Cote d'Ivoire: Ouattara Gnonzié - « Pour la paix, la réconciliation et la stabilité, les Ivoiriens doivent se mobiliser pour le meeting du samedi »

interview

Le Rassemblement pour la paix (Rpp) est membre de la plateforme, coalition pour la démocratie, la réconciliation et la paix (Cdrp), mise en place par le président Bédié.

Pour le président du Rpp, Ouattara Gnonzié, l'opposition doit affirmer son unité pour éviter que la Côte d'Ivoire retombe dans une crise. Aussi, dans cet entretien, dénonce-t-il le recul démocratique qui est constaté en Côte d'Ivoire.

Comment se porte aujourd'hui votre parti, le Rpp ?

Le parti se porte bien parce que depuis environ six mois, nous avons une équipe de la vice-présidence et du secrétariat national chargé de la mobilisation qui fait des tournées dans toutes nos régions et départements pour remobiliser nos bases et installer des bases là où nous ne les avons pas. Nous avons déjà parcouru une dizaine de régions et une trentaine de départements ?

Quelle est, aujourd'hui, la position de votre parti dans ce contexte politique actuel ?

Nous sommes dans l'opposition et naturellement nous sommes très critiques en tant que parti de l'opposition et nous sommes vigilants aussi.

Et comme la plupart des partis de l'opposition, nous constatons qu'il y a un recul démocratique en Côte d'Ivoire.

Nous voyons aussi que la gouvernance n'est pas ce que nous aurions souhaité. Cela est fait de menaces dans les actes des tenants du pouvoir.

Malgré vos appels et vos différentes interpellations, la nouvelle loi sur la Cei a été adoptée par les deux chambres du parlement. Comment voyez-vous l'avenir de cette Commission électorale ?

Cette commission électorale indépendante, pour nous, n'a pas d'avenir. Elle n'a pas d'avenir parce que nous avons la certitude qu'on ne peut pas faire une élection en Côte d' Ivoire avec cette commission.

Et que prendre le risque d'organiser des élections avec cette commission, c'est vraiment envoyer la Côte d'Ivoire au meurtre ou dans le trou.

Ça sera ramener la Côte d'Ivoire à une situation pire que la crise postélectorale de 2010. Pour la crise de 2010, beaucoup de gens ne la voyaient pas venir.

Mais aujourd'hui en 2019, les prémices d'une crise sont là sous nos yeux. Personne ne pourra dire qu'il ne savait pas car l'opposition a attiré l'attention du pouvoir sur les risques qu'il y a à garder cette commission telle qu'elle est parce qu'elle n'est pas équilibrée, parce que personne ne peut lui faire confiance alors qu'une élection c'est d'abord la confiance.

Mais quand un pouvoir prend en otage la Commission électorale, c'est évident que nous ne fassions plus confiance à cette Commission électorale. Nous partons dans le trou et tout le monde voit ce trou qui est devant nous.

Est-ce que vous avez la même analyse que certains présidents de partis politiques tels qu'Affi N'Guessan qui demandent à l'opposition d'intégrer la Commission électorale indépendante et ensuite continuer les discussions sur la réforme de la Cei ?

Chaque parti politique, qu'il soit dans l'opposition ou au pouvoir, a son analyse de cette situation. Naturellement, nous n'avons pas la même analyse que lui mais nous avons eu à faire face au même comportement du pouvoir.

Le pouvoir a invité le président Affi pour parler avec eux comme nous aussi, nous étions invités avec notre plateforme pour échanger avec le pouvoir.

Mais nous avons dit au pouvoir que nous sommes prêts à négocier, mais tant que la Commission électorale indépendante restera figée sur rien que sa composition, nous estimons que ce n'est pas la loi.

Il y a plusieurs chapitres dans la loi. Il y a la composition, le fonctionnement, l'organisation.

Nous avons dit au gouvernement que lorsqu'il sentira le besoin de discuter de l'organisation, du fonctionnement et des autres chapitres de la loi, nous serons prêts à discuter.

Mais tant que la commission restera figée sur la composition, nous ne nous sentirons pas concernés.

Que répondrez-vous à ceux qui pensent que vous faites la politique de la chaise vide en refusant de siéger au sein de cette Cei ?

Nous ne faisons pas la politique de la chaise vide. Comme l'a dit le secrétaire exécutif en Chef du Pdci, le ministre Maurice Kakou Guikahué, il n'y a pas de chaise à la Cei, puisqu'aucune chaise n'a été offerte à l'opposition.

On parle de politique de la chaise vide quand on vous invite et qu'on vous donne une chaise pour vous asseoir. Mais quand dans la discussion, l'on ne donne pas de chaise à l'opposition, on ne peut pas parler de politique de la chaise vide.

Soit vous vous retirez soit vous restez debout dans une situation inconfortable. Donc à l'opposition, nous ne voulons pas être dans une situation inconfortable.

Peut-on donc parler de bras de fer entre le gouvernement et l'opposition sur la question de la Cei ?

Non, ce n'est pas un bras de fer. Les conditions qui ont été fixées par notre Constitution et par la Cour Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples ne sont pas réunies.

Tant que ces conditions ne sont pas réunies, nous ne voyons pas pourquoi nous allons siéger dans cette commission.

Si malgré tout, le gouvernement s'obstine à imposer cette nouvelle Cei pour aller aux élections présidentielles de 2020, que fera l'opposition ?

Au moment venu, nous aviserons. Nous avons encore du temps. Nous ne sommes pas stressés car nous ne voyons pas un pouvoir responsable aller à des élections présidentielles avec une telle commission. A moins de vouloir sacrifier les Ivoiriens ou sacrifier l'avenir de la Côte d'Ivoire.

