Burkina Faso: Procès du putsch « Bassolé reconnaît avoir échangé avec Soro », Me Mireille Barry

Mireille Barry et Antoinette Ouédraogo, des avocates du général Djibrill Bassolé, sont intervenues à la suite de leur confrère Dieudonné Bonkoungou pour leurs plaidoiries devant le tribunal militaire, le lundi 19 août 2019. Toutes les deux ont demandé l'acquittement de leur client.

La défense du général Bassolé s'échine à desserrer l'étau du parquet militaire qui destine l'accusé à la prison à perpétuité et une déchéance de grade.

Pour la suite de sa plaidoirie le lundi 19 août 2019 au tribunal militaire, Me Dieudonné Bonkoungou a mis en parallèle les deux rapports d'expertise des écoutes téléphoniques commandités, l'un par le juge d'instruction (réalisé par l'Allemand Hermann Kunzel) et l'autre par la défense du général Bassolé (exécuté par le Français Norbert Pheulpin).

« L'expert privé, Norbert Pheulpin a déclaré sans hésitation qu'il ne s'agit pas d'une interception téléphonique ni d'une bande audio authentique», a rappelé l'avocat, insistant sur le fait qu'il s'agit plutôt d'éléments pris sur le net, truqués et manipulés pour trouver des charges contre Bassolé.

Me Dieudonné a ensuite critiqué «la mauvaise foi » de l'expert Kunzel qui ne se prononce pas, selon lui, sur les zones d'ombres soulevées par l'expert Pheulpin. Pour lui, l'Allemand a produit un rapport pour aller dans le sens voulu par le juge d'instruction, « puisqu'il a reçu quelques milliers d'euros ».

Au demeurant, quoiqu'ayant décelé des propos contradictoires dans le rapport de l'Allemand, l'auxiliaire de justice a souligné que les deux experts se rejoignent pour dire que les bandes audio ne peuvent être authentifiées. Me Dieudonné Bonkoungou a analysé, par la suite, l'infraction de trahison reprochée à son client.

« Il n'y a pas d'élément matériel infractionnel. Même si on dit qu'il a voulu faire venir une puissance étrangère pour prendre le pouvoir, si tant est que Guillaume Soro peut être considéré comme une puissance étrangère, en quoi cela peut consister une trahison ? », a demandé l'avocat.

A l'entendre, c'est une poignée de personnes, aux intérêts égoïstes, qui tentent de manipuler l'histoire, d'influencer la procédure, les juges et l'opinion publique. « Il faut que nous sachions sortir de ces intrigues inutiles qui pourrissent la vie de nos sociétés.

Le gouvernement de Transition était une foire d'empoigne. Le Burkina Faso a besoin d'un changement de conscience, et ce changement procède d'un acte fort que votre institution devra contribuer à faire.

N'ayez pas peur de dire au peuple que Djibrill Yipènè Bassolé n'a pas fait d'attentat à la sûreté de l'Etat ni n'en a été complice », a-t-il demandé aux juges.

Dans la même veine, sa consœur, Me Mireille Barry, s'est évertuée à démontrer la dimension politique de l'accusation portée contre le général de gendarmerie.

« Un homme intelligent... »

Elle a donc épluché la déclaration liminaire que le président Jean-Baptiste Ouédraogo a lu devant le tribunal lorsqu'il a comparu comme témoin. Me Barry a noté les révélations de l'ancien chef de l'Etat sur l'existence d'un avenant à la charte de la Transition mettant à nu « les dessous de machinations politiciennes » du régime transitoire.

L'avocate du général Bassolé a, par ailleurs, indiqué que sept téléphones de son client ont été saisis, mais qu'il n'a été trouvé à aucun moment un quelconque lien avec les événements.

« Bassolé reconnaît avoir échangé avec Soro, avoir parlé de DDR (Désarmement-démobilisation-réconciliation, ndlr), mais les écoutes ne révèlent pas le contenu exact de leur conversation », a insisté Me Barry.

L'auxiliaire de justice est en outre revenue sur le mandat d'arrêt contre l'ex- président de l'Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Soro, ayant fait l'objet de deux délibérés contradictoires dans une même journée. C'est là aussi une preuve, selon elle, de l'implication du politique et de l'exécutif dans le dossier.

L'avocate a clamé que d'autres conversations ressorties des écoutes (dont celles impliquant le français Roger Sebbagh ou l'ambassadeur français à l'époque) contiennent des propos bien plus graves que ceux figurant dans le prétendu échange entre Soro et Bassolé. « On choisit ce qu'on veut et on manipule au gré des intérêts.

Les juges d'instruction des cabinets 4 et 5 ont été révoqués précipitamment par décret quand ils ont pris des actes de convocation des membres de la hiérarchie militaire.

Le commissaire du gouvernement Norbert Koudougou a également été relevé de ses fonctions et remplacé par Zanré, quand il n'a pas voulu prendre de réquisition contre le mandat d'arrêt de Soro... », a-t-elle rappelé avant d'inviter le tribunal à ne pas se laisser manipuler.

« Des hauts magistrats en fin de carrière ont été salis à jamais. Que cela vous interpelle au moment de rendre votre décision », a martelé Me Barry. A sa suite, l'ancienne bâtonnière de l'Ordre des avocats du Burkina, Me Antoinette Ouédraogo a plaidé pour une

« juste justice », se disant confiante que le président du tribunal saura faire preuve de sagesse. Elle a évoqué plusieurs qualités à l'actif de l'accusé. « Djibrill Bassolé est un homme intelligent et un pays se construit avec de l'intelligence.

Je ne doute pas qu'avec cette juridiction, une nouvelle ère s'ouvrira au Burkina. Monsieur le président, apportez-nous la paix », a-t-elle dit au tribunal. Absent du tribunal pour raison de santé, le dernier mot du général Bassolé doit être reçu le mardi 20 août au tribunal.

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