Afrique de l'Ouest: Conclusions du sommet de la CEDEAO à Ouagadougou sur le terrorisme - Pourvu que les fruits tiennent la promesse des fleurs

Le sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO
15 Septembre 2019

La quasi-totalité des chefs d'Etat de la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) se sont retrouvés à Ouagadougou, le 14 septembre dernier, pour une rencontre au sommet élargie au Tchad, au Cameroun et à la Mauritanie, afin d'œuvrer collectivement pour stopper le phénomène du terrorisme et son corollaire de crise humanitaire qui sévissent partout, mais surtout dans la partie sahélienne de la sous-région.

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il en est sorti un catalogue de très bonnes résolutions, qui attendent d'être entérinées par le prochain sommet qui se tiendra à Abuja en décembre prochain, mais aussi par l'Union africaine et l'Organisation des nations unies (ONU) dont les concours ont été expressément sollicités dans cette lutte sans merci contre le terrorisme transfrontalier.

D'ores et déjà, on sait que les chefs d'Etat présents à Ouagadougou ont lancé un appel à la mobilisation de ressources internes à hauteur d'un milliard de dollar sur une période de quatre ans afin de pouvoir faire face aux contraintes financières liées, entre autres, au déploiement annoncé de la force en attente de la CEDEAO sur les différents théâtres d'opération.

Et comme dans ces pays en crise, l'argent se fait de plus en plus rare, la CEDEAO a sollicité pour ainsi dire la bienveillante compréhension du FMI et de la Banque mondiale au cas où les fonds d'investissement alloués par ces bailleurs seraient utilisés pour renforcer les systèmes de sécurité des pays de la ligne de front notamment.

L'espoir se lisait sur les visages samedi dernier à la clôture du sommet, car face à l'urgence et à la gravité de la situation sécuritaire dans l'espace sahélien, on voit mal les institutions de Breton Woods et les grandes puissances faire grise mine à la présentation de la doléance, en septembre prochain, aux Nations unies.

On peut être optimiste et espérer que la tendance actuelle sera inversée

Dans la foulée, la CEDEAO introduira une autre requête demandant à l'ONU de muscler le mandat de la MINUSMA afin de permettre aux Casques bleus en mission au Mali, de passer à l'offensive et de démanteler le cas échéant les niches des groupes terroristes qui se sont accrues de manière exponentielle ces trois dernières années.

Pendant ce temps, les forces armées du Mali, du Burkina et du Niger mèneront des opérations conjointes dans ce qu'il convient désormais d'appeler «le triangle de la mort », c'est-à-dire au niveau des frontières des trois pays.

Toutes ces conclusions sont bien belles et tranchent avec la langue de bois qui est habituellement utilisée dans ce genre de conclave, et la CEDEAO semble cette fois-ci pointer un doigt accusateur sur tous ces pays qui, par leur passivité, leur indifférence ou leur complicité, permettent au groupes terroristes qui pullulent dans la sous-région, d'étendre dangereusement leurs tentacules vers le sud et les pays côtiers.

Au terme du sommet extraordinaire de Ouagadougou, les participants ont vivement appelé au tarissement des sources de financement du terrorisme, en invitant les pays contributeurs à la propagation du phénomène, à s'en démarquer une bonne fois pour toute.

Décidés résolument à crever l'abcès au cours de ce sommet, les organisateurs ont tenu à ce que les partenaires présents dans la salle de conférence de la capitale burkinabè, se prononcent sur la crise sécuritaire dans l'espace sahélien.

Ce fut un exercice inédit, mais les représentants de la France, de l'Algérie et des Etats-Unis par exemple s'y sont pliés, même si les propos étaient pour le moins convenus.

On notera au passage que l'Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis ont décliné l'invitation à prendre la parole, laissant libre court à toutes sortes de supputations.

En tout état de cause, le mutisme de ces deux partenaires dans bien des domaines, ne réduit en rien l'espoir que suscite leur présence à ce sommet consacré à la traque aux terroristes, car ils peuvent, s'ils le veulent, contribuer énormément à relever cet immense défi, ne serait-ce qu'en déliant le cordon de la bourse au profit évidemment des pays sinistrés.

En somme, si les fruits tiennent la promesse des fleurs qui ont poussé à Ouagadougou, on peut être optimiste et espérer que la tendance actuelle à faire de notre espace un véritable bazar à ciel ouvert où se rencontrent des criminels de tous poils et des délinquants au col blanc, sera inversée avec la reprise du contrôle total de la zone par les Etats.

Cette reconquête des parties entières de nos pays aujourd'hui mises sous coupe réglée par les terroristes, sera fatalement tributaire de l'évolution de la situation en Libye et au Nord Mali, avec notamment la libération de Kidal par les ennemis de la République du Mali.

Ces deux entités sont devenues en effet des bases arrières pont à partir desquelles les attaques terroristes les plus spectaculaires sont préparées, et dans lesquelles les assaillants se replient après avoir commis leurs forfaits.

C'est bien consciente de cette situation que la CEDEAO a quasiment supplié la communauté internationale qui a permis que la Libye devienne un vrai capharnaüm, de prendre ses responsabilités en s'impliquant dans la résolution de la crise qui ravage ce pays devenu, depuis 2011, une soute à munitions à ciel ouvert pour tous les criminels de la pire espèce. Plus tôt ce message sera entendu, mieux ça vaudra pour la paix et la sécurité de tous.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

A La Une: Burkina Faso

Plus de: Le Pays

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.