Sénégal: Affaire interdiction port du voile à l'Institution Sainte Jeanne d'Arc (ISJA) de Dakar (suite et fin) - Moi catholique, je défendrais le voile à Jeanne d'Arc, si...

17 Septembre 2019

LE VOILE NE TIENT PAS SOUS LE KÉPI

Il est facile de pointer du doigt une institution scolaire tenue par une congrégation religieuse catholique qui décide d'interdire le port du voile et de lui reprocher de ne pas respecter la constitution et les lois et règlements de ce pays en fermant les yeux sur d'autres faits. Nous sommes tous fiers de nos forces de défense et de sécurité au Sénégal du fait de leur professionnalisme et du havre de paix qu'elles ont réussi à nous garantir dans une des sous-régions les plus tumultueuses d'Afrique.

Avez vous remarqué qu'aucune femme membre des corps militaires et paramilitaires n'a jamais paradé en uniforme assorti d'un voile au défilé du 04 avril ? Toute fille qui portait un voile avant de rejoindre les rangs de ces forces de défenses et de sécurité s'est conformée aux exigences règlementaires du port d'uniforme, sans que jamais personne n'invoque la constitution ou un autre texte. Il doit en être ainsi. Dieu qui sonde les reins et les coeurs sait bien que ces forces de défense et de sécurité comptent bien des croyants dans leurs rangs. Les références répétitives de la constitution sénégalaise pour défendre certaines positions estimant que le règlement intérieur de l'ISJA est anticonstitutionnel m'ont donné l'occasion de revisiter notre charte fondamentale. Compte tenu du fait qu'elle est rédigée en français, je reste convaincu que son contenu est accessible à toute personne lisant et parlant correctement cette langue, sans avoir nécessairement besoin de la « traduction » (ou de lecture expliquée) d'un juriste.

La constitution de 2001 modifiée par la loi constitutionnelle 2016-10 du 05 avril 2016 garanti la liberté de pratiquer sa religion, garanti également le droit de propriété en son article 15 (l'ISJA appartient à une congrégation religieuse). Dans sa partie qui traite de l'Education, l'article 22 dispose que : « L'Etat a le devoir et la charge de l'éducation et de la formation de la jeunesse par des écoles publiques. (... ) Les institutions et communautés religieuses ou non religieuses sont également reconnues comme moyens d'éducation ».

Dans la partie traitant de la religion et des communautés religieuses, cette même constitution dispose en son article 24 : « Les institutions et les communautés religieuses ont le droit de se développer sans entrave. Elles sont dégagées de la tutelle de l'Etat. Elles règlent et administrent leurs affaires d'une manière autonome ». Alors, pourquoi vouloir imposer à une institution religieuse catholique, de continuer à assurer l'éducation des ses filles, au mépris de son règlement intérieur ? Pourquoi vouloir saper la rigueur que l'on reconnaît à une institution scolaire dont le sérieux est reconnu, en exigeant justement qu'elle fasse preuve de moins de rigueur dans l'application de son règlement intérieur ? Combien d'établissements scolaires imposent le port du voile au Sénégal, sans que personne ne trouve rien à redire ? C'est cette rigueur notamment dans le respect des standards d'enseignement du cursus français qui valent encore à l'ISJA d'avoir l'agrément ou l'autorisation de dispenser ce type d'enseignement pouvant ouvrir droit à une bourse française. Il suffirait qu'elle fasse preuve de moins de rigueur, que ceux là même qui posent cette exigence soient les premiers à lui tourner le dos, justement à cause d'une rigueur en perte de vitesse. Le cas échéant, il y a fort à parier qu'une baisse de rigueur irait avec peut-être une perte de l'habilitation à dispenser les enseignements du cursus français.

