Sénégal: Enseignement des langues nationales - Un chercheur réclame une "référence bilingue nationale"

Dakar — Le linguiste Fary Silate Ka, de l'Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, a insisté samedi sur la nécessité de mettre en place au Sénégal "une référence bilingue nationale", à la place du système unilingue basé sur le français, pour améliorer l'enseignement des langues.

"Les autorités politiques et académiques doivent aujourd'hui réfléchir à la mise en place d'une référence bilingue nationale (... ) pour corriger certains dysfonctionnements liés notamment à l'arrimage, jusque-là, au français, concernant l'alphabétisation en langues nationales", a proposé le chercheur en linguistique de l'Institut fondamental d'Afrique noire (IFAN) de l'Université Cheikh-Anta-Diop.

M. Ka intervenait à un panel sur les langues nationales, à l'initiative du comité chargé des préparatifs de la célébration du cinquantenaire du Manifeste du PAI, le Parti africain de l'indépendance.

D'éminents spécialistes des langues nationales ont pris part au panel sur "les langues nationales dans le système éducatif : enjeux de développement".

"Le Sénégal regorge de ressources humaines de qualité pour réussir ce pari", assure Fary Silate Ka, proposant une "fédération" des structures actives dans la promotion des langues nationales, mais travaillant chacune sans concertation avec les autres.

M. Ka invite également le gouvernement à faire davantage d"'efforts" concernant le financement de l'alphabétisation.

Selon le linguiste, l'alphabétisation est un domaine "stratégique", un "enjeu national", raison pour laquelle son financement ne devrait pas être confié seulement aux organisations non gouvernementales, qui sont d'origine étrangère pour la plupart.

La maîtrise de la carte linguistique du Sénégal devrait faire l'objet d"'un mouvement (... ) national", a-t-il souligné, ajoutant que "l'alphabétisation est une question nationale". "Par conséquent, ajoute M. Ka, elle nécessite une étude sociolinguistique exhaustive."

Fary Silate Ka encourage les chercheurs à promouvoir la traduction, qui "enrichit la langue d'arrivée et, par la même occasion, permet de créer de nouveaux concepts".

Le président du comité national préparatoire du cinquantenaire du Manifeste du PAI, Moctar Fofana Niang, a parlé de la "refonte" du système éducatif sénégalais qui, à son avis, est le préalable à "une meilleure prise en compte des besoins nationaux du pays dans l'apprentissage".

M. Niang, chargé de la modération du panel, affirme que l"'école [sénégalaise] a propulsé une race de privilégiés et a aggravé la fissure dans la stratification sociale".

Le recours à une langue parlée par un petit nombre de Sénégalais a permis d"'exclure l'immense majorité de la population des décisions relatives à la véritable construction de la nation et du pays", a-t-il dit.

M. Niang a aussi soulevé les difficultés auxquelles sont confrontées l'édition et l'utilisation des résultats de la recherche sur les langues nationales.

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