Afrique: Forum économique mondial sur l'Afrique 2019 - Ces prédictions idylliques qui contrastent avec la réalité

Les lampions du 28e Forum économique mondial sur l'Afrique vont s'éteindre cet après-midi au Cap en Afrique du Sud.

Environ 1000 participants, excusez du peu, s'étaient donné rendez-vous à cette rencontre, une sorte de brainstorming sur le devenir du continent.

Issus des milieux politique et économique, du monde universitaire, de la société civile ainsi que des ONG, ces décideurs, experts, activistes et bailleurs de fonds ont réfléchi sur comment «créer une croissance inclusive et un avenir partagé dans la quatrième révolution industrielle».

Selon les principales conclusions de ce forum, l'Afrique est un continent d'avenir qui, à l'horizon 2050, pourrait voler de ses propres ailes car la coopération Sud-Sud et de nouveaux partenariats économiques vont booster les innovations, la numérisation et le développement durable qui vont réduire sa dépendance vis-à-vis du Nord.

Un diagnostic du futur de l'Afrique à la limite de l'idéalisme que de brillants jeunes entrepreneurs du continent ont été appelés à corroborer en racontant l'histoire de leur succès.

Ainsi, les forums économiques sur l'Afrique se suivent et se ressemblent dans leur apparence de grand-messe où des diseurs de bonnes nouvelles exhortent les Africains à l'espérance en un avenir meilleur, fait de bien-être social dans la prospérité économique.

Pourtant, la réalité dans nos pays jure avec ces prédictions idylliques. En effet, en cette fin de deuxième décennie du 21e siècle, en pleine quatrième révolution industrielle, la majorité des populations africaines continue d'avoir faim et soif, en proie à la maladie, à l'ignorance, bref, torturée par une pauvreté digne du Moyen-Age.

A qui la faute ? D'abord à nos dirigeants, plus prompts au détournement des deniers publics et de l'aide au développement pour se constituer des fortunes privées qu'à imaginer des solutions innovantes au développement de nos pays.

Ensuite, au penchant des populations pour l'incivisme, le nombrilisme régionaliste, communautariste ou nationaliste qui handicape les politiques d'intégration des économies africaines, ou tout le moins, la solidarité entre populations du même continent.

On en voudrait pour preuve cette poussée de fièvre xénophobe qu'a connue le pays hôte de ce forum et le sort peu enviable des migrants subsahariens dans certains pays du Maghreb.

On n'oublie pas que les firmes internationales contribuent aussi, un tant soit peu, à appauvrir l'Afrique. En effet, elles ne remplissent pas toujours les conditions du cahier des charges de leur responsabilité sociale quand elles viennent investir sous nos tropiques.

En outre, elles rechignent à s'acquitter de leurs devoirs fiscaux si elles n'organisent pas des fraudes à l'exportation des ressources de nos pays pour maximiser leurs profits.

Enfin, la communauté internationale et les institutions de Bretton Woods ne sont pas exemptes de reproches dans la pauvreté endémique des populations africaines. A l'évidence, certaines conditionnalités de l'aide au développement sont contreproductives parce qu'en déphasage avec les réalités africaines.

Dès lors, on s'étonne que les participants au Forum du Cap aient fait très peu cas des solutions à l'abyssale dette publique des Etats africains, aux évasions fiscales, aux fuites de capitaux, à la détérioration des termes de l'échange dont ils sont victimes.

C'est comme si à trop regarder vers l'avenir du continent, ils ont oublié d'ausculter son présent. Si l'on comprend leur volonté de battre en brèche l'afropessimisme ambiant qui décourage de potentiels investisseurs, on se montre prudent devant leur excès d'optimisme dans ces lendemains qui chantent pour l'Afrique.

Au demeurant, « un tiens aujourd'hui, vaut mieux que deux demain tu l'auras », dit le proverbe. En d'autres termes, imaginer des solutions ici et maintenant pour résoudre les problèmes du sous-développement du continent lui serait plus bénéfique que les promesses mirobolantes d'un futur enchanté.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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