Congo-Kinshasa: Guitariste accompagnateur de haute facture - Brazzos raconte sa vie, son parcours jusqu'à la table ronde de Bruxelles

Agé aujourd'hui de 85 ans, Brazzos figure pas bien connue de nouvelles générations de la musique congolaise, compte parmi les guitaristes qui ont écrit en lettres d'or l'histoire de la musique congolaise. Il se fait qu'à ce jour, il a des soucis de santé.

Il a joué aux côtés de tous les grands musiciens de renom de notre pays. Et pour la postérité, nous le remettons en selle, à travers l'article ci-dessous qui est en fait un entretien, à bâton rompus, qu'il a eu avec le journaliste Maurice BAKEBA, en 2006. Ce clin d'œil intervient dans un contexte où cette légende de la rumba traverse le pire moment de son pèlerinage sur la terre. Brazzos dont il est question, est presque mourant, abandonné sur le lit de l'hôpital à Kinshasa.

Je m'appelle Muangu Armando Brazzos. Muangu c'est un nom que j'hérite de mon grand-père, Brazzos est mon pseudonyme. C'est un sobriquet qui m'avait été collé par M. Bill Alexandre, un guitariste belge. Celui-ci a appris à jouer à la guitare auprès de M. Django Rheinardt qui fut à mon avis parmi les meilleurs guitaristes de la planète. Il possédait une grande vitesse d'exécution qui est restée inégalable.

Bien que victime d'un accident de circulation au cours duquel, il a perdu quelques-uns de ses doigts mais avec les deux qui lui sont restés, Django a continué à jouer normalement. Je suis, en fait, de son école à travers son disciple Bill Alexandre, mon maître.

Début dans la musique

Je suis un natif de Kinshasa. J'ai vu le jour le 21 avril 1934. Mon père à l'époque, ouvrier aux huileries du Congo Belge (HCB) habitait le camp HCB où nous vivions méli-melo avec des Ghanéens ou Coastmen dont certains parmi eux étaient guitaristes.

J'ai débuté mes études chez les Protestants où j'avais comme condisciple Bula Mandungu et Philémon Mpeti, un ancien joueur de V.Club. Ensuite un jour pour une question d'indiscipline, je suis allé chez les salutistes où je suis resté jusqu'au niveau de la 6ème année primaire. De là, je me suis inscrit à l'école moyenne au Collège St. Joseph, d'où je fus par la suite renvoyé au motif d'avoir joué la guitare que j'avais cachée derrière la procure, en compagnie de quelques amis. C'était au cours de la récréation. Le père Zora, chargé de discipline, nous avait alors surpris. Je me trouvais en 2ème moyenne, presque à la fin du cycle. Mes amis avaient été pardonnés à la suite de l'intervention de leurs parents. Mais craignant la fureur de mon père qui n'entendait pas me voir musicien, je n'avais même pas osé lui faire part de ce cas. C'en était fini pour moi avec le St. Joseph. Ma guitare n'avait jamais franchi le seuil de la maison familiale. Elle était conservée chez les amis dont les parents étaient moins regardants.

Au cours de cette année, mon père fut permuté à Tshysville (Mbanza-Ngungu) à partir d'où il m'envoyait mensuellement 500 francs pour ma survie. Je me suis organisé à partir de cette bourse pour me rendre à la colonie scolaire de Boma où les choses n'avaient pas non plus marché, et mon oncle, menuisier au petit séminaire de Kangu au Mayumbe m'y a inscrit. Là non plus cela n'avait pas été facile. Je serai chassé pour turbulence. Nous sommes en 1951. Je rentre en Kinshasa. Je sollicite un emploi à l'Otraco (Onatra). On m'engage à l'issue d'un test. Mais c'était pour moi un poste à Stanleyville (Kisangani). J'ai 17 ans. Mon père s'oppose. Je tente une autre occasion au Bâtiment administratif (Fonction publique). Je suis engagé après un test concluant auquel avait participé une centaine de postulants. J'ai été classé 1er avec comme poste d'attache à la STA (Société de transport automobile)

De l'administration à la musique

Me connaissant déjà Joseph Kabasele m'a intéressé à la création de la maison d'enregistrement phonographique appelée, CFA (Compagnie d'enregistrement folklorique africain). Aussitôt, le contrat d'exclusivité signé, on me remet une enveloppe de 5.000 Fc contre 1.200 F que je gagnais à la Fonction publique où je n'ai presté que durant trois ans. Toucher 5.000 F à l'époque coloniale était un pactole. Et sans crier gare, je suis parti. Mais cela m'a valu des problèmes. Je fus poursuivi. Et arrêté pour non-respect de contrat. M. Laets, mon nouvel employeur est intervenu. Je fus relâché. Chez CFA, j'ai trouvé Vicky Longomba, Roger Izeyidi Monkoy, Augustin Monyanya Roitelet. C'est dans cette maison d'édition que je fis la connaissance du maître qui m'a appris les accords de la guitare en sachant exploiter toute la manche de la guitare pendant que nous n'étions limités à jouer qu'à deux temps. Ayant constaté que j'avais été le seul à assimiler la matière, Bill Alexandre m'a alors collé le sobriquet de Brazzos qui signifie à peu près ceci : Bras-aux-os qui retiennent vite. Malheureusement, CFA vendra ses actions à la maison Ecodis. Nous sommes en 1954. Celle-ci ne gardera comme employé que Izeyidi Monkoy qui sera nommé directeur commercial. Me trouvant sans emploi, j'ai renoué avec l'administration à la « Boulonnerie de Léo » où j'avais été appelé à exercer des fonctions qui ne correspondaient pas avec mes aptitudes.

