Cameroun: La rébellion des anglophones et les mauvais calculs politiciens à Yaoundé

Si le régime de Yaoundé croit sérieusement que l'incarcération à vie de la direction de la rébellion du NOSO lui apportera quelques récompenses politiques, il se trompe lourdement.

La rébellion anglophone ébranle déjà sérieusement l'économie camerounaise et menace désormais l'intégrité même de la république. Mais le régime de Yaoundé semble vouloir écraser le pays du haut de la falaise contre vents et marées en campant sur ses positions répressives et militaristes coûte que coûte. Tout le monde espère pourtant que cette dictature trentenaire, avec l'aide des organisations de défense des droits de l'Homme et de la communauté internationale (dont la France son principal allié), trouvera in extremis une porte de sortie à cet immense gâchis. Malheureusement ces dernières années n'ont pas fourni suffisamment d'exemples plaidant en ce sens, permettant notamment de faire croire à une bonne solution initiée ou portée par Paul Biya à un conflit comme celui-ci.

Bien au contraire, il semble désormais clair que le régime de Yaoundé n'a aucun intérêt à résoudre pacifiquement la crise anglophone.

Cyniquement en effet, il a laissé la situation se décomposer. Son profond dédain envers les régions anglophones et leurs ressortissants l'explique en partie, et est aujourd'hui exploité par des opportunistes cyniques de tous bords pour poursuivre leurs propres agendas souvent tribalistes, en sonnant les sirènes de guerres tribales et génocidaires, puis en encourageant sans le dire une rupture définitive des peuples, des cultures et des civilisations qui ont toujours pacifiquement cohabité dans ce pays.

De plus en plus, la confiance dans le régime de Biya pour aider au règlement de la crise anglophone devient simplement une chimère. Les faucons, sociopathes et autres ricaneurs devant la souffrance infligée au peuple anglophone, comme certains opportunistes de l'opposition, profitent ouvertement du chaos ambiant, davantage même que les soi-disant « ennemis » sécessionnistes anglophones communément appelés « Ambazoniens. Cette situation nous indique suffisamment combien le maintien d'un système de privilèges s'alimente et repose sur le déni de ses effets les plus pervers.

Car tout comme les faucons du régime de Biya ont appris à ne pas reconnaître leurs avantages usurpés, des figures de l'opposition dite radicale, telle que Patrice Nganang, qui se voient comme des «Bamiléké Ambazoniens», tout en condamnant de manière selective le soi-disant « ethnofascisme Bulu » facteur selon eux de discriminations létales, refusent en même temps de voir l'un de ses corollaires, qui est cette idéologie ethno-fasciste « Amba-Bamileke » qui elle aussi discrimine et divise plus dangereusement le reste des Camerounais.

En réalité ce problème met en lumière un conflit entre des formes d'appartenance reconnues par l'État et la citoyenneté, notamment lorsque certaines personnes sont traitées comme des homo-sacer plutôt que des citoyens à part entière, puis soumises à une violence brutale quand elles tentent enfin de (re)prendre la parole en revendiquant leurs droits. Au fond cela révèle des problèmes d'inclusion civique dans un contexte totalitaire particulièrement contraint et précaire, qui témoigne de la nécessité de disposer de véritables lois sur les droits civils et politiques au Cameroun.

En cela la résolution de cette crise politique devenue une guerre civile exigera inévitablement la levée de la condamnation à vie ubuesque prononcée le 20 aôut 2019 par le tribunal militaire de Yaoundé contre les leaders sécessionnistes anglophones, puis la mise en place d'un dialogue inclusif, y compris avec ces condamnés autour de la table de négociation...

Il s'agit d'un passage obligé pour le Cameroun, à moins d'acter définitivement la partition du pays.

Dans une justice aux ordres d'un tyran, les peines carcérales même capitales finissent par perdre toute signification, car obéissant uniquement à son seul bon vouloir. Chacun peut d'ailleurs aujourd'hui constater l'impasse dans laquelle ce mode de gouvernance a conduit le Cameroun en 37 ans ...

Le Comité De Libération Des Prisonniers Politiques

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