Ile Maurice: Victoria - enn dernié régar lor lagar...

15 Septembre 2019

La gare Victoria n'est plus. Plus de tricycle, plus de glaçon râpé, plus de marchands de fruits, de brioches ou encore de mines à Rs 50 servi dans des sacs en plastique. C'est la fin d'un temps.

Les vieux souvenirs cèdent leur place au métro, notamment. La gare Victoria devient le Victoria Urban Terminal. Hier, samedi 14 septembre, la tristesse, la nostalgie étaient palpables. C'est un pan de notre histoire auquel les Mauriciens ont dit au revoir.

L'incompréhension se lit sur les visages. La gare Victoria - que l'on pouvait il y a quelque temps encore comparer à une ruche - est déserte, elle n'existe plus, pas telle qu'on la connaît. Certains sont déboussolés. Des dames avec de gros «tant bazar» marchent en regardant autour d'elles, l'air effaré. «Kot bizin al pran bis la misié?» Le chef de gare dit avoir entendu cette question plus d'une centaine de fois depuis le matin. Même les chauffeurs d'autobus sont perdus.

«Pa fasil, mari kafouyaz», avoue Amyaz Korrimboccus, receveur. Cela fait 11 ans que les allers-retours à la gare Victoria font partie de son quotidien. Il s'est lié d'amitié avec les commerçants, des inconnus, ils sont devenus amis. Des sourires ont été échangés, des dialogues partagés et c'est avec tristesse qu'Amyaz dit en regardant dans le vide que «tou inn fané aster, inn al partou-partou». Sous les abribus temporaires longeant la troisième voie de l'autoroute M1, c'est le «talk of the town». Certains parlent d'évolution, d'autres de destruction.

Pourquoi ? Ki pou arivé la? Les questions fusent. Laval Evariste se gratte la tête. Cet homme de 63 ans, assis près des anciennes toilettes publiques, photographie presque du regard, à travers ses lunettes de soleil, cet endroit devenu désert. Quand il rentrera chez lui à Beau-Bassin, dans la soirée de ce samedi, ce sera avec le coeur lourd. Car, durant toute sa vie, la gare Victoria «ti [mo] plas kas poz sa». Des souvenirs sur cette bordure en béton, il en a des tonnes. Comme Amyaz, il s'est fait des amis sur cette gare. «Kan mo sorti bazar, travay, lamer, toulétan mo vinn asiz la mo koz ek bann kamarad, mo get lé pasan, mo réflesi. La pa koné ki sa pou devini la... »

Plus loin, la nostalgie cède la place aux bruits de démolition. La foire n'existe plus. L'image est celle d'un cyclone qui aurait tout ravagé sur son passage. À la place des marchands, clients, des montagnes de détritus. Il a fallu plier bagage rapidement, l'échéance pour quitter les lieux étant arrivée à terme en fin de semaine.

Yaseen Maudarbocus a passé trois ans de sa vie là. C'est avec tristesse qu'il récupère, avec des membres de sa famille, les morceaux de bois et de tôle avec lesquels il avait construit son échoppe. Ses parents étaient des commerçants aussi. La gare Victoria était sa deuxième maison. «Dépi mo dan vant mo mama mo lor lagar Victoria. Mo lanfans inn pas-la, mo'nn maryé mo ti la-mem», raconte cet homme de 27 ans, ému.

D'autres commerçants et passants parlent, eux, d'«assassinat» de cette «ville piétonne» et s'inquiètent pour l'avenir. Tandis que d'autres disent simplement au revoir au passé, en lançant enn dernié regar lor lagar...

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