Tunisie: Second tour présidentielle - L'ovni et le bagnard

analyse

C'est maintenant officiel. Le second tour de la présidentielle tunisienne opposera, à une date qui n'est pas encore précisée, Kaïs Saïed et Nabil Karoui. Les résultats provisoires du 1er tour confirment en effet les tendances lourdes qui s'étaient dégagées déjà lundi, les deux qualifiés recueillant respectivement 18,40% et 15,58% des suffrages.

La performance de ces deux candidats est d'autant plus méritoire qu'ils sortent d'un peloton touffu de candidats. Celui d'Ennahdha (au pouvoir), Abdelfattah Mourou, arrive en troisième position avec 10,73% des voix exprimées.

Ce ticket surprenant pour la finale confirme ainsi le rejet de la classe politique traditionnelle par des électeurs pour qui la révolution de Jasmin, qui a balayé Ben Ali depuis 2011, n'a pas tenu toutes ses promesse, le plan politique et pas davantage dans le domaine socio-économique, d'où cette envie d'essayer autre chose qui s'est exprimée dans les urnes. Les deux admis au second tour sont en effet loin d'être des politiciens professionnels.

Le premier, 61 ans, au physique austère, assume son conservatisme par des prises de position contre l'égalité dans les parts d'héritage entre l'homme et la femme et est opposé à la suppression de la peine de mort ; quant à son vis-à-vis, le flamboyant Karoui, il reste un véritable homo-communicus (il est le propriétaire de la chaîne de télévision Nessma TV). Teint hâlé et chevelure gominée, il est le gendre idéal.

Deux personnalités très différentes donc qui vont s'affronter, avec les islamistes d'Ennahdha dans le rôle de faiseurs de roi. Fait inédit dans les annales tunisiennes et peut-être même dans le monde, l'un des deux prétendants à la magistrature suprême, Nabil Karoui, a réussi le tour de force de se qualifier derrière les barreaux.

Il est en effet détenu depuis le 23 août pour des faits présumés de fraude fiscale et de blanchiment d'argent. Intervenant quelques semaines avant le lancement de la campagne, cette si opportune incarcération donnait d'ailleurs l'impression que certaines officines voulaient écarter ce rival sérieux. En vain donc !

Certes, les hommes politiques qui ont « étoffé » leurs CV en prison avant d'étrenner la charge suprême sont légion, à l'image de Nelson Mandela, le plus illustre d'entre eux, de Laurent Gbagbo ou d'Abdoulaye Wade, pour ne citer que ceux-là. Mais passer directement du bagne à la présidence n'a pas été vu jusque-là.

Sera-t-il seulement autorisé à sortir de son trou pour battre campagne ? Et si d'aventure il était élu malgré tout, que se passerait-il ? N'ayant pas de jurisprudence en la matière, les constitutionnalistes tunisiens s'arrachent les cheveux pour trouver une solution à la fois politique et juridique à ce cas d'école auquel ils n'ont jamais eu affaire.

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