Sénégal: Faible mobilisation des populations à la marche de la plateforme citoyenne hier, vendredi 13 septembre - «Aar li nu bokk» cherche son second souffle

14 Septembre 2019

La plateforme citoyenne "Aar Li Nu Bokk" a encore battu le macadam hier, vendredi 13 septembre, pour exiger la lumière sur le scandale autour des contrats pétroliers et gaziers. Toutefois, pour cette énième manifestation, Cheikh Tidiane Diéye, coordinateur de ladite plateforme et compagnie n'ont vraiment pas mobilisé du monde. N'empêche, les organisateurs disent poursuivre la lutte quel que soit le nombre de manifestants.

Prévue pour 15h, ce n'est que vers 16h30mn que la marche de la plateforme citoyenne "Aar Li Nu Bokk" a démarré, de la Place de la Nation vers le Rond-point de la Rts. En effet, après de longues minutes d'attente des manifestants qui se faisaient désirer, les organisateurs ont décidé de démarrer la marche, en dépit de la faible mobilisation. C'est l'activiste rappeur "Fou Malade" qui donnera le ton avec un slogan pour haranguer les quelques rares manifestants qui ont effectué le déplacement.

Tout en remerciant ceux qui ont répondu à l'appel de la plateforme malgré la fine pluie, il dira que ceux-ci sont ceux qui pensent à l'intérêt supérieur de la Nation. Sur les banderoles, on pouvait lire, entre autres, «Un peuple qui ne dit jamais non n'est pas victime, mais complice», ou encore, «Sunu pétrole, Sunu Gaz, Sunu Fer, Sunu Zircon».

D'autres y sont allés avec un jeu de mots du genre «Macky DèGaz». On pouvait voir aussi sur certaines banderoles un plaidoyer pour la libération du journaliste consultant Adama Gaye. Certains en tee-shirt noirs de Aar Mini Bokk, d'autres en gilets de couleur orange, même s'ils se réclament membres des "Gilets Rouges", les marcheurs ont scandé des slogans hostiles au régime en place. Chacun des responsables, ayant pris la parole, y est allé avec ses préoccupations de l'heure. Si Guy Marius Sagna de "Frapp France dégage" a demandé pourquoi le président Macky Sall n'a pas mis à la disposition des personnes vivant avec un handicap, au nombre de 800.000, plus que seulement 56.000 cartes d'égalité des chances, Abdourahmane Sow du COS M23, pour sa part, estimera que c'est le peuple sénégalais qui a des problèmes et non le gouvernement. Il trouve anormal que les gens ne sortent pas se mobiliser alors que les enjeux de cette lutte concernent l'ensemble des populations.

De son côté, le rappeur Thiat du mouvement "Y'en a marre" s'en est pris à Aliou Sall, frère du président, qu'il accuse d'avoir «volé le pétrole du pays», non sans accuser le président Macky Sall d'avoir utilisé la justice contre certains responsables. Même son de cloche pour le coordinateur de ladite plateforme citoyenne, Cheikh Tidiane Diéye qui a dit que l'idée est de faire entendre au régime le message de la détermination du peuple. Il s'agit, à son avis, de faire comprendre au régime de Macky Sall que quel que soit ce qu'il fera en termes de «dilatoire judiciaire», le combat se poursuivra. S'en prenant au procureur de la République, notamment la procédure choisie, il dira que "Aar Li Nu Bokk" n'attend pas grand-chose de sa procédure.

Par ailleurs, la faible mobilisation des populations n'a pas semblé décourager les organisateurs. Le coordonnateur a fait entendre que la plateforme manifestera «peu importe le nombre de Sénégalais qui sortiront». Lui et ses camarades promettent de faire en sorte que les Sénégalais parlent toujours de cette affaire et que la transparence soit de rigueur pour qu'enfin, ceux qui ont été coupables de prévarication, de corruption ou de délits différents rendent compte devant les juridictions «totalement indépendantes».

Pour autant, d'autres créneaux sont utilisés, selon lui, pour faire comprendre aux Sénégalais que cette affaire est encore en cours et que les populations devraient s'en préoccuper. Il n'a pas manqué d'informer qu'au niveau des Etats unis d'Amérique, la procédure en cours a bougé au cours des dernières semaines et pourrait conduire très bientôt à quelque chose de saisissant. A noter que la marche a été faite sous le regard vigilant des forces de l'ordre qui ont déployé un important dispositif sécuritaire pour encadrer la manifestation.

