Burkina Faso: Lutte contre le terrorisme - La bataille de Djibo est-elle perdue ?

Pas bonnes ! Les informations en provenance du front ne sont vraiment pas bonnes. 2019 sera-t-elle l'année la plus horrible depuis que notre pays est en proie à des attaques terroristes dont la récurrence et l'étendue interrogent aussi bien sur les visées réelles de leurs auteurs que sur la capacité véritable du Burkina Faso à faire face à l'ennemi ?

Alors que les Burkinabè sont encore écartelés entre stupéfaction et interrogation suite à l'attaque contre le détachement militaire de Koutougou le 19 août dernier, la plus meurtrière jamais enregistrée par notre armée, alors qu'ils sont toujours sous le choc du dimanche sanglant du 8 septembre passé où, d'abord à Barsalogho, une quinzaine de personnes ont été déchiquetées lors du passage d'un camion de transport sur une mine artisanale, et ensuite à Kelbo, où quatorze autres ont été massacrées dans l'assaut contre un convoi de vivres, les voilà subitement assommés par des nouvelles alarmantes.

Au début, d'aucuns ont cru à une mauvaise blague, une « Fake new », pour faire dans le jargon des médias sociaux. A tort.

Aussi invraisemblable qu'il puisse paraître, le fait est cruellement avéré : face aux incursions répétées des terroristes, les policiers du commissariat de Djibo, dans le Soum, épicentre du péril djihadiste, ont abandonné leur poste. Ils ont levé le camp avec armes et bagages.

Les uns, au moyen de leurs engins personnels, les autres, à bord des transports en commun. Le premier groupe est arrivé à Ouagadougou dans la nuit du vendredi 13 septembre.

Il s'agirait là d'un « repli tactique », selon la direction générale de la police nationale, interrogée par notre confrère « Radio Oméga ».

On veut bien y croire. Mais selon une autre source sécuritaire, cette débandade est plutôt dictée par la levée des positions militaires dans la zone, ce qui laisse le commissariat à la merci des groupes armés.

Une version corroborée par l'UNAPOL, syndicat de la police, qui pointe du doigt un équipement « inadapté en zones de guerre » et le refus « d'une certaine hiérarchie militaire » de voir les flics dotés d'armes de combat dignes de ce nom. Indécente querelle de corps s'il en est.

Faut-il donc pour autant passer les « poulets » de Djibo au fil de l'épée pour désertion en temps de guerre ? Gardons-nous de toute sentence sans appel.

Car si c'est vrai que les militaires eux-mêmes ont quitté leurs positions dans ce foyer incandescent de la guerre asymétrique, ce ne sont pas les pauvres policiers qui tiendront à eux seuls cette partie du pays où les terroristes se pavanent comme en terrain conquis.

Cet abandon de position consacre-t-il la chute de Djibo ? Nous osons croire que tel n'est pas le cas. Mais ce ne sont pas les populations du Soum, qui ne savent plus sous quels cieux se mettre à l'abri des exactions terroristes ni à quelle sécurité se vouer, qui diront le contraire.

Ni le caractère asymétrique de la guerre ni la nature protéiforme de l'ennemi ne saurait expliquer à eux seuls la propagation de cette insécurité endémique.

Mais qu'est-ce qui ne va pas ?

Début de réponse après l'attaque du détachement militaire de Koutougou.

En effet, suite à cet événement, des soldats du camp Guillaume ont laissé éclater leur colère face aux conditions dans lesquelles ils évoluent au niveau des théâtres d'opérations.

La rencontre qu'ils ont tenue par la même occasion avec la hiérarchie militaire a fait ressortir des informations qui font froid dans le dos : insuffisance de l'armement, déficit du stock de munitions, retard dans le versement des primes, dysfonctionnement dans le renseignement opérationnel.

Quand est-ce qu'ils vont se bouger le cul, pour emprunter au parler grivois des casernes, afin de soigner l'armée de cette gangrène et de donner la réplique adéquate à cette vermine terroriste ?

Mais qu'est-ce qu'il fout, le «Chériff national», toujours tout de blanc vêtu dans un pays pourtant en guerre ?

Mais qu'est-ce qu'il fout, le chef d'état-major général des armées, le général Moïse Minoungou, face à ces multiples coups de boutoir portés sans cesse contre la Grande Muette ?

Mais qu'est-ce qu'ils foutent, tous ces officiers bardés de galons jusqu'aux mâchoires et de décorations jusqu'aux genoux qui, au lieu de se rapprocher de la ligne de front aux côtés des «jeunes gens», préfèrent le confort douillet des bureaux climatisés de Ouaga pendant que l'intégrité du territoire national est en jeu ?

On ne leur demande pas de monter, baïonnette au canon, à l'assaut des forces du Mal. Mais d'être suffisamment proches de leurs hommes comme l'exige le métier des armes.

Autant c'est au pied du mur que l'on reconnaît le maçon, autant c'est au contact du feu que l'on reconnaît le vaillant chef militaire.

C'est à l'épreuve du feu qu'Eisenhower, Patton, MacActhur, Montgomery, Rommel, Pétraeus, pour ne citer que ceux-là, ont conquis leur grande renommée.

Alors, face au péril qui guette la nation, il est grand temps que le chef suprême des armées, le président Roch Marc Christian Kaboré, renvoie le commandement militaire aux fondamentaux de la guerre, soit-elle asymétrique.

Avant que son pays soit considéré comme le ventre mou du G5 Sahel en passe de s'élargir à tout l'espace ouest-africain comme l'a prévu la CEDEAO lors de son Sommet extraordinaire qui vient de se tenir à Ouagadougou.

C'est le lieu, soit dit en passant, de saluer l'adoption, par les chefs d'Etat, d'un plan d'action 2020-2024 d'un milliard de dollars pour la lutte contre le djihadisme.

Mais s'il faut louer cette initiative communautaire de financement de la sécurité dans la sous-région, il ne faut surtout pas perdre de vue les impératifs tactiques et stratégiques que requiert la lutte contre le terrorisme.

De même que l'engagement réel des pays membres. Car si c'est vrai que tous ces Etats dorment sur la même natte que convoite le terrorisme, font-ils pour autant le même rêve ?

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