Sénégal: Affaire Sainte Jeanne d'Arc - Le voile de la discorde

11 Septembre 2019

La polémique soulevée par l'affaire dite Sainte Jeanne d'Arc, du nom de l'établissement privé qui a interdit le port du voile, est loin de connaître son épilogue. Au contraire ! Elle est en passe même de prendre une autre dimension... inquiétante.

Alors que le ministre de l'Education, Mamadou Talla serait en train en contact avec la direction pour une solution de sortie de crise avec notamment l'envoi des 23 élèves voilées au cours Sainte Marie de Hann -(ce que cette école-sœur aurait refusé)-, le Khalifa Général des Tidianes est monté au créneau.

Et ce qui n'est pas pour éteindre le feu mais plutôt de déclarer à qui veut l'entendre que «ceux qui interdisent le voile dans leur école, portent leur croix partout».

Quant à Moustapha Diakhaté, tout en rappelant que dans «une république, il ne saurait être négociable le respect de la Constitution ou de la loi», il soutient qu'une seule alternative s'offre au ministre de l'Education : «placer l'école sous délégation spéciale ou retirer son agrément». Pendant ce temps, certains pyromanes attisent le feu dans les réseaux sociaux.

Des parents d'élèves catholiques engagent le combat

"Nous savons tous qu'en apposant sa signature au document, le parent s'engage au respect strict dudit règlement. Il doit assumer, avec responsabilité et non jouer dans la manipulation, les conséquences liées au non-respect de ce règlement.

Nous savons tous qu'en acceptant d'inscrire son enfant dans un établissement privé ou public, le parent ou tuteur adhère, de facto, au règlement intérieur", relève ledit communiqué de presse.

A titre comparatif, le président Henri Benoit Diadhiou et ses camarades soutiennent que pour entrer dans l'armée, la police, la gendarmerie, au prytanée militaire, à l'école coranique, à l'école de douanes, on adhère "fatalement et sans ambages" au règlement intérieur.

Ainsi, ces parents d'élèves de l'enseignement catholique de rappeler que "la stabilité et la qualité d'une structure sont garanties par le respect des procédures et des processus érigés en règlement et acceptés de facto par tous ceux qui adhèrent au projet".

Mieux, s'interroge le bureau de l'Unapecs, "lorsqu'au sein du cadre éducatif sénégalais des structures imposent leur règlement, l'on ne s'en offusque point. Pourquoi alors y aurait-il exception pour l'Institution Jeanne d'Arc?"

Allant plus loin, ils indiquent que "quand les repères sont déplacés au goût de cas individuels au détriment de la communauté éducative, où va-t-on ?

Que reproche a-t-on une communauté éducative qui, pour garantir les bonnes relations, régit un cadre de fonctionnement promouvant une éducation équitable, harmonieuse et stable à tous les enfants de la communauté sénégalaise ?

Des cas d'exceptions vont-ils sacrifier cette harmonie et cette stabilité de nos enfants"?, s'interroge la structure.

Toujours dans ce document, l'Unapecs estime que la liberté d'expression ne rime pas avec la volonté de s'imposer à autrui dans sa propriété.

A ce titre, elle dit exprimer "à la direction tout (son) soutien dans sa politique éducative pour la réussite de (ses) enfants, et appeler tous les acteurs à plus de discernement et plus de lucidité pour le bien commun de nos enfants en particulier et en général pour le bien du peuple".

Dans le document l'Unapecs) rappelle que le règlement intérieur dispose que «l'Institution Sainte Jeanne d'Arc est un établissement biculturel qui enracine ses valeurs dans les statuts de l'Enseignement privé Catholique».

Ainsi, poursuit l'association des parents, «l'inscription d'un élève vaut adhésion au règlement intérieur et engagement à le respecter. Tout manquement à ce règlement justifie la mise en œuvre d'une procédure disciplinaire».

L'organe consultatif pour l'Office national de l'enseignement catholique du Sénégal (Onecs) soutient que «l'article 5.2 de ce règlement stipule que: «la tenue vestimentaire doit être propre, décente, respectant les règles d'hygiène et de pudeur par respect pour autrui.

