Burkina Faso: Militaires et soldats radiés - Tirs de barrage contre l'aide du gouvernement

Les policiers et militaires radiés ont craché sur les 2 milliards de FCFA proposés par le Haut Conseil pour la réconciliation et l'unité nationale à titre d'aide à la réinsertion sociale.

Les ex-hommes de tenue, mettant sur la table leur réintégration dans l'armée, ont tout simplement quitté la salle du CENASA où se tenait la rencontre. La réunion, qui a fini en queue de poisson, a eu lieu le 13 septembre 2019.

La énième rencontre entre le HCRUN, les policiers et militaires radiés ou révoqués s'est déroulée, sous très haute sécurité dans la salle polyvalente du Centre national des arts du spectacle et de l'audiovisuel (CENASA).

Il fallait passer deux niveaux de sécurité en se faisant fouiller minutieusement par les policiers armés. Une fois à l'intérieur, des agents étaient postés à gauche, à droite, en haut et en bas pour que rien n'échappe à leur vigilance.

En face du présidium, qui était composé de 3 membres du HCRUN, il y avait ces nombreux radiés ou révoqués venus écouter et se faire entendre également, et à gauche les journalistes.

Le président du HCRUN, Léandre Bassolé, prend alors la parole pour rappeler que dans le processus de résolution des dossiers, son institution s'est chargée du traitement de 5 065 dossiers y compris celui qui les a réunis.

Dans le processus d'examen des différends, ils se sont appropriés non seulement les conclusions du Collège des sages mais aussi celles sans complaisance de la Commission de réconciliation nationale et des réformes.

« Le HCRUN a pris la relève de ces deux structures et se doit de par sa mission de créer les conditions favorables à la réconciliation nationale», a-t-il dit, invitant le conseiller chef du programme d'indemnisation et de répartition au sein du HCRUN, Sy Traoré, à livrer la teneur du décret du 07 août 2010 portant octroi d'une aide spéciale à la réinsertion sociale des militaires radiés et des fonctionnaires de police révoqués suite à la mutinerie de 2011. (Voir Encadré).

Après la lecture du décret, place à la phase des questions- réponses, qui a permis à 32 inscrits d'interagir avec les membres du HCRUN.

Au fur et à mesure, le maître de cérémonie recensait et donnait la parole. Certains intervenants étaient trop longs, et le MC intervenait, par moments, afin d'éviter les développements, puisque les échanges devaient durer 1h 30 mn chrono. Bouda Lamine, un ancien militaire, prend la parole et demande dans la foulée une minute de silence pour les soldats tombés au front.

L'assemblée se met donc debout. « Nous voulons savoir si ces propositions sont du HCRUN ou du gouvernement ; pensez-vous à nos frères qui tombent au Sahel ?

Qu'allons-nous devenir avec ces sommes que l'on nous propose au détriment d'une réintégration qui va mieux nous profiter ?»

Voilà en substance les questions qui ont été posées, sur un ton colérique et dans un français parfois approximatif, aux responsables de l'institution de médiation et de réconciliation.

Tout allait bien jusqu'au moment où un ex-policier prend le micro et marque son désaccord quant aux propositions. Il invite alors ses collègues à quitter illico presto la salle.

Certains militaires font ce qu'il dit. Il est 10 h 32 mn quand la salle se vide d'au moins 2/3 des anciens FDS. Un participant remonté nous explique son cas sous le hall de la salle polyvalente. Selon cet ancien militaire du 32e RIC de Fada N'Gourma, Bénao Mesmin, il a été radié dans des conditions floues.

« Je n'étais pas à mon poste quand la nouvelle est tombée puisqu'étant allé voir mon père malade.

Je n'ai jamais été inquiété ni par la Gendarmerie ni par la Justice. Je ne sais pas ce qu'on me reproche après 23 ans de service. Ma retraite était prévue normalement pour 2023.

Je lance alors un cri du cœur pour que nous puissions rentrer dans nos droits, notamment les indemnités, les primes d'installation en plus, bien sûr, de l'argent qu'on nous propose.

Pour ceux qui ont été jugés et condamnés, cela peut se comprendre, mais quand tu n'as rien fait, c'est vraiment difficile de subir une telle injustice », a déploré l'ex-sous-officier.

