Burkina Faso: Procès putsch manqué - Nouveau malaise, nouvelle suspension

Second incident médical en l'espace de deux jours au procès du putsch manqué. Après le substitut du procureur, Mamadou Traoré, Me Antoinette Ouédraogo a été victime d'un malaise alors qu'elle plaidait pour ses clients Hermann Yaméogo et Léonce Koné, ce qui a écourté du coup l'audience de la journée du 21 août 2019 dans la salle des Banquets de Ouaga 2000.

On se rappelle que l'audience du mardi 20 août avait dû être écourtée, dans l'après-midi, pour cause de malaise d'un membre du ministère public en la personne de Mamadou Traoré.

Comme prévu, son homonyme parfait, l'ancien Bâtonnier Mamadou Traoré, poursuivi dans ce dossier, a pu enfin livrer son mot de la fin à la reprise du procès ce mercredi matin.

L'accusé n'a pas manqué, dans un premier temps, de souhaiter un prompt rétablissement au substitut, absent à l'audience du jour. On était alors loin de s'imaginer que quelques heures plus tard l'équipe médicale allait être de nouveau sollicitée.

En attendant, le Bâtonnier s'est employé à convaincre le tribunal que, durant les événements de septembre 2015, son rôle, en tant que conseiller du président sénégalais Macky Sall, a été d'œuvrer au dénouement de la crise. Indemniser les victimes de l'insurrection et du coup d'Etat, aller à la rencontre des soldats du RSP sont, entre autres, des conseils qu'il aurait donnés à Macky Sall et que ce dernier aurait appliqués à la lettre.

Anecdotes historiques à l'appui, l'accusé a fait savoir qu'il a toujours servi son pays depuis la Révolution avec loyauté et sans rien attendre en retour. Une manière pour lui de contredire tous ceux qui lui prêtaient des ambitions si le putsch avait réussi.

Accusant le parquet d'avoir des « coupables tout désignés », il a dit à la Chambre de première instance du tribunal militaire à l'innocenter parce qu'il n'est pas coupable de ce dont on l'accuse.

Après Me Traoré, c'est un autre Bâtonnier qui a pris la parole, mais cette fois en qualité de plaidante : Me Antoinette Ouédraogo, première femme à accéder à cette fonction au Burkina Faso, défend la cause d'Hermann Yaméogo et de Léonce Koné.

L'avocate, de 62 ans, a d'emblée informé le tribunal qu'elle ferait une plaidoirie unique pour ses deux clients, vu qu'ils sont poursuivis pour les mêmes faits et que le parquet a requis contre eux les mêmes peines, soit cinq ans de prison avec sursis.

Pour le conseil, l'accusation, au départ de ce dossier, a ratissé large en ce qui concerne les charges, oubliant, selon elle, qu'il fallait « les prouver et les caractériser ».

Première déconvenue du ministère, à l'entendre : de cinq au départ, les chefs d'inculpation sont passés à deux, à savoir la complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat et les meurtres, coups et blessures volontaires.

Me Ouédraogo a ensuite rappelé le contexte dans lequel sont intervenus les événements de septembre 2015. Une période de précampagne, a-t-elle souligné.

« Hermann et Léonce étaient en train de réunir ce qu'ils pouvaient pour aller à la conquête de l'électorat», a-t-elle avancé. C'est dans ce cadre qu'est arrivée la mallette d'argent de la Côte d'Ivoire dans un hélico de l'armée burkinabè, selon son argumentaire.

Mais cette manne financière n'était pas destinée à soutenir le pronunciamiento, comme l'argue le parquet. Si les fonds sont arrivés pendant la période trouble de septembre 2015, c'était une pure coïncidence à l'entendre. « Ce n'est pas Hermann et Léonce qui ont créé le 16 septembre », a-t-elle fait remarquer.

Ni l'argent ivoirien, ni le fait pour ses deux politiques d'avoir répondu à l'appel du général Diendéré pour le rencontrer le 17 septembre, encore moins la déclaration qu'ils ont signée pour soutenir le coup d'Etat ne constituent des infractions.

Et même si c'est le cas, l'accusation n'en a pas apporté la preuve, a-t-elle affirmé. Hermann Yaméogo et Léonce Koné, des « démocrates », selon l'avocate, ont juste exprimé leur opinion politique dans cette affaire.

Alors qu'elle était lancée dans sa plaidoirie, l'ancien Bâtonnier a été pris d'un malaise, ce qui l'a l'empêché de poursuivre son propos.

Le président, Seydou Ouédraogo, a suspendu l'audience alors que les « robes noires » avaient déjà accouru spontanément au chevet de la « doyenne ». Me Antoinette Ouédraogo a été ensuite prise en charge par les pompiers, puis évacuée sur une civière.

Une trentaine de minutes plus tard, l'audience a été reprise sans l'avocate. Me Yérim Thiam, qui défend également les intérêts des deux hommes politiques, a demandé la suspension du procès, vu l'incident qui venait de se produire.

Aucune des parties présentes au procès n'y ayant vu d'objection, Seydou Ouédraogo a prononcé la suspension du procès, qui reprendra le vendredi 23 août 2019 à 9h dans la salle de Banquets.

C'est le passage des avocats d'Hermann Yaméogo et de Léonce Koné qui mettra fin à la phase des plaidoiries de la défense à ce procès où tout le monde semble être à bout de souffle alors qu'on s'achemine inexorablement vers la fin de ce marathon judiciaire.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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