Sénégal: Spéculations et augmentation du prix du sucre en poudre - Grossistes et detaillants se renvoient la balle

Depuis un certain temps, à Dakar, on note une pénurie du sucre en poudre dans les boutiques de quartiers. Le produit est même introuvable dans certaines zones de Dakar. Une situation qui a engendré une légère augmentation du prix du sucre chez certains commerçants.

Par ailleurs, chez les grands fournisseurs, dans les marchés, c'est le contraire, il n'y a aucune spéculation sur le prix de ce produit qui est une denrée de première nécessité. Un tour aux marchés de Castor et de Tilène nous a permis de faire le constat.

A Dakar, dans certains quartiers, le sucre en poudre se fait rare. La pénurie de ce produit de première nécessité est à l'origine de la hausse «anormale» des prix dans certaines boutiques des quartiers.

Au niveau de certaines zones comme Pikine et Guédiawaye, le kilogramme de sucre en poudre coûte 700 F Cfa, au lieu de 600 F Cfa habituel. Et le sachet de 250g est passé de 150 à 175 F Cfa.

A l'Unité 25 et à Unité 26 des Parcelles Assainies, le sucre en poudre est introuvable dans la plupart des boutiques que nous avons eu à visiter. Une situation déplorée par bon nombre de consommateurs.

«J'ai fait le tour de toutes les boutiques du quartier, mais je n'ai pas pu avoir 250g de sucre. Je ne sais pas ce qui est à l'origine de cette pénurie, mais cette situation ne peut pas continuer. Il faut que les autorités agissent», dénonce Fatoumata Diagne, une dame rencontrée à l'Unité 25 des Parcelles Assainies.

Par contre, dans les marchés comme Tilène ou Castors, la situation est toute autre. Ici, la pénurie de sucre ne se fait pas sentir. Les commerçants disent avoir en quantité suffisante le sucre en poudre et le vendent au prix normal. Il n'y pas d'inflation, ni de spéculation à leur niveau.

«Je vends le sac de 50kg de sucre en poudre à 28.000 F Cfa et le kilogramme à 600 F Cfa. La vente du sucre ne procure pas de bénéfices. Je gagne 250 à 500 F Cfa sur un sac de 50kg», confie Djiby Séye, commerçant au marché de Tilène.

Le constat est le même chez Mika Ba, commerçant détaillant dans le même marché. «J'entends dire, depuis quelques jours, qu'il y a pénurie. Mais, comme d'habitude, je vends le kilogramme de sucre à 600 F Cfa».

Au marché de Castors aussi c'est pareil. La donne n'a pas changé. Trouvé dans sa boutique en train de faire le décompte pour une cliente venue faire des achats, Mamadou Sakho, un jeune de taille courte au tee-shirt brun, confirme les propos des précédents commerçants rencontrés au marché de Tilène.

«Je dispose, en quantité suffisante, du sucre en poudre. Le kilogramme est vendu ici à 600 F Cfa», confie-t-il.

MOMATH CISSE, VICE-PRESIDENT DE L'ASCOSEN : «Nous déplorons cette situation, les commerçants qui font de la spéculation ne sont pas en règle»

«Le consommateur qui voit que le sucre en poudre qui est acheté à un prix homologué a changé, doit alerter les associations des consommateurs ou la Direction du commerce intérieur. Nous demandons à ce que les éléments de la Direction du commerce intérieur investissent le terrain.

Il faut que l'Etat fasse une injonction à la Compagnie sucrière sénégalaise (Css) d'approvisionner correctement et le plus rapidement le marché en quantité et en qualité.

Parce qu'on ne peut pas fermer les frontières, laisser la Css seule gérer le marché national, et que des dysfonctionnements qui viennent de la compagnie bousculent le marché, au grand dam des consommateurs. Parce que le changement de lieu de tarification a entrainé des perturbations sur le marché.

Le prix du sucre en poudre, contrairement au sucre en morceau, est homologué. Cela veut dire que les commerçants qui le vendent cher, parce qu'il y a une tension provoquée par la Css, font de la spéculation et ne sont pas en règle.

Nous déplorons donc cette situation. Car il n'est pas normal que la Css nous mette dans une situation de tension, entrainant la hausse du prix du sucre en poudre.

La compagnie doit faire de telle sorte que l'approvisionnement ne connaisse pas une tension sur le marché et que cette tension ne vienne de l'action de la Css.

Nous attirons l'attention de l'autorité. Il faut être prévenant aussi. Nous demandons à l'Etat de faire injonction à la Css pour que cette situation ne perdure pas.»

OUSMANE MBAYE, DIRECTEUR DU COMMERCE INTERIEUR : «Les prix du sucre restent encadrés et nous appelons tous les acteurs à les respecter»

«Nous avons eu quelques perturbations sur la distribution du sucre juste après la Tabaski. Cela découle du fait que les livraisons de sucre qui étaient faites à partir de Richard-Toll ont été arrêtées pour démarrer les livraisons à partir de Diamniadio.

Parce qu'à l'approche de l'hivernage, la Css étant le seul distributeur de sucre au Sénégal avait rapproché ses stocks de Richard-Toll vers Diamniadio.

Donc, il y a un basculement de livraison de Dakar vers Dakar et ceci a ralenti les approvisionnements. Depuis mercredi passé, les livraisons ont repris sur Dakar. Les gens travaillent 24 h sur 24 pour couvrir ce gap enregistré.

Cette situation de perturbation a créé une petite distorsion dans la disponibilité en sucre au niveau du détail. Alors, nous avions pu noter des velléités de spéculation sur le prix du sucre.

Nous avons agi à deux niveaux. Le premier c'est de rétablir l'offre de sucre avec un accroissement des livraisons. Et le deuxième niveau c'est de faire intervenir nos agents sur le terrain pour enrayer toutes les velléités de spéculation du prix du sucre.

Ce n'est pas une variation du prix du sucre ni au niveau de l'usine ni une variation au niveau de quelque stade de la distribution. Les prix du sucre restent encadrés et nous appelons tous les acteurs à les respecter. A défaut, ils encourent les sanctions qui sont prévues par la réglementation.»

LOUIS LAMOTTE, DIRECTEUR CONSEILLER DE LA COMPAGNIE SUCRIERE SENEGALAISE : «Il n'y a aucune tension au niveau de l'offre par la Css»

«Il y a suffisamment de sucre au Sénégal. Plus de 37 mille tonnes de sucre sont disponibles à la date d'aujourd'hui. Les ventes aussi se font régulièrement.

Concernant nos relations avec les grossistes, il n'y a aucune tension, même si, effectivement, pendant la semaine de la Tabaski, les enlèvements par les commerçants ont été un peu perturbés.

A l'heure où je vous parle, tous nos grossistes ont été suffisamment approvisionnés. Il n'y a aucune tension au niveau de l'offre par la Css. D'ailleurs, on a même ouvert Dakar pour rapprocher le sucre des grossistes qui se trouvent à Dakar.

Peut-être, ce sont les effets de la Tabaski qui tardent à être résorbée au niveau du détaillant. Mais, si c'était le cas, cela devait s'estomper depuis deux semaines. Peut-être qu'il y a spéculation, mais le produit est là. Il est suffisamment injecté par la Css.

A notre niveau, tout est dans l'ordre, malgré les tensions de la Tabaski qui étaient dues au fait que beaucoup de commandes n'ont pas été enlevées.

Mais, depuis lors, on a mis les bouchées doubles et on a injecté dans le marché une quantité supérieure à ce qui se faisait avant. Pour vous dire qu'il n'y a aucune tension sur la livraison de sucre.»

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