LE VOILE DE LA RETENUE ET DE LA RAISON DÉCHIRÉ

En tout état de cause, les lois et règlements organisant les cursus scolaires et universitaires au Sénégal ne sont concernés dans cette affaire. C'est la raison pour laquelle j'ai trouvé bien curieuses et bancales certaines réactions notamment de syndicalistes. Que je saches, la raison d'être d'un syndicat est de prendre en charge les intérêts matériels et moraux de ses membres. Le système du vedettariat imposé par les medias et la course vers « l'heure de gloire » y sont pour quelque chose. Il faut faire des déclarations captivantes pour que son image et sa citation puisse jouer des coudes à la une des sites internets et journaux. De manière générale, il est courant de convoquer des statistiques pour accorder un vernis scientique à ses propos. « Les statistiques ne mentent pas, mais les menteurs aiment les statistiques » disait l'auteur américain Marc Twain. Nous préférons bien souvent faire des déclarations politiquement correctes à la place de déclarations véridiquement correctes. Jacques ELLUL avait raison de parler de temps de la « pensée molle » et de « la parole humiliée ». Cette affaire d'interdiction du port du voile à l'ISJA est en réalité une affaire principalement « française » en terre sénégalaise, contrairement aux réactions si chargées d'émotions qu'elles ont passablement commotionné le « désir de vivre ensemble ». Une lecture froide de la situation s'impose.

UNE STRATEGIE MEDIATIQUE A PEINE VOILEE

Les victimes de la mesure d'interdiction du port du voile à l'ISJA ont pris l'initiative de la bataille médiatique sous l'angle voilé de la confrontation religieuse, suscitant réactions, émotions et condamnations parfois porteuses de menaces à peine dévoilées contre une communauté catholique minoritaire. La stratégie de la manipulation faisant appel au cœur, à la croyance pour masquer la réalité d'une situation est aussi vieille que le monde. Elle a même perdu de son suc à force d'utilisation pour justifier des guerres au cours de l'histoire de l'humanité et dans la vie politique. Certains ont poussé le bouchon si loin au point d'appeler au retrait de l'agrément de l'ISJA. Pour une vingtaine d'élèves voilées en cursus français, en quête de bourse française, on devrait compromettre l'avenir de plus d'un millier d'autres élèves musulmans pour leur majorité ? Retirer un agrément ou mettre sous administration provisoire une structure privée dans ce contexte de mise en œuvre du Plan Sénégal Emergent (PSE) serait un très mauvais signal à l'endroit des investisseurs privés que l'on cherche à faire venir dans notre pays. Le projet du Président Macky SALL de construire une Cité du Savoir à Diamniadio fait parti des projets phares du PSE en matière d'éducation. Même si l'agrément de l'ISJA lui est retiré, ce n'est pas cette congrégation qui ira porter plainte contre le Gouvernement au Tribunal arbitral de la Banque mondiale pour les investissements. Elle s'en remettrait certainement à la Justice de Dieu. Toutefois, les investisseurs potentiels en tireraient les conséquences.

Tout investisseur sérieux (notamment dans le secteur de l'éducation) qui envisage d'investir au Sénégal doit certainement suivre l'évolution de cette situation et le traitement réservés à des investisseurs déjà bien établis. Qu'on le veuille ou non, l'enseignement catholique s'est imposé dans l'espace public sénégalais avec son label de rigueur et de qualité. C'est la raison pour laquelle de nombreux parents d'élèves y inscrivent encore leurs enfants et je pense qu'ils continueront à lui faire confiance, malgré cette parenthèse voilée de l'ISJA. Je pense que ces parents d'élèves ne se sentent pas brimés dans leurs croyances et ne se sentent pas victimes d'une quelconque intolérance. Cette confiance en l'enseignement catholique sera certainement renouvelée tant que les labels de rigueur et de performance demeureront. Il y a quelques semaines, j'ai aperçu dans les couloirs d'une école catholique de Dakar, fièrement affichée, la photo d'un ancien pensionnaire de l'établissement, un jeune ministre du gouvernement actuellement en fonction (de confession musulmane). Comme pour le donner en exemple aux élèves. J'ai été séduit par cette satisfaction affichée. Le fruit a été à la hauteur de la promesse de la fleur.

VOUS ETES MINORITAIRES ! VOILEZ VOS PARTICULARITES! ON EST OU LA ? DANS QUELLE DEMOCRATIE ?

