Tanzanie: "Erick Kabendera doit retrouver la liberté et être soigné" (RSF)

communiqué de presse

Alors que le journaliste d'investigation doit comparaître devant un tribunal de la capitale tanzanienne ce jeudi, Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités de le remettre en liberté et de lui permettre d'accéder à des soins appropriés sans délai.

Dans quel état apparaîtra Erick Kabendera lors de l'audience prévue ce jeudi 12 septembre à Dar es Salam? Le journaliste d'investigation, arrêté le 29 juillet dernier, souffre de problèmes respiratoires et présente des signes de paralysie au niveau de ses jambes qui l'empêchent de marcher correctement. Plusieurs de ses proches joints par RSF craignent que la détérioration de son état de santé soit liée à son incarcération.

Le reporter, pigiste pour plusieurs médias renommés comme The Guardian ou The East African et connu pour ses enquêtes sur la gouvernance et la situation économique en Tanzanie, avait d'abord été arrêté pour un interrogatoire sur sa citoyenneté tanzanienne. Dans les jours suivants, les charges retenues contre lui ont changé plusieurs fois. Il est désormais poursuivi pour blanchiment d'argent, évasion fiscale et crime organisé. Ces chefs d'inculpation ne lui permettent plus d'être remis en liberté provisoire. Son procès, initialement prévu le 19 août, a déjà été reporté à deux reprises, l'accusation demandant plus de temps pour mener son enquête.

"Une arrestation avec des hommes en tenue civile, des motifs de poursuite qui ont déjà changé trois fois, un procès reporté à plusieurs reprises faute d'éléments à charge, tout indique une procédure qui relève de l'intimidation pour faire taire un journaliste d'investigation critique du régime tanzanien, dénonce Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Si on ajoute à ce tableau le maintien en détention provisoire de ce reporter alors même que sa santé s'est considérablement détériorée, les autorités tanzaniennes n'ont plus le choix : Erick Kabendera doit être remis en liberté et soigné sans délai".

Dans un rare communiqué conjoint sur un cas individuel, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont demandé à la Tanzanie de garantir une procédure équitable pour le journaliste qualifiant son arrestation et son placement en détention d'irréguliers.

Quelques jours avant son arrestation, le téléphone du journaliste avait été bloqué sans qu'il n'obtienne d'explications de la part de son opérateur, a appris RSF.

Le 20 juillet 2019, il signait un article faisant état des tensions au sein du parti de la majorité au pouvoir et l'existence d'un complot présumé pour empêcher le président John Magufuli de briguer un deuxième mandat.

Depuis l'arrivée au pouvoir du président John Magufuli en 2015, la liberté de la presse n'a cessé de se détériorer en Tanzanie. Des lois visant à restreindre la liberté d'expression et d'information ont été adoptées, des journaux ont été suspendus et les journalistes sont régulièrement arrêtés.

Azory Gwanda, reporter pour Mwananchi et The Citizen, est porté disparu depuis le 21 novembre 2017 sans qu'aucune enquête sérieuse ne soit menée pour le retrouver. En juin, le ministre des Affaires étrangères avait déclaré qu'il était "mort" avant de revenir sur ses propos.

La Tanzanie (118e sur 180 pays) a perdu 47 places au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF depuis 2016. Aucun autre pays au monde n'a connu une telle chute sur la même période.

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