La coalition non idéologique mise en place par le président Henri Konan Bédie, la Cdrp, est désormais très active. Quel est votre regard sur cette coalition ?

Il faut savoir que chaque chose en son temps et je pense que la situation que nous vivons aujourd'hui nécessitait que l'opposition se mette ensemble.

A l'exception d'un ou deux partis politiques, toute l'opposition est soit dans cette plateforme soit se sent proche de cette plateforme. Je pense que c'est nécessaire et indispensable.

Aujourd'hui, cette plateforme veut se positionner comme un contre poids du pouvoir ?

Naturellement, parce que les partis qui sont à l'intérieur de cette plateforme pensent que si cette coalition est soudée et continue à l'être jusqu'aux élections, il n'y a pas de raison que cette plateforme ne gagne pas les élections.

Le président de la République a annoncé la modification de la Constitution avant les élections de 2020. En tant que leader politique, quelle lecture faites-vous de cette annonce ?

Nous disions qu'il y a un recul démocratique en Côte d'Ivoire. Il y a une seule personne qui s'est levée et qui a fait la modification de la Constitution en 2016 et moins de deux ans après, cette même personne revient pour dire qu'elle va changer encore la Constitution.

Cela est anti-démocratique. Et quand l'on parle des chapitres sur lesquels l'on souhaite faire ces modifications, on se rend compte que cela vise plus des personnes que la collectivité.

Et cela ne sera pas au profit de la Côte d'Ivoire. Je considère que pour l'instant, ce sont des rumeurs et que le pouvoir et le président de la république réfléchiront par deux fois avant de procéder à la modification de la Constitution comme indiqué.

Avec cet environnement politique qui prévaut, les Ivoiriens ont-ils raison d'avoir peur à l'orée de 2020 ?

En principe, nous ne devrions pas avoir peur. Mais aujourd'hui, quand nous parlons avec les Ivoiriens, nous nous rendons compte que les Ivoiriens ont peur.

Certaines personnes mêmes envisagent de quitter la Côte d'Ivoire avant 2020 pour éviter la situation que nous avons vécue en 2010.

Alors que dans un pays démocratique, cela ne devrait pas être le cas. Ce que la Côte d'Ivoire a vécu en 2010, les gens disent qu'ils n'en veulent plus.

Je pense qu'un pouvoir qui est attentif à ce que son peuple dit et fait, devrait faire en sorte que les élections de 2020 se fassent dans la paix.

Or ce n'est pas le cas pour le moment, puisque nous voyons les tensions dans les actes, dans les discours. Quand on dit que c'est bouclé et c'est calé, c'est tout cela qui fait peur aux Ivoiriens.

Les discours que ceux qui sont au pouvoir tiennent, les menaces qu'ils profèrent, les actes qu'ils font subir à certains opposants font que les Ivoiriens ont peur pour le lendemain.

Vous appelez à une réconciliation vraie de tous les Ivoiriens. Qu'est-ce que l'opposition propose pour aboutir à cette réconciliation ?

Tous les Ivoiriens, à l'exception de quelques individus, savent que la réconciliation n'est pas faite. Et cette réconciliation ne se fera pas par pertes et profits. Et elle est en train de nous rattraper.

Il faut absolument la faire. Si cette réconciliation était faite, il n'y aurait pas de tensions comme ce que nous voyons aujourd'hui.

Il y aurait plutôt la convivialité et les gens s'écouteraient les uns les autres. Si cette réconciliation était faite, on n'en aurait tiré les leçons de 2010.

On aurait compris qu'il ne faut plus jamais emprunter ce chemin-là. Malheureusement, nous sommes en train d'emprunter ce chemin plus rapidement et dans des conditions plus catastrophiques qu'en 2010.

Il faut faire en sorte que tous les prisonniers politiques soient libres. Les prisonniers militaires et civils. Que tous les exilés rentrent. Après avoir libéré tous ceux-là et permis le retour de tous les exilés, nous devons maintenant nous asseoir pour dire plus jamais cela.

Et si nous disons plus jamais ça, il faut s'asseoir pour fixer les conditions pour que plus jamais cela n'arrive.

Tous les Ivoiriens savent qu'au sortir de la crise, le gouvernement lui-même a pris l'initiative de mettre en place une commission chargée de la réconciliation.

Mais quand la commission a rendu ses conclusions, ses actes n'ont jamais été renduspublics. Jusqu'aujourd'hui, nous ne savons pas ce que la commission a fait comme travail.

Quel sens donnez-vous à ce rassemblement de l'opposition, ce samedi, au parc des sports de Treichville ?

C'est la prise de conscience que l'opposition de son unité, de son rassemblement. Tous les partis politiques de l'opposition se rendent compte que si les Ivoiriens ne se mettent pas ensemble, la Côte d'Ivoire va connaitre de graves dangers qui nous guettent.

La seule chose qui peut nous épargner de ces dangers, c'est que l'opposition fasse son unité. Je pense que la quasi-totalité de l'opposition a pris conscience de cette unité.

Votre message à l'endroit des Ivoiriens à propos de ce meeting de samedi ?

Quand nous parlons de réconciliation, les élections y sont comprises. C'est-à-dire nous voulons aller à des élections dans des conditions paisibles et dans un environnement de réconciliation, de sécurité où personne ne se sentira menacé.

C'est pourquoi nous mettons en avant la réconciliation. Si les Ivoiriens veulent la paix, l'unité, la stabilité, il faut qu'ils viennent à ce meeting samedi pour le démontrer.

Il faut que les gens qui sont en face sachent que les Ivoiriens ne veulent plus de ce qui s'est passé en 2010.

Les Ivoiriens comprendront la nécessité de se rendre à ce meeting historique pour démontrer qu'ils veulent la réconciliation.

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