Afrique du Nord: Campagne électorale agitée en Tunisie

Photo: TAP
Les huit candidats engagés dans la course pour la présidentielle 2019 en Tunisie
9 Septembre 2019

Dimanche 15 septembre, les Tunisiens choisiront leur prochain président. 26 candidats sont en lice, dont un en prison.

Suite à la mort du président Béji Caid Essebsi, la présidentielle tunisienne a été avancée à dimanche prochain, 15 septembre. 26 candidats briguent le poste de chef de l'Etat, dont deux femmes. Mais une ombre plane sur la campagne électorale qui court jusqu'à vendredi : l'arrestation de l'un des favoris du scrutin, qui fait craindre un retour à un régime autoritaire.

Une arrestation qui dérange...

Imaginez un péage autoroutier, direction Tunis, le 23 août. Une voiture est bloquée, encerclée par des hommes en civil, puis surgissent de nombreux policiers qui arrêtent l'un des passagers du véhicule. Or ce passager n'est pas n'importe qui : il s'agit de Nabil Karoui, un magnat des médias privés en Tunisie, et candidat à la présidentielle.

Nabil Karoui, parfois surnommé "le Berlusconi tunisien", est en prison depuis le 23 août. Il est soupçonné de fraude fiscale et de blanchiment d'argent. Des accusations graves mais pour lesquelles des enquêtes ont été ouvertes il y a trois ans déjà.

Ce qui fait dire à la porte-parole de son parti Qalb que l'arrestation de Nabil Karoui est avant tout politique : "Nous craignons que les candidats ne puissent pas battre campagne de façon égalitaire. Nabil Karoui ne peut pas se rendre auprès des militants et des bénévoles sur place. Nous réclamons sa libération immédiate pour que la Tunisie n'élise pas un président en prison."

Bien qu'incarcéré, Nabil Karoui a maintenu sa candidature.

... ou qui arrange?

Beaucoup soupçonnent le Premier minisre Youssef Chahed de l'avoir fait arrêter. Egalement candidat, on lui reproche de vouloir écarter son principal rival voire même d'être un "danger pour la démocratie "

Hamma Hamami, du parti de gauche Front Populaire estime que "[Youssef Chahed] est quelqu'un qui veut se maintenir au pouvoir à tout prix. Il a tout d'un nouveau petit dictateur en Tunisie."

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Le candidat Youssef Chahed dément pour sa part toute prise d'influence sur les magistrats. Selon lui, "le moment de l'arrestation [de Nabil Karoui] prouve bien l'indépendance de la justice ! Le juge examine le dossier. Il ne va pas dire "Ah pardon, tu es candidat dans trois semaines... " Le cours de la politique n'interfère pas dans celui de la justice."

Ennahda dans la course

Les débats télévisés ont commencé samedi entre 25 des 26 candidats. Sans Nabil Karoui, donc. Et, c'est une première, avec un candidat islamiste du parti Ennahda : Abdelfattah Mourou. Celui-là même qui, il y a peu prétendait encore : "Personne n'a de programme économique. Mon parti Ennahda n'en a pas, et les autres non plus. "

Des vrais problèmes au quotidien

Lors de la campagne précédente, en 2014, le grand débat qui avait mobilisé l'attention était celui entre les islamistes et les laïcs.

Cette fois encore, certains partis ont tenté de rejouer cette carte, mais la situation a changé : le parti Ennahda codirige le pays depuis cinq ans.

Alors au-delà des scandales et des rivalités de personnes, les Tunisiens espèrent d'abord une réponse à leurs problèmes, comme l'explique Henrik Meyer, directeur de la Fondation allemande Friedrich Ebert à Tunis :

"C'est-à-dire des questions relatives à leur situation socio-économique, au chômage, à la pauvreté et au manque de perspectives pour les jeunes."

Henrik Meyer souligne que la Tunisie est le pays au monde qui reçoit le plus d'aide en provenance de l'Allemagne.

Berlin qui tient à ce que la Tunisie puisse servir de modèle dans le monde arabe et sur le reste du continent africain en termes de transition démocratique.

Si ce n'était pas le cas, l'Allemagne et l'Europe reverraient sans doute leurs aides à la baisse.

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