Congo-Kinshasa: Voici la maffia qui tue la République !

17 Septembre 2019

Pendant des années, voire des décennies, l'ex-Zaïre, aujourd'hui République Démocratique du Congo, a fonctionné avec des budgets de misère, à la suite du coulage planifié des recettes publiques, dans tous les secteurs de la vie nationale.

Tout ce que l'on savait, c'était l'existence des ministres baptisés « Messieurs 30 % » pour les uns, et « Messieurs 40 M » pour les autres. Ceux-ci se recrutaient, le plus souvent, aux ministères des Finances, du Budget et des Travaux Publics. Leur spécialité était d'exiger, avant le paiement des créances en faveur des tiers, la libération, par ces derniers, des commissions dont la hauteur se situait dans la fourchette de 30 à 40 %. C'était le système le plus connu de prédation des fonds publics.

Agents et comptes fictifs

Depuis le changement de gouvernance au sommet de l'Etat, les langues ont commencé à se délier, pour dévoiler un pillage généralisé des caisses de l'Etat. L'on apprend ainsi l'existence des comptes et agents fictifs dans pratiquement tous les services publics. L'échantillon de plus de 5.000 comptes fictifs et de plus de 10.000 fantômes découvert au niveau du ministère du Budget n'est qu'un indicateur de la planification, par des réseaux maffieux, des opérations de détournement des millions de dollars américains, au préjudice du Trésor public, dans la rubrique des rémunérations des fonctionnaires.

La pléthore d'effectifs que l'on rencontre dans l'administration publique, l'armée, la police, les entreprises et services publics est la conséquence de l'entretien, par les ministres, les secrétaires généraux, les directeurs-chefs de services, des listes de personnes inconnues du fichier de l'Etat employeur. Il a fallu des opérations de remise et reprise entre ministres entrants et sortants pour découvrir le pot aux roses.

Rétro-commissions

Exclusivité des cadres et agents des régies financières, notamment la DGDA (Direction Générale des Douanes et Accises), de la DGI (Direction Générale des Impôts) et de la DGRAD (Direction Générale des Recettes Administratives, Domaniales et de Participation) s'est étendue à tous les ministères : Transports et Voies de Communications, Culture et Arts, Intérieur, Economie, Plan, Urbanisme et Habitat, Affaires Foncières, etc.

Il s'agit de la pratique de la rétrocession, aux fonctionnaires chargés, dans le cadre normal de leurs obligations personnelles, chargés de canaliser les recettes publiques vers les caisses de l'Etat. A force d'appuyer sur le piston de la rétrocession, il s'est créé également des réseaux maffieux spécialisés dans les détournements des deniers publics.

Depuis un temps, à la faveur des opérations de remise et reprise au niveau de différents ministères, des réclamations des « primes » en souffrance, qui sont en fait des fonds publics destinés aux poches des individus, fusent de partout. De vrais-faux plaignants s'agitent ça et là, pour exiger que leur soient payés, de manière rétroactive, de l'argent auquel ils n'avaient nullement droit. Et, à défaut d'obtenir gain de cause, ils se répandent, dans des réseaux sociaux, en accusation contre les successeurs de leurs ministres.

Déboulonner les réseaux maffieux

Tant que des milliers de vautours vont continuer à s'accaparer des fonds publics, la RDC ne saurait aligner un budget à la mesure de ses défis politiques, sécuritaires, économiques, sociaux, infrastructurels, industriels, culturels et autres. La solution, pour canaliser les recettes publiques vers les caisses de l'Etat et mettre fin à leur détournement permanent, c'est de déboulonner tous les réseaux maffieux.

D'aucuns pensent qu'il est plus qu'urgent, pour le chef du gouvernement, d'initier un audit général des effectifs des ministères, de l'administration publique, de l'armée, de la police... mais aussi de tous les dossiers liés aux rétro-commissions découlant des prestations des cadres et agents des services publics. Il n'est pas normal que des fonctionnaires mensuellement rémunérés par le Trésor public, se tapent des « primes » faramineuses sous des prétextes douteux, pendant que les caisses de l'Etat ne reçoivent que des miettes.

Si le nouveau pouvoir tient à doubler voire tripler rapidement le budget de l'Etat, pour le faire passer à 10 milliards d'abord et 15 milliards de dollars ensuite, en attendent de le porter au-delà, il n'y a pas d'autre remède que de fermes des robinets du coulage des recettes publiques.

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