Mali: Soutenir la croissance en dépit des problèmes de sécurité

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Le Mali fait face depuis 2012 à une lourde crise sécuritaire aux conséquences économiques et humanitaires de longue durée. Dans le but de renforcer la résilience de l'économie, le FMI vient d'approuver le déblocage d'une aide financière en faveur du pays, au titre de la facilité élargie de crédit (FEC).

Mali et le FMI

L'aide financière avalisée pour le Mali s'élève à quelque 200 millions de dollars, qui seront décaissés sur trois ans afin d'appuyer les efforts menés par l'État en vue d'assurer une croissance plus forte et plus inclusive, la diversification de l'économie et le renforcement de la résilience.

Dans cet entretien, Boriana Yontcheva, chef de mission du FMI pour le Mali, précise certains points du programme.

Le Mali est un pays fragile à faible revenu, confronté à une difficile situation sécuritaire. En quoi le programme appuyé par le FMI peut-il l'aider ?

La difficulté de la situation sécuritaire touche des millions de Maliens et pèse sur l'activité économique et les perspectives de développement.

Les dépenses de sécurité absorbant une part croissante du budget public, il est particulièrement difficile pour l'État de préserver les dépenses pourtant essentielles en matière de services sociaux et d'investissement pour le développement.

Dans les grandes lignes, le programme appuiera la nouvelle stratégie de développement des autorités (CREDD) visant à réaliser à moyen terme une croissance vigoureuse et inclusive grâce à la création d'emplois pour tous, à la diversification de l'économie et au renforcement de la résilience.

Quels sont les principaux objectifs du programme économique qui vient d'être approuvé ?

Le programme met l'accent sur trois grands domaines pour répondre aux enjeux les plus pressants :

- dégager de l'espace budgétaire pour préserver les dépenses prioritaires en matière sociale et infrastructurelle, tout en laissant la place aux dépenses de sécurité qui s'imposent et en maintenant la stabilité macroéconomique ;

- réformer le secteur de l'énergie ; et

- soutenir des réformes visant à améliorer la gouvernance et la transparence.

Il est essentiel de dégager de l'espace budgétaire pour les dépenses d'investissement, de sécurité et de politique sociale. La priorité immédiate consiste à accroître la mobilisation des recettes intérieures.

Le programme du gouvernement appuyé par la FEC comporte des mesures correctives visant à remédier à la forte baisse du recouvrement des recettes fiscales observée en 2018, à moderniser l'administration fiscale, à assurer le civisme fiscal, à améliorer l'efficacité de la fiscalité du secteur minier et à rationaliser davantage les exonérations fiscales.

Les résultats au cours du premier semestre indiquent que les efforts des autorités commencent déjà à porter leurs fruits et que les recettes sont globalement conformes aux attentes, mais les réformes doivent se poursuivre.

Le renforcement de la gestion des finances publiques sera également utile, puisqu'il permettra d'exploiter au mieux chaque franc dépensé.

Il est urgent aussi d'assainir la compagnie d'électricité publique (EDM) afin qu'elle puisse fournir de l'électricité, ingrédient crucial du développement économique, aux entreprises et aux ménages maliens d'une manière efficiente et rentable.

Que peut faire le gouvernement malien pour réduire la menace sécuritaire et apaiser les tensions sociales ?

Ces questions sont complexes et il n'est pas aisé d'y répondre. Un plan de paix ambitieux, prévoyant des transferts budgétaires en faveur des régions, a été conclu en 2015 mais sa mise en œuvre se révèle délicate.

L'application des mesures appuyées par la FEC permettra au Mali de dégager de l'espace budgétaire pour rétablir la présence de l'État dans tout le pays.

Le gouvernement a déjà affecté des ressources à l'amélioration de la prestation de services sociaux, notamment en matière de santé et d'éducation, dans le centre et le nord du pays.

Qu'en est-il de la corruption ?

La gouvernance, y compris la corruption, est une question cruciale que de nombreux pays doivent régler. Le gouvernement reconnaît l'importance des réformes dans ce domaine afin d'ancrer la stabilité macroéconomique et de soutenir la croissance inclusive.

À cet égard, le renforcement des administrations fiscale et douanière constitue une mesure clé pour améliorer la gouvernance.

L'État devra en outre prendre d'autres mesures importantes : améliorer encore la gestion des finances publiques et renforcer le suivi des problèmes de gouvernance relevés par le Bureau du vérificateur général, ainsi que réviser la loi réprimant l'enrichissement illicite afin d'élargir les catégories de fonctionnaires tenus de déclarer leur patrimoine.

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