Afrique: Visite pontificale - Le petit oubli de François

C'est un long séjour que le pape François vient d'effectuer en Afrique et dans l'océan Indien. Six jours pour se rendre successivement au Mozambique, à Madagascar et à Maurice où il a fait un aller retour.

Autant dire que durant la semaine du mercredi 4 au mardi 10 septembre, qui avait besoin du pape devait, non pas se rendre à Rome, mais en Afrique où à chacune de ses escales, le souverain pontife a été accueilli avec une ferveur sans cesse renouvelée.

Et partout où il a célébré la messe, ce sont des centaines de milliers de fidèles catholiques mais aussi des pratiquants d'autres religions qui sont venus boire à la source du chef de l'Eglise catholique, dont les homélies successives se sont révélées en phase avec leurs préoccupations.

Au Mozambique, ex-colonie portugaise qui a souffert des affres de la guerre civile et qui en porte encore les stigmates, le pape François a axé son discours sur « la réconciliation fraternelle au Mozambique et en Afrique, seule espérance pour une paix solide et durable ».

Il faut dire que cette visite est intervenue un mois après la signature d'un traité de paix historique entre le gouvernement de Maputo et la Renamo, ancienne rébellion devenue le principal parti d'opposition. Une guerre civile qui avait pris fin voilà 27 ans, mais la Renamo n'avait jamais désarmé.

Sur la Grande Ile, point d'orgue de ce périple africain, c'est une véritable marée humaine qui a accompagné la papamobile dans les artères de la capitale. Là aussi, le Saint-Père a soulevé des questions qui touchent véritablement au quotidien des Malgaches, comme la grande pauvreté qui affecte leur immense majorité.

« Quand la parenté devient la clé décisive et déterminante de tout ce qui est juste et bon, on finit par justifier et jusqu'à consacrer certaines pratiques qui aboutissent à la culture du privilège et de l'exclusion : favoritismes, clientélismes et par conséquent, la corruption ».

Il a également pointé du doigt la déforestation galopante qui met en péril les écosystèmes et menace les générations futures.

Enfin à l'Ile Maurice, où il s'est rendu hier pour une visite éclair, le pape argentin s'est alarmé de cette relative prospérité mauricienne qui, malheureusement, ne profite pas au plus grand nombre, particulièrement aux jeunes qui en sont les parents pauvres, victimes du chômage et se réfugient dans la drogue sous toutes ses formes.

Comme on le constate, dans ces trois pays qu'il a visités, le souverain pontife a remis au goût du jour les principales exhortations de son encyclique « Laudato si' » dont le titre est tiré du poème de saint François d'Assise « Loué sois-tu, mon Seigneur » qui, dans le Cantique des créatures, rappelle que la terre est aussi comme une sœur et une mère.

Dans cette lettre pastorale datée du 18 juin 2015, le Saint-Père et le patriarche Bartholomée avaient qualifié les atteintes à l'environnement de péchés, rendant inséparables la préoccupation de la nature, la justice envers les pauvres, l'engagement pour la société et la paix intérieure.

Et Dieu seul sait combien après ces six jours sur le sol africain, cette encyclique résonne comme une véritable radiographie de la situation sur le continent.

Preuve qu'au-delà de la visite pastorale, c'est un pape militant qui, bien sûr, a appelé au respect d'un certain nombre de valeurs fondamentales, mais qui surtout s'est intéressé aux préoccupations quotidiennes de ses ouailles.

Si dans tous les pays le « pape des pauvres » est resté fidèle à sa réputation et à son exécration de l'argent-roi, « fumier du diable », comme il l'avait qualifié, on peut regretter, comme l'a souligné un de nos confrères de RFI, qu'il n'ait pas salué et magnifié le caractère multi-ethnique et multiconfessionnel de l'Etat mauricien.

En effet, dans cette Afrique où la cohésion sociale et le vivre-ensemble subissent de plus en plus les coups de boutoir d'un irrédentisme rampant et de toutes sortes de sectarisme et d'intolérance, l'exception mauricienne valait bien une exhortation papale.

Mais ce petit oubli de François ne saurait remettre en cause le grand attachement du chef de l'Eglise catholique au dialogue des religions et des cultures.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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