Burkina Faso: Marche-meeting des syndicats - Dispersée au lacry

Sous la bannière de l'Union d'action syndicale (UAS), la CGT-B, les syndicats autonomes, les syndicats partenaires ainsi que les Organisations de la société civile ont organisé une marche-meeting à Ouagadougou. La marche, qui n'avait pas eu l'aval des autorités administratives, a été interrompue, dispersée au gaz lacrymogène par les forces de l'ordre. C'était le lundi 16 septembre.

Les puissants haut-parleurs lâchaient des salves successives de slogans incendiaires. Tous les maux de la société étaient égrenés : de l'assassinat de Thomas Sankara jusqu'à «la politique criminelle du FMI et de la Banque mondiale» en passant par le pillage des ressources minières. Rien n'a été omis. Après l'animateur du jour, très inspiré, Bassolma Bazié est monté à la tribune pour enfoncer le clou avant de lâcher ses troupes, soulignant que la marche était pacifique.

Pendant que les différentes organisations syndicales et de la société civile se mettaient en ordre de marche, le directeur général de la Police nationale est arrivé sur les lieux flanqué de ses garde-du-corps. Il venait délivrer un message aux organisateurs de la manifestation. M. Bazié, informé de la présence du responsable de la Police nationale, est allé à sa rencontre suivi d'un petit groupe de manifestants. M. Jean Bosco Kiénou a tout simplement fait un rappel clair et concis : «Cette marche n'est pas autorisée». Puis le DG de la Police, s'extirpant non sans difficulté de la meute de journalistes qui l'encerclait, s'est engouffré dans son véhicule pick-up qui a pris une direction inconnue.

Le premier des syndicalistes, après concertation avec ses «camarades de lutte», avait décidé d'improviser un meeting juste au pied du monument des cinéastes, puis l'idée a été abandonnée. Alors, la foule s'ébranle en rangs ordonnés bien que le doute fût déjà installé dans les esprits du fait de l'interdiction. Juste avant d'atteindre le carrefour de l'ancien état-major des armées, des pick-up de CRS embusqués aux coins des rues, surgissaient et débarquaient des hommes en noir, l'air menaçant.

Les éléments des FDS, en accoutrement anti-émeute arme au poing, étaient prêts à en découdre si la marche se poursuivait. De son piédestal juste en face, une sculpture représentant un lion blanc observait impassible la bataille qui se préparait. Face à face, les deux camps se toisaient. Les uns étaient armés, les autres avançaient les mains nues. Les premiers tirs de gaz lacrymogène retentissaient et les grenades s'abattaient aux pieds des marcheurs marquant un coup d'arrêt. Les volutes de fumées qui se répandaient rendaient l'air irrespirable et la foule commença à reculer, mais M. Bazié, flanqué de ses lieutenants, avançait inexorable les mains en l'air. Encore des salves tirées sur la foule, puis la panique gagne la masse.

Un des chefs de la Police lance à haute voix à M. Bazié dans son mouvement en avant : «Si vous avancez encore, on vous prend». Face au danger, des éléments du service de sécurité de la marche ont contraint le chef syndical à faire marche arrière. A partir de ce moment, les policiers ne faisaient que multiplier les tirs tout en progressant, pendant que les manifestants étaient en débandade. La fumée gagnait en épaisseur, les douilles s'éparpillaient, l'on se croirait pris dans une scène de guérilla urbaine. Dans le chaos de la retraite désordonnée, certains, aveuglés par les gaz, s'entremêlaient les jambes et se retrouvaient par terre. En colère, des manifestants lançaient : «Ils ont osé faire ça, ils vont le regretter».

Comme sur tout champ de bataille, Il y avait des blessés, car, dans la course, des participants au meeting ont chuté ou ont été heurtés par des usagers de la circulation. Daniel Sawadogo, responsable santé de la manifestation, a dénombré 19 blessés légers. Au niveau de la Bourse du travail, une femme en grossesse a été évacuée par les sapeurs-pompiers, son malaise était lié à l'inhalation des gaz, a-t-on appris. Confinés à l'intérieur de la Bourse du travail d'où ils étaient partis, les responsables syndicaux ont tenu de nouveau à prendre la parole. Devant la foule, une déclaration des parties prenantes à la manifestation a été lue. Bassolma Bazié, invisible un bout de temps, est réapparu à la tribune pour dire que la lutte se poursuivait.

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