Congo-Kinshasa: Arrêt de production du cobalt à Mumi - Un véritable chantage de Glencore, selon SARW

L'arrêt de production dans la plus grande mine de cobalt dans la province de Lualaba, Mutanda Mining (MUMI) pour au moins deux ans, ressemble à un véritable chantage du géant minier suisse Glencore au gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC).

Ce, en dépit des impacts négatifs certains sur l'économie nationale, les communautés locales et les employés de cette société évalués à plus de 3 000 personnes. C'est ce que pensent les experts de Southern Africa ressource watch (SARW).

Dans un communiqué-analyse rendu public le mercredi 21 août, SARW pense qu'en annonçant cette fermeture, Glencore utilise ainsi la baisse de prix du cobalt pour atteindre deux objectifs majeurs. Notamment l'obtention de la révision du Code minier et échapper au fisc.

« SARW pense que Glencore utilise la baisse du prix du colbalt pour atteindre deux objectifs majeurs. Premièrement, forcer la main au nouveau gouvernement, attendu pour bientôt, pour une révision du code minier que la compagnie a juré d'obtenir. En effet, la révision du code minier était tripartite et il est aussi vrai que la manière dont le Parlement a finalement procédé à l'adoption de la dernière mouture de la loi n'a pas satisfait toutes les parties prenantes. Malgré les revendications des compagnies, l'Etat n'a pris aucune mesure pour rassurer ses partenaires privés. Faudrait-il utiliser cette situation qui concerne toutes les compagnies minières pour mettre en péril les conditions sociales de ses employés ? »,indique le communiqué.

Comme en 2015, ajoute le communiqué, « Glencore veut éviter de payer la taxe sur le cobalt en tant que minerais stratégique tel que prévu par le code minier révisé, en procédant par la fermeture de la mine en attendant l'augmentation du prix du cobalt et la baisse par le nouveau gouvernement de la taxe sur ce minerai ».

Pour cette organisation non gouvernementale, le comportement de Glencore n'est acceptable que dans un pays qui a perdu le contrôle sur ses ressources minières. Il est temps pour l'Etat Congolais, croient les experts de SARW, de « reprendre son rôle d'acteur et de régulateur du secteur extractif ».

Et pour ce faire, l'Ong pense que le régime fiscal de la législation minière étant déclaratif, l'Etat doit se doter d'un système plus performant d'audit et de contrôle qui lui permette de vérifier la véracité ou le fondement des décisions de ses partenaires privés.

« Aucune compagnie ne devrait être autorisée à fermer ses activités si les analyses montrent qu'elle peut facilement récupérer les pertes, surtout que, comme c'est le cas de Glencore, elle ne produit pas uniquement le cobalt, mais aussi le cuivre dont le prix est stable sur le marché international », rappelle SARW.

Le communiqué indique également que « les fluctuations des cours des métaux et leurs conséquences négatives sur les compagnies ont poussé certains gouvernements Africains à introduire des régimes fiscaux flexibles et progressifs qui permettent aux compagnies de couvrir les pertes pendant la baisse des prix. Dans beaucoup des cas, par exemple, les gouvernements ont décidé de perdre sur les revenus pour sécuriser les emplois ».

Des experts fustigent le fait que le monopole croissant de Glencore sur le cobalt congolais pose un autre type de problème.

Lors de la troisième édition de l'Alternative Mining Indaba (AMI/RDC) organisée par SARW en juillet dernier à Kinshasa, les participants ont relevé entre autres le fait que certains minerais ont été déclarés « stratégiques » pour des raisons d'embellie des cours des métaux alors que ces minerais n'étaient pas stratégiques en soi. Cela étant, la décision de Glencore confirme une fois de plus la crainte des participants sur le fait que la RDC qui ne maitrise pas la fluctuation des cours des métaux sur le marché international et qui ne possède pas de mines propres, ne saurait préserver la nature stratégique du cobalt.

Comment un minerai peut-il être stratégique quand on n'en contrôle ni la production, ni l'écoulement, ni le prix sur le marché ? Une question à la quelle le gouvernement n'a toujours pas répondu. Ainsi, l'embellie du prix des minerais sur le marché international ne devrait pas ainsi dans l'avenir être retenue comme seul critère pour déclarer un minerai stratégique. A ce sujet, Sarw pense qu'il faille « repenser autrement ».

SARW est une organisation non gouvernementale qui œuvre pour une utilisation participative, transparente et responsable des ressources extractives en Afrique, de manière à « optimiser les avantages sociaux et économiques transformateurs et l'équité intergénérationnelle ». Ce, en tenant compte des impacts sur l'environnement, le genre et les droits de l'homme.

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