Brillant passage dans l'OK Jazz !

N'acceptant pas de nous voir produire, ailleurs que « Loningisa », Papa Dimitriou nous a rappelés à l'ordre. Entre-temps, Franco, Essou, Rossignol Edo Nganga évoluaient chez OK Bar, dans un groupe qui n'avait pas de nom en étant sous la coupe de Papa Dimitriou. Je suis allé rejoindre ce groupe où nous jouons à tour de rôle avec Dewayo, et De la lune et Roitelet à la contre basse

Vint alors la création d'une nouvelle maison appelée Esengo appartenant à Papa Dopoulos Antonopoulos (ndri Quo Vadis). Tout le groupe s'est retrouvé dans cette maison d'édition. Nous avions mis à profit la petite liberté que nous avions avec ce nouveau patron pour conclure un contrat de production de trois mois, à Brazzaville auprès de Macedo. Nous évoluons, le mardi, jeudi, samedi et dimanche. Néanmoins, nous revenions à Kinshasa, les samedis et dimanches pour des concerts en matinée chez Ok bar et Quist. Nous trouvant, un avant-midi de samedi chez Ok bar, on s'est mis à débattre sur le nom à donner au groupe. C'est alors qu'est intervenu le propriétaire du lieu qui s'appelait Oscar Kashama qui nous fit la proposition du nom de Ok Jazz. Et le débat fut clos. L'inauguration du nom de ce groupe eut lieu au Home-de-Mulâtres (Croisement Kasa-Vubu-Ruakadingi). Notre contrat avec Macedo à évolué jusqu'au jour où il nous a acheté des instruments. Dans le lot s'est trouvé un amplificateur appelé Steamer qui possédait un vibrateur. Lorsqu'au cours du concert arrivait le moment de l'animation « sebene », Franco me clignait de l'œil pour activer le bouton qui n'était connu que de nous deux. Et cela à créer un rythme ensorcelant. Avec l'OK Jazz, nous avions récolté un succès fou. C'était en 1957.

Nous produisant un jour chez Quist. Nous avions vu entrer Isaac Musekiwa en compagnie de son saxophone. Il nous a demandé, s'il pouvait nous accompagner. Demande acceptée. Mais alors, il nous a tellement épatés, et le public mêmement, à telle enseigne que nous avons demandé de nous accompagner à Brazzaville où également le succès fut pareil. A cette époque, le groupe était composé de sept personnes et il est devenu, le huitième musicien. C'est Kabasale qui l'avait amené, de Lubumbashi à Kinshasa. Mais leur rapport n'a pas vécu longtemps.

L'African Jazz était notre plus grand concurrent. Ce groupe avait signé un contrat avec le magasin Sarma Congo qui détenait aussi le bar Mexico, à côté du marché central. L'orchestre se produisait tous les jours ouvrables à 15 h 00. Il faisait un plein terrible avec toutes les mamans commerçantes et les fonctionnaires qui revenaient du service.

Pendant ce temps, non loin de là au Congo bar, où nous nous produisons, c'était le vide. Les amis ont cherché à trouver un féticheur. Je me suis opposé en proposant que l'on trouve une stratégie. J'ai proposé de nous éloigner de Kinshasa. L'éditeur a accepté la proposition de nous acheter les billets par bateau pour Kisangani. Mais au moment où nous apprêtions le voyage Franco s'est fait arrêté pour avoir conduit son vespa sans permis.

Il est emprisonné pour deux mois. Au cours de ce déplacement nous avons joué dans plusieurs villes de l'arrière-pays. Plus tard Franco nous a rejoint à l'étape de Bumba, dans la province de l'Equateur et nous avions progressé jusqu'à Coquilhatville (Mbandaka), le chef-lieu. Nous avions au cours de ce voyage composé plusieurs chansons. Rentrés à Kinshasa, nous avions récolté un franc succès.

Artisan majeur de la chanson « Indépendance tcha tcha »

A la veille de l'indépendance, 1958-1959 au moment où je travaillais à la Bralima, Kabasele est venu me contacter pour me demander de faire partie d'un orchestre sélectionné qui devait jouer à la Table-ronde politique de Bruxelles. Pour l'OK Jazz, il n'y avait que moi Brazzos et Vicky Longomba qui avaient accepté la proposition faite par Thomas Nkanza à partir de la Belgique. Les autres musiciens même ceux de l'African Jazz avaient décliné l'offre exigeant avant, le cachet.

Le groupe était constitué. Mais il manquait un bassiste et un batteur. Depuissant ayant décliné l'offre. On a fait appel à Petit Pierre qui n'était qu'un installateur, tout en complétant par moment le vide de Depuissant. On décide de le prendre. Mais vu son âge mineur. M. Tordeur, maire de la ville de Kinshasa, exige l'autorisation parentale, qui fut par la suite obtenue.

Mais sur place à Bruxelles, il s'est posé un problème, l'absence du bassiste. Il y avait Déchaux et moi, comme guitariste rythmique. J'ai dû alors combler le vide du bassiste. Au nombre de sept, nous avions fait un succès sans précédent et enregistré des chansons qui font fureur jusqu'à ces jours. Nous avions à cette occasion fait le tour d'Europe.

Après notre retour, Kabasele a commencé à se désintéresser de son groupe, préférant plus passer ses journées en compagnie du politicien Kashamura. C'est alors que Nico Kasanda eut l'idée de créer l'African Jazz aile Nico.

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