Congo-Kinshasa: Conseil de Cohen à Ilunga - Attention aux mines !

28 Août 2019

Herman Cohen, ancien « Monsieur Afrique » du Département d'Etat américain et Sous-Secrétaire d'Etat honoraire aux Affaires africaines, reste une voix fort écoutée à travers l'Afrique, en dépit de son retrait de la scène, il y a plusieurs décennies.

Très au faîte de dossiers « sensibles » touchant la quasi totalité des Etats du continent, il vient de réagir favorablement à la sortie de la première équipe gouvernementale du Premier ministre congolais, Sylvestre Ilunga Ilunkamba.

Tout en se réjouissant du fait que la RDC dispose maintenant d'un gouvernement, après sept mois de flottement, la diplomate américain à la retraite recommande au Premier ministre de faire très attention au secteur des mines, considéré jusque-là, avec ceux des télécommunications et des hydrocarbures, comme l'un des plus porteurs pour l'économie congolaise, en attendant la relance de l'agriculture.

« La RDC a maintenant un gouvernement de coalition. Premier défi : faire en sorte que les recettes tirées de la vente des minerais soient acheminées dans les circuits gouvernementaux normaux, dans le budget et dans les programmes conçus pour réduire la pauvreté nationale. La corruption ne restera pas cachée », a-t-il déclaré.

Les observateurs notent que l'interpellation de Herman Cohen est pertinente. Le non-dit de son discours est que si le contrôle du secteur des mines, où pullulent encore de nombreux vautours, tant internes qu'externes, notamment les multinationales, continue d'échapper au gouvernement, comme c'est encore le cas présentement, la République Démocratique du Congo aura du mal à casser le paradoxe d'un pays potentiellement riche mais hébergeant les citoyens les plus pauvres de notre planète.

Il s'agit aussi d'un rappel sans frais du gâchis provoqué par les fameux contrats chinois signés entre le gouvernement de la RDC et un conglomérat de firmes chinoises, en 2007, dans une opacité qui avait fini par se traduire par le bradage systématique des « bijoux de famille », selon l'expression lâchée par un député lors du débat portant sur ce dossier nébuleux. Aujourd'hui encore, le pays en souffre et peine à faire appliquer son nouveau Code minier, face auquel des exploitants miniers habitués à faire tranquillement main basse sur le patrimoine minier congolais, ne se retrouvent plus.

Sa lecture correcte devrait inviter le Premier ministre à mener une lutte sans merci contre la corruption, afin de faire en sorte que les millions de dollars américains qui circulent en dehors des circuits officiels, depuis plusieurs décennies, soient à présent canalisés vers le Trésor public. Sans cela, le combat contre la pauvreté est perdu d'avance. Sans cela, l'émergence économique, industrielle, financière, énergétique que vise le pays va s'arrêter à l'étape du simple slogan.

Point n'est besoin de souligner que le coffre-fort minier congolais vaut des milliards de dollars américains, dont les plus grands bénéficiaires demeurent jusque-là les investisseurs étrangers et les « clandestins » exploitant le cuivre, le cobalt, le diamant, l'or, le coltan, la cassitérite, etc. Il y a lieu de rappeler que la RDC héberge les 2/3 des réserves mondiales de cobalt. Mais le pays n'en a pas tiré profit lorsque les cours avaient atteint, jusqu'à la fin de l'année dernière, la crête de 9000 dollars américains la tonne, avant de redescendre, cette année, sous la barre de 2000 dollars.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

A La Une: Congo-Kinshasa

Plus de: Le Phare

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.