Sénégal: Bandia - Boulimie foncière menaçant le tourisme intégré - Populations locales et hoteliers disent non aux déclassements des forêts

13 Septembre 2019

La localité de Bandia polarise l'opinion depuis plusieurs jours par les réactions de ses habitants, suite à la declassification d'une partie de la forêt affectée à des exploitants de carrière. Ils ne sont pas seuls dans le combat visant à sauvegarder les massifs et les versants des plateaux de Diass et de Thiès. Pour eux, la boulimie foncière prend des allures meurtrières et ils sont résolus à faire face à la dépravation de l'environnement et la dégradation des sites naturels par des acteurs.

Ainsi, les 236 hectares de terre attribués à une cimenterie de la place partent pour semer la discorde entre les populations locales et les exploitants industriels. Des hôteliers, par la voix de Doudou Gnagna Diop, un expert en tourisme durable, crient au scandale face à la dégradation de l'environnement qui résultera de l'exploitation des carrières par la cimenterie.

Abdourahmane Niang, le porte-parole des villageois de Bandia, dénonce la boulimie foncière sévissant de manière progressive dans leur environnement. A l'en croire, la démarche a reçu l'onction de l'Etat et a commencé par des agressions de la forêt de Bandia, concrétisées par des carrières grignotant 10 à 15 hectares. Les réactions d'alors ont été timides, car les populations voyaient cela comme une volonté de participer à la valorisation des terres. A son avis, des proportions alarmantes sont atteintes avec l'octroi de 236 hectares de terre aux Ciments du Sahel. Ils sont courroucés car un millier d'hectares de la forêt de Thiès sont déjà dans l'escarcelle des Ciments du Sahel, ainsi que 200 autres hectares de Tchiky.

Par contre, constate-t-il, seules 10 hectares ont été effectivement mis en valeur. Selon le porte-parole des habitants de Bandia, le processus remonte à 2002-2003. Ils sont résolus à se faire entendre pour une protection accrue de la forêt de Bandia, au même titre que d'autres espaces forestiers à l'image de Mbao. Pour Doudou Gnagna Diop, un des pères fondateurs de l'Organisme national pour le tourisme intégré au Sénégal (Onits), un investisseur et expert en tourisme durable, la situation de Bandia, déplorée, constitue une menace pour l'industrie touristique. Il relève que le parc de Bandia constitue une attraction et une source d'activités pour bon nombre de réceptifs hôteliers de la petite côte.

L'ouverture continue des carrières et le déclassement progressif de la forêt va impacter sur la faune et la flore, mais aussi sur le parc animalier. Pour le membre fondateur de l'Onits, les piliers du tourisme comportent des éléments comme l'attraction, l'accommodation, l'attractivité. Ils ne riment pas avec les carrières et leurs cortèges de mines et de gros porteurs perturbant les écosystèmes et dénaturant l'environnement. Dès lors, l'aspect attractif laisse la place à un spectacle répulsif offert aux visiteurs.

La conséquence va se faire sentir à l'échelle de l'industrie touristique, une des mamelles de l'économie du pays. Pis, souligne M. Diop, la situation est d'autant plus grave qu'avec ces cratères artificiels, les couches de terrains entaillés donnent un substratum affecté et un visage hideux à un environnement touristique pittoresque. Aussi prévient-il contre la mort programmée des domaines fluviaux et des massifs forestiers. Il invite les exploitants et les autorités de tutelle à trouver des gisements de béton dans des carrières loin des sites naturels et des lieux d'habitation, comme à Allou Kagne sur le plateau de Thiès.

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