Burkina Faso: Réconciliation nationale - Les militaires radiés rejettent l'aide gouvernement

16 Septembre 2019

Le président du HCRUN, Léandre Bassolet : « Ces propositions sont celles que notre institution était à même de faire, si vous les rejeter, nous prenons bonne note ».

Le Haut conseil pour l'unité nationale et la réconciliation (HCRUN) a rencontré les militaires radiés et fonctionnaires de police révoqués suite à la mutinerie de 2011, le vendredi 13 septembre 2019 à Ouagadougou, pour discuter du décret leur octroyant un fonds de réinsertion sociale.

Prendra ou ne prendra pas ? La rencontre entre les militaires radiés et policiers révoqués suite à la mutinerie de 2011 avec le Haut conseil pour la réconciliation et l'unité nationales (HCRUN), le vendredi 13 septembre 2019 à Ouagadougou, se résumait à cette interrogation.

L'institution, née sous la Transition pour poser les bases d'une « réconciliation pérenne » entre les Burkinabè, avait souhaité échanger avec ces anciens éléments des Forces de défense et de sécurité sur la teneur et les modalités de mise en œuvre du décret 2019-0819/PRES/MJPEJ/MINEFID du 7 août 2019 portant octroi d'une aide spéciale aux militaires radiés et fonctionnaires de police révoqués suite à la mutinerie de 2011.

Ce décret stipule, entre autres, que les éléments ayant écopé d'une peine de 18 mois avec sursis ou plus auront droit à une somme de 1 500 000 F CFA et les autres (qui ont été acquittés de toute charge ou n'ont pas fait l'objet de poursuite) recevront 3 500 000 F CFA, à solde de tout compte. Ils pourront bénéficier de formations professionnelles à différents métiers. Après que le sens du texte leur ait été expliqué et au moment où ils avaient la parole pour s'exprimer, une bonne partie des policiers et militaires a quitté la salle, incitée par celui qui s'est dit porte-parole des policiers révoqués, Omar Junior Banhoro.

L'intervenant qui l'avait précédé, lui aussi porte-parole des militaires radiés, Mahamadi Tidiga avait déjà résumé leurs griefs vis-à-vis du décret : « Où se trouve la vérité, la justice et la réconciliation dans ce décret ? », a-t-il demandé au président du HCRUN, Léandre Bassolet. « Si vous prônez la réconciliation nationale, réintégrez ceux qui n'ont rien à voir avec ce qu'il leur est reproché. Si tous ces bonhommes portent la tenue pour défendre le pays, est-ce que le Burkina n'en sort pas gagnant ?», a-t-il poursuivi.

A l'entendre, il aurait fallu leur donner un emploi, car, les sommes octroyées sont, à leurs yeux, insignifiantes « pour toute une vie ». D'autres en ont voulu au HCRUN à qui ils ont reproché de s'être contenté de déplacer le problème au lieu de le régler. Mais les voix étaient discordantes parmi les ex-FDS. Le financement est bon à prendre selon certains.

« Moi je mets fin à ma lutte. A quelle date pourrais-je récupérer l'argent », s'est intéressé Hervé Nion. D'autres, à l'instar de Zakaria Karya, s'en sont remis au divin :

« c'est le bon Dieu qui aura le dernier mot ». Des situations individuelles ont été également évoquées : certains se sont vus retirés leurs portables lorsqu'ils ont été interpellés à la gendarmerie. Comment les récupérer ? D'autres ont été radiés alors qu'ils étaient à quelques années d'aller à la retraite. Quid de leur dédommagement ? Le président du HCRUN s'est dit sensible à ces préoccupations d'ordre individuel qui pourraient faire l'objet de négociations.

Il a souligné que des concessions ont été faites de part et d'autre pour aboutir à ce décret. Mais Léandre Bassolet a particulièrement déploré la sortie de salle de ceux qui ont exprimé leur colère. « Les propositions faites sont l'équilibre entre les prétentions de toutes les parties. Les représentants des ex-policiers nous ont adressé une lettre pour rejeter ces propositions, au motif qu'ils souhaitent juste réintégrer leur corps d'origine. Nous avons pris bonne note et leur avons dit qu'ils sont libres de retirer leur dossier pour aller faire valoir leurs prétentions ailleurs. Mais ils sont revenus vers nous pour dire qu'ils réintègrent le processus », a-t-il relaté.

Quant à la date à laquelle l'argent sera effectivement disponible, il a laissé entendre que son institution en concertation avec le ministère en charge des Finances pour rendre disponible le financement, au plus tard la première semaine du mois d'octobre, « le temps pour le département d'ouvrir un compte dédié à cette opération, de l'approvisionner et d'émettre les chèques à remettre aux bénéficiaires ». A l'issue de la rencontre, les éléments disposés à recevoir le financement ont continué de se galvaniser, notant qu'ils n'ont pas d'avocats pour les aider dans une quelconque lutte. Quant à ceux qui ont quitté la salle, ils ont promis de continuer le combat pour leur réinsertion.

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