Tunisie: La Tunisie au rythme de soirées politiques télévisées inédites

10 Septembre 2019

La Tunisie orgaise depuis samedi soir trois grandes soirées de débats télévisés pour permettre aux citoyens de choisir entre 26 candidats à la présidentielle, un événement rarissime dans le monde arabe.

A une semaine du premier tour de scrutin, cette opération inédite par son ampleur a suscité la fierté de nombreux Tunisiens, dont le pays est érigé en référence par les promoteurs de la démocratie dans la région.

Après huit candidats samedi, neuf autres ont passé leur "grand oral" dans une atmosphère moins studieuse que la veille. Des huissiers sont intervenus en plein direct pour confisquer la copie d'un traité colonial amenée par un orateur pour le condamner, et la montre d'un autre candidat qui s'en servait pour publier des photos du plateau sur Instagram.

Hormis quelques échanges directs, les candidats ont surtout exposé leur credo en répondant en 90 secondes à des questions tirées au sort portant sur la diplomatie, la sécurité, les libertés individuelles, l'économie...

Parmi les intervenants dimanche figuraient le ministre de la Défense Abdelkarim Zbidi, un indépendant soutenu par le parti présidentiel Nidaa Tounes, ainsi qu'un ex-membre de ce parti, Mohsen Marzouk. Deux anciens membres du parti d'inspiration islamiste Ennahdha, l'ex-Premier ministre Hamadi Jabali, et Hatem Boulabiar étaient également sur le plateau. Lundi soir, les huit derniers candidats, dont le Premier ministre Youssef Chahed, devaient s'opposer sous le même format, avec un total de 15 minutes chacun.

Intitulée "La route vers Carthage (ville qui abrite le palais présidentiel, NDLR), la Tunisie fait son choix", l'émission, présentée par ses promoteurs comme un "tournant" dans la vie politique tunisienne, est diffusée sur 11 chaînes de télévision et une vingtaine de radios.

Si aucun chiffre d'audience n'était disponible, les Tunisiens n'ont pas boudé ce deuxième rendez-vous, diffusé en fond sonore dans nombre de cafés ou de taxis jusqu'à quasiment minuit.

Submergeant les réseaux sociaux de commentaires, certains ont exprimé leur "fierté", même si les critiques fusaient concernant les prestations des candidats. "C'est vraiment quelque chose qui rend heureux. On a le droit de choisir et on va véritablement choisir", s'enthousiasmait Hela, une ingénieure civile de 30 ans, dans un café tunisois samedi soir. A ses côtés, Oussama, 33 ans, déplorait un débat certes "froid et sans frictions", mais disait avoir réussi à faire son tri parmi les candidats. Contrairement à Imane, une chômeuse de 30 ans, insatisfaite. "Pour moi, les choses ne sont pas encore claires", a-t-elle expliqué, regrettant "des réponses très larges et générales, très loin des attentes".

Face au foisonnement de candidats et aux enjeux parfois difficiles à cerner du scrutin, de nombreux Tunisiens indécis comptent sur ces soirées politiques pour se déterminer. Le plateau, installé dans les locaux de la chaîne publique Wataniya, est organisé en forme de demi-cercle autour duquel les places des candidats ont été tirées au sort. Au-delà des aspects techniques, les organisateurs, qui planchent depuis des semaines sur cette opération, ont insisté sur son caractère rarissime. "Souvent, dans le monde arabe, quand on parle compétition, on sait qui gagne à la fin d'avance, avec 99,99%. Aujourd'hui, on ne sait pas", a commenté Lassad Khedder, représentant d'un syndicat de chaînes privées.

"C'est un premier pas qui pourra servir d'inspiration" dans le monde arabe, estime pour sa part le responsable d'une ONG partenaire du débat, Belabbes Benkredd. La première émission samedi n'a pas fait les gros titres au Maghreb, mais a été commentée par quelques médias, dont le site d'informations Tout sur l'Algérie (TSA), qui évoquait "l'admiration" des voisins de la Tunisie. "Les Tunisien.n.e.s vous nous faites rêver. Merci", a tweeté la journaliste marocaine Aida Alami. Pour Omar H. à Rabat, c'était un "spectacle de fiction pour nous Marocains".

Interrogé dimanche sur la présidentielle tunisienne, le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a estimé que la transition démocratique s'effectuait "correctement".

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