Congo-Kinshasa: Demande d'audit de l'ANR sur les dépenses ministèrielles - L'étau peut-il se resserrer autour de Kabila ?

Sans doute bien des hauts responsables du régime sortant de Joseph Kabila, se font-ils en ce moment du mouron. En effet, l'Agence nationale de renseignement (ANR) vient de demander à l'Inspection générale des finances (IGF), de réaliser un audit sur les dépenses des ministères du gouvernement sortant dirigé par Bruno Tshibala, le dernier Premier ministre sous l'ère Kabila.

Dans sa réquisition d'information, le Renseignement congolais décline quatre missions principales : auditer tous les décaissements de fonds du Trésor public en faveur de tous les ministères du gouvernement depuis l'investiture du chef de l'Etat, Félix Tshisekedi jusqu'à ce jour, saisir tous les bons de fonds émis par les différents ministères depuis l'investiture jusqu'à nos jours, exiger de ces différents ministères, tous les dossiers par eux initiés pour sortir ces fonds, faire des rapports circonstanciés sur lesdits dossiers.

Initiative louable, s'il en est, puisque cet audit qui, à ce qu'on dit, aurait déjà démarré, participe de la reddition des comptes dont la culture ne peut qu'en rajouter à la qualité de la gouvernance économique.

Or, nul besoin de faire un dessin sur le rapport de l'homme politique congolais au bien sacré commun : malsain, si l'on en juge par les nombreux scandales financiers et de gestion qui continuent à faire les choux gras des médias dans cette République.

C'est dire si cet audit ne pouvait pas mieux tomber ! Bien sûr, il provoque déjà des grincements de dents, du côté de Kinshasa, d'aucuns estimant que l'ANR a outrepassé son rôle, ce genre de missions étant dévolues à une Cour des comptes.

Mais que faire si cette dernière est accusée, à tort ou à raison, de ne pas vouloir s'assumer jusqu'au bout ? En tous les cas, l'essentiel est que, s'il y a eu effectivement abus, au terme des enquêtes, ceux qui ont fauté rendent des comptes et rendent gorge.

Car la RDC ne saurait continuellement offrir, au-delà de ses frontières, la triste image de pays où la délinquance économique a pignon sur rue. Il urge de rompre les amarres avec la médiocrité et s'élever enfin vers les cimes de la gouvernance vertueuse. C'est par cela aussi que l'on construit une grande nation.

Cela dit, l'audit demandé ne concerne, pour le moment, que les ministères. Mais il pourrait s'étendre à la présidence. « Il faut toujours davantage creuser et élargir le spectre des investigations en matière de détournements.

L'audit des décaissements des fonds du Trésor public depuis l'investiture, devrait s'étendre à tous les services de l'Etat, y compris la présidence de la République qui effectue la majorité de ses dépenses en procédure d'urgence », indique un député congolais de l'opposition.

La présidence de la République est-elle « visée », comme s'indignent certains du côté du pouvoir en place ?

Pour autant qu'elle ne se reproche rien, pour autant que sa gestion se soit jusque-là passée dans le strict respect de l'orthodoxie financière et comptable, pour la Présidence, il ne devrait pas y avoir de quoi fouetter un chat !

En revanche, en ruant dans les brancards comme c'est le cas pour certains, l'on ne fera qu'installer davantage le doute et la suspicion dans l'esprit des Congolais. D'autant que des ONG et des acteurs de la société civile ont déjà donné de la voix, dénonçant la gabegie et des détournements de fonds.

En tout état de cause, puisque c'est désormais lui qui préside aux destinées de la Nation, "Fatshi" devrait se faire un point d'honneur à encourager, à faciliter mais aussi à veiller à ce que les investigations entamées soient menées dans les règles de l'art.

Il y va du bien et de l'intérêt de la République. Toute initiative tendant à instaurer la bonne gestion des finances publiques, devrait être saluée et fortement encouragée.

A moins que le successeur de Kabila fils, voit en ces enquêtes, une sérieuse menace pour lui-même, un étau qui se resserre progressivement autour de sa personne de président poussée hors du centre de gravité de la République, mais qui se souviendra toujours avec tristesse des délices enivrantes du pouvoir.

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