L'uniforme avec le logo de l'institut est obligatoire (pantalon/jupe/ short, tee-shirt/polo/chemise, pull/gilet/veste); l'ensemble des tenues est vendu dans l'établissement. Aucune autre tenue supplémentaire n'est acceptée».

SERIGNE MBAYE SY MANSOUR, KHALIFA GENERAL DES TIDIANES : «Ceux qui interdisent le voile dans leur école, portent leur croix partout»

"L'affaire de la pharmacie Guigon a été banalisée et on a laissé passer. Maintenant c'est un problème dans une école qui se répercute sur toute la population. Quelle est leur réaction à l'Assemblée?", s'interroge le Khalife Général des Tidianes.

Avant de marteler: "Ceux qui interdisent le voile dans leur école, pourtant, ils portent leur croix et vont partout. Pourquoi on ne le leur refuse pas. Mais tout le monde se tait, jusqu'à l'Assemblée. Qu'est-ce qui se passe ? Ils (les députés, ndlr) doivent en parler. C'est leur responsabilité".

Serigne Mbaye Sy Mansour n'a pas manqué de s'interroger également sur la laïcité. "Qu'est-ce que cela signifie ? N'y a-t-il pas de laïcité au Sénégal ?". Pour le guide religieux, l'Institution Sainte Jeanne d'Arc n'a pas de respect encore moins de la considération pour le Sénégal.

MINISTERE DE L'ÉDUCATION - STE JEANNE D'ARC : Les points d'achoppement des pourparlers

Parallèlement à la sortie du Khalife général des Tidianes, le ministère de l'Education nationale et l'Office diosésien des écoles catholiques avaient engagé une discussion avant-hier, lundi, à Diamniadio. Si rien n'a encore filtré de la rencontre, certaines sources informent la tenue d'un prochain conclave pour prendre une décision.

Mais, l'Institution Sainte Jeanne D'Arc n'a pas du tout montré qu'elle est dans les dispositions de renoncer à son règlement intérieur. Car, nous indique-t-on, les responsables de l'Institution Sainte Jeanne d'Arc (ISJA) ont campé sur leur position de maintenir leur règlement intérieur interdisant le port du voile.

Et la proposition la plus en vue, c'est celle de transférer les filles voilées au Cour Sainte Marie de Hann.

Mais là aussi, la Direction de l'office diocésain de l'enseignement privé catholique n'y serait pas trop favorable. Car, pour elle, ce serait transférer un problème d'une école catholique à un autre établissement diocésain.

Loin de sa position exprimée au mois de mai, le ministre de l'Education nationale, Mamadou Talla, invite les acteurs à réfléchir afin de trouver une sortie de crise.

MOUSTAPHA DIAKHATE SUR SA PAGE FACEBOOK : "Placer l'école sous délégation spéciale ou retirer son agrément"

«Institution Sainte Jeanne d'Arc est une école : l'Article 24 de la Constitution ne lui est pas applicable. L'Institution Sainte Jeanne d'Arc n'est ni une institution ni une communauté religieuse.

Ce n'est pas une église encore moins un séminaire comme celui de Ngasobil ou Keur Moussa. L'ISJA est un membre de l'AEFE, un réseau scolaire français présent dans 137 pays, pour l'influence de la France. L'Article 24 de la Constitution ne lui est pas applicable.

C'est une école privée qui dispense le programme de l'école sénégalaise. Elle n'est pas placée sous la tutelle du ministère de l'Intérieur mais du ministère de l'Education nationale. Dans une république, il ne saurait être négociable le respect de la Constitution ou de la loi.

Le Ministre de l'Education, pour faire respecter la loi, dispose de deux leviers : placer l'école sous délégation spéciale ou retirer son agrément. De même, les parents peuvent ester en justice pour excès de pouvoir.

Dans cette affaire, il ne faut pas perdre de vue qu'il s'agit ici de défense des droits humains, du respect de la constitution et de la loi et non d'un parti pris confessionnel. L'ISJA comme toute école privée ne peut pas se soustraire de la légalité républicaine».

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