Cote d'Ivoire: Giga-meeting annoncé du PDCI/FPI - Vous avez bien dit réconciliation !

12 Septembre 2019

C'est, en principe, demain 14 septembre que le PDCI (Parti démocratique de Côte d'Ivoire) et le FPI (Front populaire ivoirien) tiendront conjointement un meeting à Abidjan. De l'avis de ses organisateurs, il s'agit d'un giga-meeting. L'on peut déjà se poser plusieurs questions à propos de cet évènement.

La première est de savoir s'il aura effectivement lieu. La deuxième : dans quelle enceinte ? La troisième est de savoir, au cas où il aurait lieu, la tonalité des discours qui y seront prononcés.

Enfin, il sera intéressant en cas d'effectivité de ce meeting conjoint, de prendre la vraie mesure de la capacité de mobilisation de ces deux grands du landerneau politique ivoirien.

En attendant d'avoir des éléments de réponse à ces questions, le maître-mot qui revient quant à l'objectif de ce meeting, est de « sauver » la Côte d'Ivoire par la réconciliation.

Et ceux qui en sont capables aux yeux du PDCI et du FPI, c'est le Sphinx de Daoukro et le Christ de Mama, c'est-à-dire respectivement Bédié et Gbagbo.

En tout cas, les organisateurs de ce giga- meeting ont bien dit réconciliation. Et plus qu'un mot, pour plagier Félix Houphouët Boigny, la réconciliation est un comportement.

De ce point de vue, on ne peut que souhaiter bon ménage au jeune couple PDCI/FPI. Car la Côte d'Ivoire a véritablement besoin que ses fils et filles regardent ensemble dans la même direction.

D'ailleurs, un des points noirs de la gouvernance Ouattara est que ce dernier n'a pas réussi à réconcilier les Ivoiriens.

Et il en est conscient, peut-on se risquer à dire. Pour autant, l'on peut se poser la question de savoir si Bédié et Gbagbo, dans l'hypothèse où ils dégageraient un candidat unique qui bouterait Alassane Ouattara ou son dauphin hors du palais de Cocody par les urnes, sont véritablement animés d'un esprit de réconciliation.

L'on peut malheureusement en douter. Et l'on peut s'appuyer sur l'argument suivant pour étayer ce point de vue. En effet, on peut avoir l'impression que le rapprochement entre Bédié et Gbagbo est dicté uniquement par le « tout sauf Ouattara ».

Les mariages et divorces au gré des intérêts du moment, ont toujours rythmé la vie politique en Côte d'Ivoire

Cette posture, peut-on dire, semble la marque de fabrique et une évidence pour les gens du FPI depuis 2010. Pour les gens du PDCI, ils s'estiment floués par Ouattara et veulent désormais parvenir au pouvoir sans lui.

Et il est vrai que les deux dirigeants ne le disent pas de manière explicite, mais leurs partisans respectifs ne craignent pas d'afficher publiquement leur position anti-Ouattara viscérale.En tout cas, Marie Odile Lorougnon, vice-présidente du FPI chargée de la mobilisation, ne fait pas mystère de cette posture.

En effet, dans le cadre de l'organisation du giga- meeting, elle s'est fendue de la phase assassine suivante : « Le PDCI et le FPI sont debout pour braver l'ennemi ».

Et quand on connaît l'inclination maladive des jusqu'au-boutistes de l'écurie du Christ de Mama au « gbangban » (bagarre), l'on peut dire qu'elle n'a pas commis un lapsus en employant le terme « ennemi » dans son propos.

Toujours dans le registre des phrases assassines que cette dame a lâchées avec une désinvolture déconcertante, l'on peut ajouter celle-là : « Nos frontières sont ouvertes et tout le monde entre ou fait n'importe quoi ».

Et comme si Dame Lorougnon voulait remettre au goût du jour le détestable concept de l'ivoirité, elle a conclu son propos en ces termes: « Notre identité, notre nationalité demandent que nous sauvions la Côte d'Ivoire ».

De tels propos populistes aux relents xénophobes, commandent que l'on tire ici et maintenant la sonnette d'alarme avant que l'irréparable ne se produise de nouveau. Et cela est d'autant plus impératif que 2020, date de la présidentielle, est imminente.

Et tous les drames qu'a vécus la Côte d'Ivoire, ont tous été précédés de propos d'exclusion, de haine et de mise en place de coalitions politiques contre-nature.

En 1999, c'était la coalition Ouattara/Gbagbo qui avait ouvert la voie à la junte militaire, et c'était une première en RCI, pour déposer Bédié.En 2010, Bédié se rapproche de Ouattara contre Gbagbo.

La suite, on la connaît. Une crise post-électorale avait fait plus de 3000 morts. Alors que la blessure liée à cette tragédie n'est pas encore cicatrisée, Bédié se rapproche de Gbagbo contre Ouattara.

Ces mariages et divorces au gré des intérêts du moment, ont toujours rythmé la vie politique en Côte d'Ivoire depuis la mort du père de la Nation.

Et invariablement, ce sont Ouattara, Bédié et Gbagbo qui ont toujours été au cœur des tragédies ivoiriennes. Il est temps qu'ils aient la sagesse et la décence de prendre leur retraite politique afin de permettre l'émergence d'un nouveau personnel politique.

Et la Côte d'Ivoire regorge d'hommes et de femmes de qualité dans ce sens. Il est aussi temps, pour l'ensemble des Ivoiriens, de se convaincre que la politique ne signifie pas le « gbangban ». C'est tout simplement l'art de gérer la cité et ce, dans l'inclusion et l'harmonie.

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