Cote d'Ivoire: Arafat Dj repose au cimetière de Williamsville

4 Septembre 2019

Des obsèques et des adieux parfaits ! C'est ce que à quoi a eu droit Ange Didier Houon plus connu sous le nom de DJ Arafat. A la réalité, les 30 et 31 août derniers, la Côte d'Ivoire, l'Afrique, le monde et "les Chinois", les aficionados du roi du Coupé-décalé, ont honoré le Roi du Coupé décalé, rappelé à Dieu le 12 août dernier suite à un accident de moto.

Ce sont des "Chinois" disciplinés, malgré la douleur, qui ont communié avec la pléiade d'artistes d'ici et d'ailleurs venus célébrer leur champion au stade Félix Houphouët-Boigny.

Tout s'est bien déroulé, n'eut été ce que l'on peut qualifier de tache noire qu'est l'exhumation du corps de Thémistocle, quelques minutes seulement après son inhumation, au cimetière de Williamsville, par des individus.

Tout commence, vendredi déjà, sous le coup de 6H, avec l'ouverture au public des portes du stade Félix H. Boigny, au Plateau.

À événement exceptionnel, mesures de sécurité exceptionnelles. Tout le Plateau, le centre des affaires d'Abidjan, est alors bouclé par les forces de défense et de sécurité (Gendarmerie, police, sapeurs pompiers militaires). Ce jourlà, les administrations, les banques et les commerces ont fermé.

Les entrées sont filtrées avec des fouilles minutieuses et obligatoires. Tout objet tranchant, l'alcool et les mineurs étant interdits, les agents commis à l'application de ces mesures sont intransigeants.

A 16H, les animations et prestations d'artistes pouvaient commencer. Les Chinois ont honoré la mémoire de leur idole dans la fête.

Dans la bonbonnière du stade, l'âme du "Daïshikan" planait. L'artiste semblait se réincarner en certains "Chinois", tous hystériques.

Certains, par leur accoutrement et autres pendentifs, faisaient penser à leur idole : dreadlocks, lunettes de soleil, pantalon déchiré, lêkês (chaussures en plastique) aux pieds, bagues et tatouages, etc.

Dans les tribunes, pleines à craquer, les "Chinois" bougent, de manière frénétique, sur les sons qui passent en boucle depuis la matinée. Lorsque le DJ de service programme un morceau de Thémistocle, c'est l'hystérie dans les travées du "Félicia". Ici, l'on se trémousse, là, ce sont des coups de sifflets stridents.

«Chez nous, le mot fatigue n'existe pas ! », rapporte un "Chinois" venu de Bouaké, en témoignant tout de même son regret et sa déception de savoir que son idole ait déposé le micro à jamais. Le mercure monte surtout lorsque la puissante sono distille "Moto Moto", le dernier "single" de l'illustre défunt.

Au fil des heures, l'ambiance règne dans l'enceinte du stade. Et les performances musicales des artistes amis du roi du Coupédécalé sont de mise. A 23H, lorsque Sidiki Diabaté du Mali, ami et "frère" d'Arafat monte sur le podium, c'est le pic de l'hystérie.

Au son de sa Kora électrique, il égrène les notes de l'Abidjanaise, l'hymne national de Côte d'Ivoire, avant d'aligner ses chansons à succès dont celle produite en "featuring" avec Arafat.

A la fin de son tour de chant, Sidiki Diabaté offrira au ministre d'Etat, ministre de la Défense, Hamed Bakayoko, père spirituel d'Arafat, son Disque de Platine, en cadeau, à son défunt frère. L'occasion de sa présence sur le podium était belle, pour Hambak, de s'adresser au public du stade Houphouët-Boigny.

« Merci la Chine ! On a dit beaucoup de choses. Les Chinois au stade Félix Houphouët-Boigny, on a dit ce n'est pas possible, parce que les Chinois vont tout casser. Est-ce que les Chinois ont gâté quelque chose ? »

Et le public de répondre en chœur : « Non ! » Poursuivant, le père spirituel de l'artiste pouvait interpeller la jeunesse ivoirienne sur le rôle de l'art et de la culture, surtout, sa contribution significative et celle du défunt.

« Tous les grands peuples grandissent avec la culture. J'ai toujours eu envie d'être avec les artistes et Yôrôbô, c'était mon fils, je l'assume ! Les gens m'ont critiqué, mais tu es ministre et tu es avec un petit artiste.

Mais, être ministre, cela ne m'empêche pas d'avoir un cœur ». Les stars et les espoirs de la musique africaine ont déchainé le public toute la nuit durant. A 6h du matin, lorsque le corbillard portant la dépouille de "Beru sama" franchit le seuil du "Félicia", l'ambiance alors change radicalement.

La consternation et les pleurs font place au bouillonnement. Les "Chinois" passent alors de la joie aux larmes. D'une tribune à l'autre, le cortège funéraire avec le corbillard fait le tour du stade. Par la suite, le cercueil sera exposé sur l'estrade fleurie dressée au milieu de l'aire de jeu du stade.

La famille, les officiels au nombre desquels le ministre de la Culture et de la Francophonie Maurice Bandaman, Adama Bictogo ; des célébrités : Didier Drogba, Koffi Olomidé, Davido, pour ne citer qu'eux, des amis proches de l'artiste pouvaient s'incliner sur la dépouille de "Yôrôbô".

Ceux qui pouvaient contenir leurs émotions se sont rapprochés pour jeter un coup d'œil furtif dans le cercueil dont le premier battant était ouvert pour la circonstance.

Lorsque le moment de conduire Daïshikan à sa dernière demeure arrive, Didier Bléou, l'animateur de service, pouvait en savoir gré aux "Chinois" pour leur « discipline ».

Les yeux embuées de larmes, avec des sanglots difficilement étouffés ou des pleurs, les "Chinois" regardaient le cortège s'ébranler en direction du cimetière de Williamsville.

Sur place, toujours en présence du ministre d'Etat, Hamed Bakayoko et du ministre Maurice Bandaman, devant ses parents, sa compagne et ses enfants, la dépouille d'Arafat a été coulissée dans la crypte de la tombe.

Ainsi, l'artiste repose à Williamsville auprès de Douk Saga, créateur du Coupé-décalé et de bien d'autres sommités de l'art et de la culture ivoirienne.

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