Selon les dires du porte-parole des policiers révoqués, il refuse la proposition du HCRUN puisque la justice n'a pas été dite et le processus de réconciliation a été mal entamé. «

Notre souci, c'est de plaider pour que l'Etat nous aide à donner le meilleur de nous-mêmes aux côtés de nos frères d'armes qui sont sur les fronts où dans des ministères. On est plus de 700 personnes prêtes. L'argent c'est bien mais après, quand il finira, qu'allons-nous devenir ?

L'ex-sergent-chef de l'armée de l'air Salam Ouédraogo a affirmé qu'il ne peut refuser une aide dans le cadre de la réconciliation. « Je n'ai pas été condamné. Cela fait 8 ans que nous luttons sans être parvenus à obtenir gain de cause. Je suis partant pour l'aide sociale et la formation.

Si plus tard, on peut apporter notre contribution à la restauration de la paix, à la construction de notre pays en tant qu'anciens militaires, on reste disponibles. C'est devenu une question de choix à présent », a-t-il conclu.

Après la phase des questions, le président du HCRUN, Léandre Bassolé, a rappelé que le HCRUN est la seule institution qui reste de la Transition politique.

« Notre priorité est d'œuvrer à la réconciliation, à l'unité nationale qui favorisent notre développement. Les dossiers doivent servir d'adjuvants, moyens de pousser tout le monde à une union qui dure.

On ne peut pas nous confondre à la justice classique avec des avocats, etc. Nous travaillons avec le gouvernement et toutes les autres parties », a-t-il argumenté, ajoutant que les propositions du HCRUN ne sont pas contraignantes et qu'elles prennent en compte d'autres parties prenantes au dossier.

« On en a fait la sommation afin de trouver un équilibre ne laissant personne au bord de la route. Chacun peut choisir de retirer son dossier et d'aller se faire entendre ailleurs ».

Les propositions du HCRUN

Sur rapport du ministère des Finances, le conseil des ministres, entendu en sa séance du 3 juillet 2019, décrète.

Article 1 : « Il est octroyé à chacun des militaires radiés suite aux mutineries de 2011 dont la liste avalisée par le HCRUN est jointe à l'annexe 1 (tous les militaires ayant subi une peine privative de liberté allant de 3 mois ferme, de 18 mois avec sursis en montant) une aide à la réinsertion sociale d'une valeur de 1 500 000 F CFA.

On parle de la liste avalisée qui a été reversée par la Justice militaire que dirigeait le Colonel Sita Sangaré », a expliqué le conseiller chef du programme d'indemnisation au sein du HCRUN, Sy Traoré.

Selon la teneur de l'article 2, Il est octroyé à chacun des militaires radiés et des fonctionnaires de polices révoqués suite aux mutineries de 2011 dont les listes avalisées par le HCRUN sont jointes en annexe 2 une aide à la réinsertion sociale d'une valeur de 3 millions 500 000 F CFA. Cela pour les militaires qui ont été acquittés, relaxés, concernés par un non-lieu et les 410 qui ont été l'objet de rien.

Quant à l'article 3, il indique que ces aides sont destinées à créer des activités génératrices de revenus.

« L'aide sera gérée par un Fonds qui sera créé. Elle va permettre de payer les bénéficiaires par virement bancaire, chèque ou remise aux ayants droit selon les modalités fixées par le MINEFID.

Les sommes sont payables au Trésor. L'aide est versée en règlement de tout compte et contentieux après signature d'un document d'engagement qui sera disponible au niveau du comité de paiement.

Les policiers et militaires qui le désirent (article 2) bénéficieront d'une formation professionnelle adaptée à leur niveau dans un centre de formation.

Les candidats s'adresseront après encaissement de l'aide au HCRUN qui en transmettra la liste au ministère de la Jeunesse », a poursuivi M. Sy, indiquant qu'ils avaient eu un entretien avec le MINEFID qui a proposé d'être opérationnel à compter de la première semaine du mois d'octobre, le temps de créer le compte, de l'alimenter (avec 2 milliards 600 000 F CFA), de confectionner des chèques spéciaux.

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