REACTIONS... REACTIONS... REACTIONS...

OUSMANE SONKO, LEADER DE PASTEF : «La priorité du Sénégal n'est pas qui doit être le chef de l'opposition»

«Ceux qui se sont mobilisés aujourd'hui ont montré qu'ils savent ce qui est la priorité du Sénégal. La priorité du Sénégal n'est pas qui doit être le chef de l'opposition et ce qu'on doit lui donner, ce n'est pas non plus qui et qui doivent être dans la même école. La priorité du Sénégal, ce sont les ressources naturelles que nous a accordées Dieu et dont un groupuscule s'est accaparé, depuis les indépendances à nos jours, alors que cela pouvait régler nos problèmes. Tant que cela n'est pas banni au Sénégal, nous allons toujours changer de régime, sans développer le pays.

Malgré la pluie et les obstacles, vous êtes venus. S'il plait à Dieu, nous allons gagner ce combat. Car, depuis qu'on a initié ce combat, ils ont essayé d'allumer des contre-feux. Cette polémique de ces jours n'a pour objectif que de divertir le mouvement et l'essouffler. Mais, le mouvement est encore bien vivant. Nous avons lu un article ce matin (Ndlr : hier vendredi) de Africa Intelligence qui dit que Cosmos a vendu 20% sur les 30% qui lui restait de notre pétrole à une compagnie nationale du nom de Abu Dhabi. C'est ainsi qu'ils font en revendant notre pétrole de compagnie à compagnie, depuis PetroTim, en passant par Timis, Cosmos, Bp, maintenant ils sont à Abu Dhabi. Personne ne sait combien de milliards le Sénégal a perdus et on n'y gagne même pas ce qu'il fallait en terme d'impôts».

ABDOURAHMANE SOW, COORDONNATEUR DE COS M23 : «Nous devrions faire une introspection au niveau de Aar Li Nu Bokk»

«A l'origine, les manifestations étaient pour motiver l'action judiciaire de la part des autorités sur la problématique relative à Petro Tim, Aliou Sall, Franck Timis, etc. Malheureusement, nous constatons que de plus en plus, le peuple ne colle plus comme à l'entame. Ce qui voudrait dire que nous devrions faire une introspection au niveau de "Aar Li Nu Bokk" pour voir la forme organisationnelle et l'approche par rapport au contexte. Par ailleurs aussi, interpeller le citoyen sénégalais par rapport à l'importance du débat.

Les gens sont chez eux en train de boire du thé, alors que nous sommes là en train de porter un combat dans le cadre de l'intérêt général. Donc, autant les populations qui revendiquent avec fierté un certain événement du 23 juin que les acteurs que nous sommes, nous devons tous faire une introspection par rapport au résultat obtenu, par rapport à notre engagement pour renforcer la dynamique citoyenne et continuer le combat».

BARTHELEMY DIAS, MAIRE DE MERMOZ SACRE CŒUR «Que les Sénégalais soient définitivement conscients que ceux qui nous gouvernent sont en train de brader leur avenir»

«Je vous félicite, vous de la plateforme "Aar Linu Bokk", tout en encourageant le peuple sénégalais qui a effectué le déplacement. J'encourage aussi ceux qui sont toujours chez eux et qui pensent certainement qu'il n'est pas encore le moment. Mais, il faut que vous sachiez que l'objectif est atteint parce que vous avez réveillé le peuple sénégalais sur un seul fait : c'est-à-dire qu'ils savent qu'ils sont en train de brader les ressources naturelles du pays. Il ne faut surtout pas faiblir.

C'est un combat qui ira à un autre niveau. Nous ne recherchons pas une immense foule, même si c'est important. Ce que nous recherchons, c'est que les Sénégalais soient définitivement conscients que ceux qui nous gouvernent sont en train de brader leur avenir. Ce que nous voulons, c'est que le président Macky Sall renégocie les contrats pétroliers et gaziers. On est en train de parler de 10 puits de pétrole et de gaz. Les 6.000 milliards bradés ne concernent que 2 puits. Pourquoi le président ne veut pas renégocier les contrats ? C'est parce qu'il est dans une logique de 3ème mandat».

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: Sud Quotidien

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.