Afrique du Sud: Des Rwandais inculpés pour le meurtre d'un opposant en exil

communiqué de presse

La justice sud-africaine (National Prosecuting Authority, NPA) a émis des mandats d'arrêt à l'encontre de deux Rwandais accusés du meurtre du Colonel Patrick Karegeya, dissident rwandais qui a été retrouvé mort dans sa chambre d'hôtel à Johannesburg le 1er janvier 2014.

Au cours d'une enquête sur le meurtre de Patrick Karegeya qui a été ouverte cinq ans après le meurtre, le 16 janvier 2019, à Johannesburg, le magistrat Mashiane Mathopa a demandé pourquoi aucune arrestation n'avait eu lieu alors que les noms et les numéros de passeport de quatre suspects étaient connus de la police. D'après des reportages dans les médias, l'unité d'enquête spéciale d'Afrique du Sud a déclaré dans un témoignage écrit que le meurtre de Patrick Karegeya et les attaques contre l'ancien chef d'état-major de l'armée rwandaise, le général Kayumba Nyamwasa, « étaient directement liés à l'implication du gouvernement rwandais ».

De 1994 à 2004, Patrick Karegeya a dirigé les services de renseignement extérieur du Rwanda. Mais suite à un différend avec le gouvernement, il a été emprisonné deux fois, avant de fuir en Afrique du Sud en 2007. Il y a été rejoint par Kayumba Nyamwasa et, ensemble, ils ont fondé un parti d'opposition en exil, le Congrès national rwandais (Rwanda National Congress, RNC). Tous deux étaient des dissidents bien connus du gouvernement rwandais et du président Paul Kagame. Kayumba Nyamwasa a survécu à une tentative d'assassinat en Afrique du Sud en 2010.

Dans les jours qui ont suivi le meurtre de Patrick Karegeya, les autorités rwandaises se sont réjouies de son décès. La ministre des Affaires étrangères de l'époque Louise Mushikiwabo a twitté : « La question n'est pas de savoir comment vous commencez, mais comment vous finissez. Cet homme était un ennemi auto-proclamé de mon gouvernement et de mon pays, vous espérez de la pitié ? » Le ministre de la Défense James Kabarebe a déclaré : « Lorsque vous choisissez d'être un chien, vous mourez comme un chien. »

Paul Kagame n'était pas loin de cautionner le meurtre de Karegeya lors d'un discours public : « Toute personne toujours en vie qui pourrait conspirer contre le Rwanda, qui qu'il ou elle soit, en paiera le prix... Qui qu'il ou elle soit, c'est une question de temps. »

Les opposants rwandais reçoivent régulièrement des menaces, et les autorités rwandaises omettent bien souvent d'ouvrir des enquêtes ou d'identifier ceux qui émettent les menaces et commanditent les attaques et de les poursuivre en justice. L'initiative du ministère public d'Afrique du Sud d'engager des poursuites est une opportunité pour le gouvernement rwandais d'inverser cette tendance. Si le gouvernement n'a réellement rien à cacher, il devrait coopérer avec les autorités judiciaires sud-africaines et s'assurer que les accusés soient traduits en justice.

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