Cote d'Ivoire: Profanation de la tombe de Dj Arafat - Jusqu'au bout de la bêtise !

Photo d'illustration
1 Septembre 2019

L'artiste Ange Didier Houon alias DJ Arafat a été accompagné à sa dernière demeure en fin de semaine, au terme d'une cérémonie d'hommages plutôt bling-bling organisée en son honneur dans le mythique Stade Félix Houphouët Boigny, rouvert pour la circonstance pour accueillir les milliers de fans du disparu venus de la Côte-d'Ivoire et d'ailleurs.

Tout est bien qui finit... malheureusement mal, puisque le cimetière de Williamsville dans le quartier populaire d'Adjamé, qui a accueilli le corps du « Daichikan » pour son repos éternel, a été envahi par des fans surexcités, certains d'entre eux furieux d'avoir été tenus à l'écart de l'enterrement qui s'est déroulé dans l'intimité familiale, d'autres dubitatifs et curieux de voir la dépouille de « leur président » afin de ne plus croire aux messages subliminaux d'intoxication diffusés en boucle sur la toile et laissant croire que le corps de leur idole aurait pris une autre direction.

Les « Chinois », comme on les appelle, ou du moins les plus têtus ou les plus incrédules d'entre eux, se sont infiltrés dans le cimetière juste après le départ des officiels et de la famille du défunt, ont ouvert et la tombe et le cercueil pour offrir au monde entier, ce spectacle incroyable et ignoble de profanation, avant de se livrer à des actes dégradants et surréalistes sur la sépulture de celui qu'ils disent pourtant vénérer.

Au-delà du dégoût et des vives condamnations que ces débordements ont suscités, il y a lieu de s'interroger sur l'avenir de la Côte d'Ivoire où l'on semble avoir atteint le dernier sous-sol de la décrépitude morale, et de situer au plus vite les responsabilités afin de mettre définitivement fin à cette bêtise humaine qui n'a que trop duré dans ce pays.

Rappelons opportunément, en effet, que ce n'est pas la première fois qu'une telle scène horrible se déroule en Eburnie, puisqu'en 2002 déjà, le cercueil du Docteur Benoit Dakoury Tabley avait été retiré d'un corbillard puis détruit par une foule hostile, alors que sa famille l'accompagnait à sa dernière demeure dans son village natal, quelques jours après que son corps eut été retrouvé criblé de balles, dans un quartier périphérique d'Abidjan.

Le tort du médecin était simplement d'avoir eu son frère ainé, Louis Dakoury Tabley, comme membre influent de la rébellion qui tenait alors le Nord du pays.

En cédant à tous les chantages des plus radicaux du fan-club de « Infuamento», le gouvernement a ouvert la voie à toutes les dérives

Dans le même cimetière de Williamswille où toute la Côte d'Ivoire a été couverte d'opprobre samedi dernier, le corps déjà porté en terre de la mère de l'actuel président de la République avait été exhumé au petit matin du 21 décembre 2005, profané puis jeté hors de la tombe par de sinistres individus qui n'ont pu être identifiés jusqu'à ce jour.

Et que dire de cette animalité qui aurait caractérisé la mise à mort du Général Robert Guei, retrouvé vivant dans les labyrinthes de la cathédrale d'Abidjan, et dont le corps atrocement mutilé avait été abandonné dans la broussaille de la corniche, dans le quartier résidentiel de Cocody ?

Toutes ces profanations de tombes et de sépultures ont évidemment une répercussion médiatique puissante, pour malheureusement un risque relativement faible en Côte d'Ivoire d'autant que des actes macabres comme celui du week-end dernier, sont sanctionnés par des peines étonnamment légères (seulement un an de prison selon le Code pénal ivoirien).

A qui la faute si ces comportements qui bousculent les frontières éthiques et normatives, se perpétuent depuis un certain temps dans ce pays ?

Probablement à toute la société ivoirienne, puisque dans le cas des obsèques de DJ Arafat où l'émotion le disputait à l'hypocrisie, il ne s'est pas trouvé une seule voie pour rappeler certains « Chinois » à l'ordre, bien qu'on sache que ces derniers sont composés en partie de jeunes frustres et rustres, pauvres de corps et d'esprit, issus des quartiers déshérités d'Abidjan et d'autant plus enclins à la contestation et à la violence qu'ils se sont libérés très tôt du joug familial.

C'est certainement ce silence collectif, coupable et permissif qui a encouragé ces mômes qui ont le « gnaga » (la bagarre) dans les gênes, à perturber, au cimetière de Williamsville, le repos éternel de celui qu'ils considéraient comme un des leurs et leur porte-étendard.

Le régime actuel a évidemment sa part de responsabilité dans ce qui est arrivé, en organisant ostensiblement l'événement à des fins politiciennes, allant jusqu'à envisager la création d'un musée dédié à l'artiste, en oubliant qu'il a été de son vivant un personnage pour le moins clivant et controversé.

D'autres artistes, non moins célèbres et méritants, n'avaient pas eu droit à de tels égards, et on peut citer pêle-mêle le créateur du « coupé-décalé » qui a révélé DJ Arafat au monde entier, Douk-Saga pour ne pas le nommer, Amédée Pierre, Jimmy Gnaoré, François Lougah et l'immense Ernesto Djédjé, qui avaient tous porté très haut le flambeau de la culture ivoirienne.

En cédant à quasiment tous les chantages des plus radicaux du fan-club de « Infuamento » comme le défunt se faisait encore appeler, le gouvernement ivoirien et le comité d'organisation des obsèques ont ouvert la voie à toutes les dérives, car, en plus des motivations politiciennes, des réactions passionnelles et/ou émotionnelles qui ont caractérisé ces funérailles inédites, des raisons personnelles auraient peut-être motivé de mauvais garnements à s'infiltrer dans le cimetière et à participer à la profanation, espérant trouver un trésor dans le cercueil, comme on le voit souvent en Afrique lors de l'enterrement de personnes fortunées.

En tout état de cause, DJ Arafat aura quitté définitivement le monde des vivants, comme il y a vécu, dans une ambiance à la fois festive et de sinistrose, marquée par des polémiques inutiles et quelques fois même absurdes. Repose en paix, champion !

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