Madagascar: Feux de forêt - Une situation particulièrement alarmante

Illustration - Le parc national du Plateau Batéké est situé à la transition des habitats forestiers et des savanes. Il offre une vue imprenable sur de petites étendues de forêt le long de la rivière Mpassa qui s'étendent dans la savane.

Si le monde entier s'émeut face aux incendies sans précédent qui ravagent actuellement la forêt amazonienne, de l'autre côté du globe, la situation est tout aussi inquiétante. Les images des systèmes satellitaires de surveillance des feux de forêt indiquent que le nombre de foyers est encore plus important en Afrique subsaharienne.

À Madagascar, c'est l'île entière qui se consume. Et ce, dans un silence quasi assourdissant des autorités. Si les causes des incendies sont bien différentes de celles en Amazonie, les conséquences n'en restent pas moins catastrophiques pour le pays, sanctuaire d'une faune et d'une flore endémiques.

Il y a quinze jours, Olivia Rajerison s'est rendue en voiture dans l'ouest du pays, pour les vacances. Dix-huit heures de trajet aller-retour traumatisantes qu'elle a tenu à partager sur les réseaux sociaux.

« J'ai été choquée. Très choquée. Et mes enfants encore plus. C'est impressionnant toutes ces flammes, de part et d'autre de la route. Ma première réaction, ça a été de poster ces photos sur Facebook pour partager mon indignation.

Indignation qui n'a pas toujours été comprise. Certaines personnes trouvent cela encore normal, voire banal, ou justifient ces feux de brousse par nos pratiques culturelles ou spirituelles. »

Et les raisons de ces pratiques sont multiples. La plupart, essentiellement liées aux techniques agricoles encore très artisanales : défrichement, culture sur brûlis, nettoyage saisonnier, charbonnage, ou encore aide à la repousse de l'herbe dans les pâturages.

« Madagascar brûle presque à 100% »

D'autres sont plus spécifiques au pays, explique Ndranto Razakamanarina, le président de l'Alliance Voahary Gasy, une organisation pour la préservation de l'environnement. « Il existe ce qu'on appelle les feux de dissimulation, utilisés par les voleurs de zébus pour masquer leurs traces.

Et aussi, les feux dits de mécontentement politique très répandus chez nous : une communauté brûle alors la brousse ou la forêt pour exprimer son insatisfaction devant telle ou telle décision politique ou administrative. »

Le défenseur de l'environnement regrette le manque de poigne des autorités pour endiguer un phénomène qui a empiré ces trois dernières années : « Si vous regardez sur les images satellites Modis, Madagascar brûle presque à 100% tous les jours en cette saison.

C'est la tragédie du bien commun. Et on se rejette les responsabilités parce qu'on ne sait pas si c'est la responsabilité du secteur forestier ou bien du secteur de l'élevage ou de l'agriculture.

Donc c'est cette solidarité gouvernementale qui manque beaucoup et jusqu'à présent il n'y a pas vraiment eu de plan sérieux de lutte contre les feux à Madagascar alors que c'est le plus grand fléau à l'origine de l'appauvrissement du pays. »

À Madagascar, les auteurs de feux de brousse encourent jusqu'à dix ans d'emprisonnement, mais dans les faits, la pratique reste tolérée. Ainsi, l'île rouge n'a jamais, hélas, aussi bien porté son nom.

Par ailleurs, outre la disparition progressive d'espèces endémiques et la multiplication de paysages lunaires sur le territoire, les feux de brousse contribuent également à la recrudescence de la peste. Les rats des champs, porteurs des puces responsables de la maladie, fuient vers les villes, une fois leur habitat détruit.

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