Burkina Faso: Chenille légionnaire d'automne - Ce ravageur qui donne encore du tournis aux producteurs

La chenille légionnaire d'automne, ennemi des cultures qui s'attaque essentiellement au maïs, est devenu un véritable fléau au Burkina Faso et en Afrique depuis son apparition il y a trois ans.

Les dégâts de cet insecte vorace, capable de parcourir 100 km par nuit sont tellement considérables que gouvernants, agronomes et autres acteurs du monde rural africain sont en quête pressante d'une batterie de mesures.

D'où l'organisation dans la salle des banquets de Ouaga 2000, de la conférence régionale sur la gestion durable dudit fléau au Sahel et en Afrique de l'Ouest.

La rencontre se déroule du 10 au 12 septembre 2019 et les experts vont, entre autres, échanger sur l'expérience des uns et des autres afin de barrer la route à ce ravageur qui constitue une menace à la sécurité alimentaire.

Le producteur Rasmané Balima, rencontré après une matinée pluvieuse d'août 2019, n'a pas eu besoin de se faufiler pendant longtemps entre ses tiges de maïs pour se rendre à l'évidence que le nuisible s'est attaqué à son champ.

C'est le même amer constat qu'il fait depuis deux ans. Mais cette année la superficie infestée par les ennemis de la culture, relate le paysan de Koaré (province du Gourma), est moins importante. A l'image de cet exploitant de 32 hectares, l'insectenocturne donne du fil à retordre à beaucoup d'autres producteurs.

A première vue, c'est un petit insecte inoffensif, pourtant la chenille légionnaire d'automne ou spoddoptera frugiperda, de son nom scientifique, fait d'importants dégâts.

Dès sa première apparition au Burkina Faso en 2017, elle a constitué un cauchemar pour les producteurs, infestantplus de 58 324 ha de cultures, devenant ainsi l'une des principales causes de l'insécurité alimentaire à laquelle plus de 2 millions de ménages ruraux étaient confrontés.

Malgré la prompte riposte du gouvernement qui a consisté en la mise à disposition des producteurs des appareils de traitement et des pesticides, la dévoreuse qui se satisfait de près de 80 espèces de cultures a la vie dure. En effet, deux ans après son apparition ravageuse, elle continue d'inquiéter les producteurs à travers le territoire.

Selon les données fournies par la direction régionale du ministère de l'Agriculture, dans la seule région du Centre-Est, la situation phytosanitaire de la campagne agricole est marquée par des infestations de la larve de papillon.

Et à la date du 20 août 2019, mi- saison de la campagne agricole, ce sont plus de 1600 hectares de maïs et de sorgho qui ont été attaqués, soit un taux d'infestation de 26,37%. Il n'y a pas que le Burkina Faso qui soit dans la tourmente.

44 Pays africains touchés

L'insecte nuisible très invasif, capable de parcourir 100 kilomètres en une seule nuit, est aujourd'hui disséminé dans la plupart des pays africains. En seulement trois ans d'apparition sur le continent, la bestiole touche déjà 44 pays et est devenue une sérieuse menace pour la sécurité alimentaire.

« Son apparition et sa propagation dans tous les pays de notre espace constituent une grave menace pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

Il s'agit d'une menace sérieuse pour la réalisation des objectifs du Programme détaillé de développement de l'agriculture africaine et la déclaration de Malabo qui vise à réduire de moitié la pauvreté d'ici 2025 », s'est inquiété le ministre de l'Agriculture et des Aménagements hydro-agricoles, Salifou Ouédraogo, lors de la conférence régionale.

Les chiffres de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture sont inquiétants.

« Plus de 300 millions de personnes en Afrique subsaharienne sont affectées par les faits de cet insecte », a d'abord raconté, d'une voix inquiète, le coordonnateur du bureau sous-régional de la FAO, Robert Guei.

Puis, il dresse un tableau bien sombre des pertes économiques déjà enregistrées. « Les pertes économiques sur la production de maïs dans 12 pays africains ont été estimés entre 4 et 18 millions de tonnes par an, avec une valeur économique comprise entre 1 et 4,6 milliards de dollars par an », regrette-t-il.

Faiblesse de l'armature phytosanitaire

Les raisons de la propagation à la vitesse V du ravageur prolifique sur le continent se situent à plusieurs niveaux.

« La faiblesse notoire de l'armature phytosanitaire des pays, l'absence de synergie et d'harmonisation des interventions à l'échelle régionale, la faible valorisation de l'expertise scientifique et technique existante pour soutenir les politiques et programmes de lutte phytosanitaire », a expliqué Robert Guei.

Le changement climatique, la capacité de résistance de la chenille face aux pesticides sont des causes qui rendent la lutte difficile.

Mais les pays touchés ne comptent pas baisser les bras. D'où l'organisation à Ouagadougou de cette conférence régionale de trois jours sur la gestion durable du nuisible.

La rencontre de trois jours qui a regroupé 8 pays se tient sous le thème : Invasion de la chenille légionnaire d'automne au Sahel et en Afrique de l'Ouest : état des lieux, solutions et ressources mobilisables pour contrer le fléau ».

Des experts africains et internationaux se retroussent les manches pour trouver les solutions à cet insecte, actif tôt le matin et en soirée. Par conséquent, selon les experts, ce sont les meilleurs moments pour appliquer les pesticides ou d'autres dispositions de contrôles.

La conférence régionale est placée sous le haut patronage du président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, par ailleurs président en exercice du CILSS. L'occupant du palais de Kosyam est représenté à l'ouverture des travaux par le Premier ministre Christophe Joseph Marie Dabiré.

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