Ile Maurice: Condamnés de L'Amicale - L'étiquette de coupables leur reste collée un an après

23 août 2019. Un an depuis que les quatre condamnés de l'affaire L'Amicale ont retrouvé la liberté après avoir passé 19 ans derrière les barreaux.

Chacun a refait sa vie, certes, mais ils ont un souhait en commun : que l'affaire soit rouverte afin qu'on puisse trouver «les vrais coupables» de l'incendie ayant coûté la vie à sept innocents le 25 mai 1999. Rencontre.

C'est dans sa boulangerie à Vallée-Pitot que nous avons rencontré Sheik Imran Sumodhee, jeudi 22 août. «Quand j'étais en prison, je pensais toujours au commerce que mon père avait ouvert à l'intention de ses enfants. Notre boulangerie, Citadelle Bakery. Malheureusement, par un concours de circonstances, soit l'injustice que mon frère et moi avons subie de- puis presque 20 ans, ainsi que le décès de ma femme, de mon frère et de mon père, la boulangerie est restée fermée pendant dix ans», relate celui qui soufflera ses 59 bougies dimanche prochain. Il s'est lancé un défi, celui de remettre sur les rails la boulangerie.

Il y a réussi grâce au soutien de sa famille et d'associations. «J'ai toujours aimé être employé à mon propre compte. Et j'ai la même ambition pour mes deux fils», confie Sheik Imran Sumodhee. D'où le fait qu'à sa sortie de prison, il n'a pas travaillé pour autrui. Les larmes aux yeux, il nous raconte que ses proches l'ont soutenu financièrement. À savoir son fils Wachill, sa bru Ruzayna, son frère Raffick.

Le quinquagénaire s'est consacré à la remise sur pied de la boulangerie familiale et il y a quelque deux mois, la Citadelle Bakery a rouvert ses portes. «La concurrence est rude. Je dois travailler dur pour redorer l'image de la boulangerie», affirme-t-il.

Khaleeloudeen Sumodhee en Grande-Bretagne

Quid de son frère Khaleeloudeen Sumodhee ? Il se trouve en Grande-Bretagne, depuis avril. «Il est parti en vacances avec sa famille. Je ne sais pas s'il a l'intention de retourner. S'il a la chance de rester, tant mieux. Quant à nous, on chérit notre relation fraternelle», fait savoir Sheik Imran Sumodhee. D'ajouter qu'à sa libération, son frère de 57 ans s'est mis à aider son épouse, qui avait un élevage de volaille.

Abdool Naseeb Keramuth se cherche une épouse

Pour sa part, Abdool Naseeb Keramuth, 40 ans, est chargé d'un snack au complexe Quay 11 à Port-Louis depuis les trois derniers mois. Au début, il a eu des difficultés à trouver du travail car «on demande le certificat de moralité». Du coup, sa famille s'est occupée de lui. Ensuite, un proche a ouvert Nafi Snack et lui en a confié la responsabilité. Abdool Naseeb Keramuth se réjouit de se retrouver en famille, soit avec son fils et ses deux petits-enfants de deux ans et six mois, et de son boulot. À présent, il se cherche une épouse.

Muhammad Shafiq Nawoor marchand ambulant

Si les frères Sumodhee et Abdool Naseeb Keramuth ont pu refaire leur vie, tel n'est pas le cas pour Muhammad Shafiq Nawoor. Nous l'avons rencontré dans les rues de Rose-Hill. Il est marchand ambulant depuis décembre. Il a tenté de trouver du travail comme agent de sécurité ou encore helper dans un entrepôt. Mais, on a lui a demandé le fameux certificat de moralité. «Mo ankor pe viv enn lavi martir. Je travaille sur la rue. Ma marchandise est souvent saisie. Travay gramatin, manz tanto. Parfois, je songe à mettre fin à ma vie», avoue-t-il. D'ajouter que les gens l'appellent toujours «karan sink» (NdlR : les quatre ex-détenus ayant été condamnés à 45 ans de prison).

Il rejoint Abdool Naseeb Keramuth et Sheik Imran Sumodhee pour réclamer la réouverture de l'enquête. «Bien qu'on soit sorti de la prison, l'étiquette est toujours collée à notre dos car la justice nous a reconnus coupables. Mais, on a toujours eu le soutien de l'île Maurice arc-en-ciel qui a cru en notre innocence. Seules nos institutions n'ont pas trouvé cela», soutient Sheik Imran Sumodhee. «On trouvera les vrais coupables de cette affaire, si Dieu le veut», renchérit Muhammad Shafiq Nawoor.

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