Cameroun: Grand dialogue national - Après le bâton, Biya tend la carotte

Au cours d'une allocution radiotélévisée qui a pris tout le monde de court, le président camerounais Paul Biya, dont la parole est rare, a annoncé la tenue fin septembre d'un grand dialogue national autour de la brûlante question de la crise dans la partie anglophone de son pays.

En effet, cette grande concertation qui regroupera, selon le président, toutes les composantes de la nation vise à trouver les voies et moyens de répondre « aux aspirations profondes des populations du Nord-Est et du Sud-Ouest, mais aussi de toutes les autres composantes de la nation ».

Et toujours selon le locataire du palais d'Etoudi, elle sera présidée par le premier ministre, Joseph Dion Ngaté, originaire, il faut le préciser, du Sud-Ouest.

Si dans l'ensemble l'initiative présidentielle a été bien accueille, il n'en demeure pas moins que certaines composantes de la société civile, notamment les syndicats, l'ont reçue avec quelques appréhensions.

En effet, le chef de la confédération des travailleurs n'y est pas allé par quatre chemins pour décocher des flèches à la méthode et surtout au délai dans lequel se tiendra ce grand dialogue national. Il a estimé qu'ils n'ont pas été jusque-là associés, même s'ils se disent disposés à participer et espèrent faire entendre leur voix s'ils sont conviés.

C'est vrai, l'initiative de convoquer cette rencontre nationale est à saluer parce qu'elle a pour objectif final d'aboutir à une solution négociée à une crise sociopolitique dans la partie camerounaise anglophone et dont le bilan s'élève à près de 2 000 morts, des centaines de milliers de personnes déplacées, la fermeture de presque toutes les écoles et l'absence de l'administration centrale et des services de base dans les zones concernées.

Mais tout se passe comme sitôt annoncée, sitôt mise en œuvre car selon l'agenda présidentiel, la rencontre doit se tenir fin septembre, c'est-à-dire trois semaines tout au plus après son annonce. Et c'est là vraiment que le bât blesse.

C'est vrai qu'il y a urgence à refermer cette longue parenthèse sanglante, mais on ne voit pas comment, en une vingtaine de jours, on pourra mettre en musique l'idée de ces pourparlers qui, au regard de leur importance et de l'intérêt même de l'objectif, requièrent des concertations plus étendues et inclusives que celles dont parle le président.

Surtout au niveau de l'épicentre de cette crise où la lourde condamnation des chefs séparatistes est toujours dans l'esprit des populations.

En effet, le chef des séparatistes anglophones, Julius Ayuh Tabe, et neuf de ses coaccusés ont été condamnés au terme d'une audience marathon devant le tribunal militaire de Yaoundé à la réclusion criminelle à perpétuité. Et ce n'est pas tout ! Ils doivent en plus payer solidairement à l'Etat des dommages de... 250 milliards de FCFA.

Ce qui veut dire qu'il faut craindre que ce dialogue avec les sécessionnistes n'atteigne pas les résultats escomptés, car menées en l'absence des leaders des populations.

En effet, Julius Tabe et ses coaccusés, quoi qu'on dise, constituent les représentants légitimes de cette partie du Cameroun. Ce qui veut dire que les maintenir en cellule pourrait constituer en soi un obstacle au dialogue national souhaité.

Pour cela, serait-ce donc trop que de demander au premier magistrat camerounais de prendre une mesure en gage de sa volonté réelle de prendre langue avec les sécessionnistes en envisageant une grâce en faveur de ces embastillés ?

La paix au Cameroun vaut bien cette mesure de clémence. En attendant, tout se passe comme si, après avoir joué du bâton contre les leaders, le président tend aujourd'hui la carotte aux régions frondeuses.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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