Je me demande encore comment une institution appartenant à la religion minoritaire qu'est la religion catholique au Sénégal peut bien opprimer des membres de la religion musulmane largement majoritaire. L'une des déclinaisons de cette stratégie de manipulation de l'opinion est bien celle là dite de la victimisation. La triste réalité ici est que les véritables victimes d'oppression dans cette situation de l'ISJA sont cette digne communauté catholique sénégalaise dénigrée pour une « intolérance » qui n'en est pas une, balayée par cette vague de critiques suscitée par l'action bien pensée et planifiée des familles de parents d'élèves exclus de l'ISJA, pour des intérêts strictement personnels liés à l'enjeu d'obtenir une bourse française à des élèves franco-sénégalaises (ou suivant un cursus français) et qui sont issues de familles à l'abri du besoin. C'est une posture dangereuse sur un sujet sur lequel les dérapages sont vites arrivés. La ceinture de pays en crises (notamment religieuse) qui délimitent le Sénégal est bien illustrative, de même que la situation sécuritaire sous régionale.

L'histoire du conflit au Liban est tout aussi illustrative. Ne donnons pas des prétextes déclencheurs ou d'embrasement aux extrémistes. Nous ne le souhaitons pas, mais le cas échéant, les détenteurs d'une nationalité sénégalaise unique et exclusive, seraient condamnés à être les potentiels victimes, faute de nationalité de secours, de nationalité de sauvetage ou de nationalité de repli. Il est vraiment important que les initiateurs de cette bataille médiatique et leurs souteneurs arrêtent le recours à des arguments religieux sources de crises aux lendemains incertains.

Le fumeur imprudent tenaillé par son désir incompressible de cigarette qui se promène dans une broussaille desséchée ne s'imagine pas toujours que son mégot peut embraser tous les villages et espaces environnants ainsi que les êtres vivants qui s'y trouvent. Ne nous laissons pas aveugler par nos désirs d'avantages terrestres au point d'ébranler des fondements et/ou de passer à côté de choses importantes dans la vie.

Il est urgent et opportun que les Sénégalais prennent conscience des véritables enjeux dans cette affaire. La religion catholique est certes très minoritaire au Sénégal, mais le Christ Jésus nous dit bien : « vous êtes le sel de la terre ». On n'a pas besoin d'une grande quantité de sel pour donner du goût à une sauce, mais on ne peut pas s'en passer pour les bonnes sauces ou le bon goût tout simplement. Que seraient la terre et la vie sans sel ? Un adage ouolof dit bien : « lou doul deug dou yague » (la traduction littérale serait : ce qui n'est pas vrai est éphémère) ou cette déclinaison : « lou yag deug la ». L'Eglise catholique est vieille de plus de 2.000 ans. Elle est une des institutions les plus vieilles de l'humanité.

En outre, si nous évoquons la date de ce jour du mois de septembre 2019 (repère historique du 1er Noël célébré), c'est en référence à l'année de naissance de Jésus Christ que le décompte du temps le plus convenu et le plus usité s'effectue. Pour s'en convaincre, il suffit de consulter son calendrier, sa montre, son portable, sa tablette. Notre temps passera, notre génération et celle de nos enfants passeront, les paroles du Christ, seront encore la, jusqu'à ce qu'il revienne comme il est parti, conformément à sa promesse. Qu'on le veuille ou non, on évoque le Christ à chaque fois qu'on se réfère à une date du calendrier grégorien. Que vous l'aimiez ou pas, il vous aime. Jésus aime toutes les voilées anciennes élèves de l'ISJA (et leurs familles).

Il les a couvert de son voile divin tout au long de leur séjour dans cet établissement scolaire et continuera à la faire notamment à travers les valeurs et vertus qu'elles y on apprises. L'Eglise catholique du Sénégal a été d'une très grande contribution qualitative dans l'édification de notre nation, bien au delà du secteur de l'Education. Elle est fière d'avoir donné au Sénégal (pays à très forte majorité musulmane), son 1er Président de la République Léopold Sédar SENGHOR (pur produit de l'enseignement catholique) qui a accédé au pouvoir et régné grâce au soutien d'éminents chefs religieux musulmans.

Le Président SENGHOR a bâti les bases solides de notre Etat, que ses successeurs les Présidents Abdou DIOUF, Abdoulaye WADE et Macky SALL ont consolidé. Je suis fier d'être ce catholique sénégalais qui porte sa Croix du Christ... même enrobée d'un voile vert, jaune et rouge, avec une étoile verte au milieu du jaune à l'image du drapeau national. angemancabou@yahoo.fr

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